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10e semaine de marche : « Pas de demi-révolution »

26 avril 2019 à 10 h 30 min

Gaïd Salah garde sa place «prestigieuse» et fait savoir qu’il est le premier détenteur de la décision dans l’Etat. Les politiques comme les partis proposent des solutions, mais qui contredisent toutes celles de Gaïd Salah, qui manœuvre pour imposer une issue puisée dans la Constitution actuelle. C’est ce qui marquera cette 10e semaine de protestation, où le peuple se doit d’être catégorique.

«Le pouvoir est autiste devant les revendications du peuple qui veut aller vers un Etat démocratique, de droit, de libertés et de justice sociale. Nous ne pouvons concrétiser ce projet avec ces gens au pouvoir. Ils ont d’autres aspirations et ne peuvent comprendre celles des Algériens. La preuve est l’appel du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, illégitime démocratiquement et constitutionnellement, à une conférence de consensus national, alors que le consensus en question est reproduit quotidiennement par le peuple à travers ses slogans ‘Algérie libre et démocratique’ et ‘Trouhou Ga3’» (partez tous), déclare Fethi Ghares, coordinateur national du Mouvement démocratique et social (MDS), dans une vidéo publiée, mercredi, sur la page Facebook officielle du parti.

Dans sa déclaration, Fethi Ghares affirme «avoir refusé l’invitation de Bensalah» comme beaucoup d’autres d’ailleurs, à l’instar du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Mohcine Belabbas, pour participer à la conférence du consensus en question.

Cette dernière a été organisé dans une salle presque vide, ce qui n’a pas été du goût du chef d’état-major de l’ANP qui a critiqué, lors de sa dernière sortie médiatique, ceux qui ont refusé d’y prendre part en les qualifiant de «partis qui ne veulent pas du bien pour le pays».

Fethi Ghares a fustigé le pouvoir et a critiqué aussi la démarche du chef d’état-major, Gaïd Salah, qui tente d’imposer, selon lui, «une solution constitutionnelle au sens du maitien du pouvoir à la crise politique qui prévaut dans le pays». «Gaïd Salah veut une sortie constitutionnelle à une crise créée par ce même système dont il fait partie. La solution ne peut être que politique en passant par une période de transition vers un nouvel horizon qui ne peut être qu’une vraie démocratie. Le vide, ce sont les tenants du pouvoir, y compris Gaïd Salah, qui le produisent», assure-t-il.

Refus

La période des interdictions de manifestation et de la répression des manifestants est révolue. Ce n’est plus une une nouveauté pour le peuple. L’objectif étant probablement clair, d’autant plus que cela ne se produit que dans la capitale où tout les pouvoirs sont centralisés. Les débats se sont plutôt tournés ces derniers jours vers l’appui ou non de la solution prônée par Gaïd Salah, qui s’accroche à la constitutionnalité avec l’application de l’article 102 de la Constitution et l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain, comme si le problème était dans le maintien ou non de Bouteflika comme président de la République.

Le pouvoir, à sa tête Gaïd Salah, campe sur sa solution devant le refus des magistrats, entre autres, de surveiller les prochaines échéances et l’opposition de plusieurs présidents d’APC – notamment ceux des trois wilayas de la Kabylie, Tizi Ouzou, Bouira et Béjaïa, ainsi que certains de la capitale – à l’ouverture de leurs bureaux d’enregistrement des listes électorales pour la prochaine élection présidentielle.

Certaines formations politiques dont le Parti socialiste des travailleurs (PST) de Mahmoud Rechidi ou le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune convergent vers la Constituante, «seule solution pour permettre au peuple organisée d’exercer sa pleine souveraineté», explique Ramdane Tazibt, dirigeant du PT et député démissionnaire. «Nous sommes en présence d’une révolution populaire qui réclame le départ du système, de tous ses symboles et de ses institutions.

Pour mettre en place un nouveau système légitime conforme aux besoins et aux aspirations de l’immense majorité des citoyens, il faut fonder une NOUVELLE république qui soit l’émanation de la volonté politique. Nous ne devons pas nous précipiter. Le peuple qui s’est soulevé est en train de s’organiser localement en comités populaires, universitaires et sur les places publiques. Cette auto-organisation peut aller au niveau wilayal puis national. les délégués qui en sortiront constitueront de fait une direction nationale de la révolution ou bien ils convoqueront des élections. Durant ce processus constituant, les différentes couches de la société pourront rédiger leurs doléances et revendications à inscrire dans la nouvelle Constitution qui tranchera aussi de la nature du régime à mettre en place (parlementaire, semi-présidentiel…)», ajoute le député du PT.

