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samedi, 21 septembre, 2019
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27e vendredi de protestation : Rejet unanime du panel par le hirak qui se remobilise

24 août 2019 à 10 h 20 min

Les Algériens sont sortis, hier, pour le 27e vendredi de suite, pour réclamer une nouvelle fois le départ du système. Six mois après le début du hirak, le 22 février dernier, et alors que certains misaient sur son essoufflement durant cet été, il apparaît que la tendance est apparemment vers une plus forte mobilisation dans les semaines à venir.

Ainsi, hier, et malgré le déploiement d’un dispositif sécuritaire tout aussi important, il y avait plus de monde par rapport aux semaines précédentes. Vers 15h, le boulevard Amirouche, la place jouxtant la Grande-Poste, Audin, et une partie des rues Didouche Mourad et Hassiba Ben Bouali étaient noires de monde. Vers 16h, les manifestants continuaient toujours à affluer vers le centre d’Alger. Ce qui laisse penser qu’avec la fin de la période des vacances, il y aura certainement beaucoup plus de monde. Comme pour les vendredis passés, les manifestants ne cessaient de scander : «Manach habsine, koul djemaa khardjine !» (On ne s’arrêtera pas, chaque vendredi on sortira). «C’est presque la fin de la permanence», ironisent certains citoyens qui disent que durant les mois de juillet et d’août, ils étaient là pour assurer la continuité du mouvement en attendant le retour des plus gros contingents au mois de septembre. Le pari a donc été tenu, selon eux. Le hirak ne s’est pas arrêté durant le Ramadhan et l’été et il promet d’être plus fort d’ici les prochaines semaines.

Le Panel unanimement rejeté

Bien évidemment, et comme à chaque fois, le hirak a réagi aux développements que connaît la scène politique nationale. Hier, les manifestants qui ont marché dans la capitale, et en plus des slogans habituels, comme «Dawla madania machi askaria !» (Etat civil non militaire), étaient unanimes à rejeter le dialogue du panel. Que ce soit par les slogans ou les écriteaux, ceux-là ont, une nouvelle fois, mais d’une manière plus marquée, critiqué l’instance de dialogue que dirige Karim Younès. «Karim Younès ma imathelnach ou Gaïd Salah mayehkamnach !» (Karim Younès ne nous représente pas et Gaïd Salah ne nous gouverne pas), ont-ils crié plus d’une fois. Ils ont également repris le slogan «Makanch intikhabat ya issabat !» (Pas d’élections, bande) ou «Makanch hiwar maa issabat !» (Pas de dialogue avec les bandes).

Beaucoup de citoyens ont également exprimé leur rejet de ce panel via des écriteaux qu’ils ont brandis tout haut. «Tous ceux qui participent à la commission de la honte veulent rejoindre le système pourri», «Panel de la bande : le peuple vous rejette», lit-on sur deux pancartes. Dans le même ordre, les manifestants ont, plus d’une fois, évoqué l’article 7 de la Constitution qui stipule que «le peuple est source de tout pouvoir». «Où est l’article 7 ?» ont-ils scandé à cet effet. Par ailleurs, plusieurs jeunes ont porté des tee-shirts sur lesquels était portée l’inscription «7 pouvoir au peuple».

Ainsi, les Algériens ont réagi à certains membres du panel qui ont affirmé, ces derniers jours, que dans le hirak il y avait des gens qui soutiennent ce dialogue. Les politiques qui ont pris part à ce 27e vendredi sont également allés dans le même sens que la majorité des manifestants. Karim Tabbou, premier responsable de l’UDS (Union démocratique et sociale), qui a marché à Alger aux côtés de l’avocat et défenseur des droits de l’homme, Mustapha Bouchachi, et du sociologue, Nacer Djabi, a estimé que ce qu’entreprend le panel est un «monologue». Pour lui, «le peuple a compris que le pouvoir est entrain de dialoguer avec lui-même dans l’unique but de se restructurer sous d’autres casquettes».  Par ailleurs, et comme pour anticiper par rapport aux supposées visées du pouvoir en place, les manifestants ont également fustigé Ali Benflis, ex-chef de gouvernement et président de Talaie El Hourriyet, qui a reçu avant-hier des membres du panel, et Abdelmadjid Tebboune, ex-Premier ministre également.

Libération des détenus d’opinion

Les manifestants n’ont pas aussi oublié les dizaines de détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons en attente de leurs procès. «Libérez nos enfants !», ont-ils scandé à maintes reprises. Des manifestants ont également porté des pancartes sur lesquelles était inscrit le nom du moudjahid Lakhdar Bouregaâ, détenu à la prison d’El Harrach. D’autres ont mis la photo de ce dernier sur leurs tee-shirts. La libération des détenus reste une question très présente dans le hirak.

C’est, d’ailleurs, l’un des facteurs de blocage de tout processus de dialogue. Beaucoup de politiques ont réclamé la mise en œuvre de quelques préalables, dont justement la libération de ces détenus, dont la majorité ont été interpellés pour port du drapeau amazigh. Cela serait, selon eux, un gage de bonne volonté de la part du pouvoir en place. Certains manifestants ont par ailleurs brandi des photos de leurs proches qui sont en prison, comme ce fut le cas pour des jeunes de Aïn Benian, localité de l’ouest d’Alger, qui ont porté des tee-shirts avec les photos de deux jeunes de leur quartier, arrêtés au mois de juin dernier.

En tout cas, ces deux dernières semaines, il y a de plus en plus de monde par rapport au mois de juillet (exception faite pour le 5 juillet) et au début du mois d’août. Le hirak entame donc une courbe ascendante en termes de participation, ce qui augure d’un retour en force au mois de septembre. Et celui-ci rejette jusque-là unanimement le dialogue mené par le panel et par extension des symboles du régime Bouteflika, le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et le Premier ministre, Nourredine Bedoui.


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