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dimanche, 05 juillet, 2020
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47e vendredi de mobilisation dans le pays : Le Hirak maintient la pression

11 janvier 2020 à 10 h 30 min

Sous une pluie fine, les milliers de manifestants entonnent un slogan «Asseguas Amegaz, El Hirak Rahou labass !» (Bonne année et le hirak se porte bien) – préparé pour la circonstance –, comme pour montrer que la mobilisation populaire maintient le cap, résiste et poursuit sa longue marche vers la liberté.

De la rue Hassiba Ben Bouali jusqu’au bout du boulevard Colonel Amirouche, les Algérois étaient nombreux à battre le pavé pour le 47e vendredi de mobilisation contre le pouvoir politique. Avec le même esprit d’union et de communion, affirmé inlassablement comme élément structurant de la révolution démocratique, depuis le 22 février 2019, le peuple du vendredi a encore une fois exprimé son rejet de la présidentielle de Abdelmadjid Tebboune, qu’il considère comme étant «la continuité» du système. «Nous sommes toujours dans le même système, ils changent les visages, mais les usages restent les mêmes, ils font tous partie de la même bande ; on ne peut plus tromper ce peuple», lâche le jeune Abdelhamid, qui est animateur d’un carré de manifestants.

Ingénieur dans une boîte privée, il estime que les Algériens «doivent poursuivre la mobilisation pour empêcher le risque d’un retour à la période d’avant 22 février». «Nous continuerons à marcher chaque vendredi jusqu’à ce que les Algériens retrouvent la dignité humaine», assure-t-il, avant de replonger dans l’ambiance de la marche.

Une ambiance joyeuse, plurielle, où toutes les générations se mêlent dans un désordre naturellement organisé, où les gens se prêtent les parapluies pour mettre surtout les enfants et personnes âgées à l’abri de la pluie qui ne semble pas dissuader les marcheurs.

Encore moins l’énorme dispositif sécuritaire déployé. «Nous avons brisé le mur de l’interdit et il n’est plus question de céder les espaces. Le pouvoir est en embuscade, il guette la moindre faille pour les reverrouiller», prévient un manifestant dans un échange avec d’autres, qui s’interrogent sur la stratégie du pouvoir depuis l’arrivée de Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat. «Aucun signal d’apaisement ni volonté de changer. Les mêmes méthodes sont toujours à l’œuvre.»

En effet, le siège régional du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a été comme assiégé toute la matinée par un bataillon de policiers antiémeute. «La police a tenté de nous empêcher de sortir du siège pour rejoindre la marche, il a fallu qu’on brise de force le cordon», témoigne le député Mohamed Arezki Hamdous. Les militants et sympathisants du RCD, qui forment leur carré habituel conduit par leur leader Mohcine Belabbas, ont pu marcher. Plus tôt dans la matinée, un groupe de manifestants a été brutalement «chassé» de la rue Khelifa Boukhalfa et une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés.

Et pendant que l’interminable cortège qui a démarré de Belouizdad atteint la Grande-Poste, la vague par le boulevard Hocine Asselah de Bab El Oued arrive, compacte pour donner à la mobilisation toute sa force. Sous le slogan «Abbane a laissé un testament, Etat civil et non militaire !» scandé à gorge déployée, les manifestants «bétonnent» par leur nombre supérieur l’esplanade de la Fac centrale. Ils confirment une fois de plus leur attachement à un des principes fondateurs du Mouvement de libération nationale qui plus que jamais est d’actualité.

Une arrivée en masse qui rassure ceux qui redoutaient l’affaiblissement du mouvement. Un soulagement, car la peur d’un essoufflement est fortement redoutée, malgré les encouragements de la combattante Louisette Ighil Ahriz. Malgré le poids des ans, elle ne perd rien de sa grinta. Appuyée sur une béquille, elle lance aux nombreuses personnes qui viennent la saluer : «Je ne suis pas fatiguée, je suis déterminée, nous continuerons jusqu’au bout.» Comment abandonner, quand des femmes de cette race vous lancent ce défi !

«Nous sommes encore mobilisés, nous ne lâcherons pas. Nous devons continuer à faire pression et empêcher le pouvoir de nous imposer sa feuille de route qui consiste à recoller les morceaux du système», déclare Abdelkrim, ancien cadre dans une entreprise publique qui a fait faillite. Venu de Réghaïa, il dit ne jamais avoir raté un vendredi depuis le 22 février. Entouré de quelques manifestants, il interpelle le pouvoir «qui doit comprendre que ce mouvement extraordinaire est une chance pour l’Algérie. Il ne faut pas le voir comme une menace pour le pays, mais c’est plutôt son salut».

Véritable laboratoire d’idées, ce 47e vendredi n’a pas dérogé à sa règle. Accompagner la marche par une multitude de débats et de discussions sur le chemin parcouru jusque-là, mais surtout sur l’avenir de l’insurrection citoyenne face à la nouvelle situation politique née après la présidentielle de 12 décembre dernier. La grande et classique question : que faire ? Sérieuse interrogation pour un mouvement face à un Président qui jette dans le débat public la révision de la Constitution.

Il ressort des slogans et des chants des manifestants le rejet aussi consensuel et catégorique du dialogue avec le pouvoir. «Le pouvoir fait toujours dans la ruse, il n’est jamais sincère dans ses démarches. Il excelle dans la manipulation. A travers la révision de la Constitution en passant par un référendum, Abdelmadjid Tebboune cherche à se donner la légitimité qui lui fait défaut. Cela rappelle curieusement la méthode de Abdelaziz Bouteflika mal élu en avril 1999», analyse un manifestant. Un avis qui fait écho à une pancarte brandie par une femme, sur laquelle on pouvait lire en arabe «Le pouvoir dominant utilise la Constitution pour asseoir son système et renforcer ses mécanismes dans la profondeur des institutions de l’Etat».

Autant de pancartes bricolées à la hâte et des banderoles arborées pour résumer la pensée vivante et sans cesse renouvelée d’un peuple en mouvement. Tout est passé au crible. Surtout le nouveau gouvernement de Abdelaziz Djerad, où les ministres sont brocardés avec un humour sarcastique. Le secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie cinématographique, Bachir Youcef Sehair, a eu droit à toutes les caricatures.

Une compilation de ses photos dans les marches, à côté de celle de famille prise lors du premier Conseil des ministres, commentée par une phrase assassine traduisant l’état d’esprit du mouvement populaire qui demeure aussi vigilant que déterminé. Les manifestants se dispersent avec la pluie qui s’arrête en se donnant rendez-vous pour le 48e vendredi



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