3issaba

Entre les débats et les interventions, d’autres solutions ont surgi. Entre le Front des forces socialistes (FFS) qui boycotte et tente de régler ses problèmes internes, d’autres partis proposent une solution politique en dehors de l’actuelle Constitution. C’est ce que défendent beaucoup d’entre eux, dont le MDS, et certaines personnalités publiques dont maître Mostefa Bouchachi ou le général à la retraite Hocine Benhadid, qui l’a clairement signifié à Gaïd Salah dans sa contribution publiée hier par El Watan.

L’emprise de Gaïd Salah sur les décisions politiques se concrétise de plus en plus aux yeux du peuple, qui constate quotidiennement la mise en application de tout ce à quoi il appelle, notamment à travers ses communiqué et ses discours.

La dernière décision de Gaïd Salah concerne les poursuites judiciaires contre des hommes d’affaire algériens. Mais le premier à en subir les conséquences a été, contre toute attente, l’industriel et homme d’affaires à la réputation internationale, Issad Rebrab, qui lui-même souffrait de blocages et contraintes qui lui ont été imposés par le pouvoir de Bouteflika et de ce qu’appelle Gaid Salah, aujourd’hui, «3issaba». Certains qualifient la mise en détention provisoire de Rebrab de «règlement de comptes entre Gaïd Salah et le général Toufik».

D’autres interprètent autrement les intentions du vice-ministre de la Défense nationale, en disant qu’«il veut attiser les tensions en Kabylie, où l’industriel est respecté et aimé, afin de diviser le mouvement du Hirak ou pousser les kabyles à la révolte afin de justifier l’instauration d’un nouvel état d’urgence». Les avis et les analyses différent.

En réaction à ce sujet, Karim Tabbou qualifie, lors de sa conférence animée mercredi à Bouira, «les interpellations récentes d’hommes d’affaires de diversion de plus du pouvoir». «Dans un état de droit, la justice obéit aux lois et non pas aux ordres. Or, ce qui s’est passé ces jours-ci, ce sont des règlements de comptes. Ils veulent nous faire oublier l’essentiel des revendications du peuple, à savoir le changement radical de tout le système», dénonce Karim Tabbou.

Jeunesse

Gaïd Salah critique même «la presse qui n’interprete pas ses intentions ou ses déclarations». Il est clair, aujourd’hui, que c’est l’institution militaire, à sa tête Gaïd Salah, qui décide de l’avenir du pays. Raison pour laquelle le général Hocine Benhadid lui a adressé sa contribution publiée hier.

Le général Benhadid appelle Gaïd Salah et l’institution militaire à «ne pas commettre les erreurs des anciens militaires à céder le pouvoir au peuple et notamment à sa jeunesse, à accompagner ces derniers dans la transition, à dissoudre les institutions satelitaires de l’Etat et à opter pour une solution politique en dehors de la Constitution afin d’instaurer une nouvelle république qui répondra aux aspirations du peuple».

«Le cantonnement dans une solution exclusivement constitutionnelle ne peut que prolonger la survie politique d’un système honni par toute une nation. Il faut qu’on écoute, Monsieur Gaïd Salah, ce que cette jeunesse descendue par millions dans les rues a à nous dire. Cette jeunesse est bel et bien la seule force de changement possible», énonce le général à la retraite  Hocine Benhadid. Et de s’interroger : «Dans ce cas, n’est-il pas nécessaire de dissoudre, au nom du peuple, toutes les institutions du régime et ses satellites et aller vers une réelle transition ?»

Il est évident que la solution est entre les mains du peuple, qui puise sa force dans sa capacité de mobilisation et dans le caractère pacifique de ses manifestations. Le dernier mot lui revient devant les manœuvres d’un pouvoir qui refuse de céder à la volonté de «Son Excellence le peuple», comme le rappelle, chaque vendredi, la plaque se trouvant sur la place Maurice Audin, à Alger-Centre.

Son Excellence sortira encore aujourd’hui dans les quatre coins du pays afin d’exprimer son attachement à la nouvelle république et à son fameux slogan «Yetna7aw Ga3». Reste à savoir quel mot d’ordre scandera-t-il demain…

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