Ramadhan et travail : A la recherche du temps perdu

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le 18.05.18 | 12h00 Réagissez

Même décor pour les Algériens pendant le Ramadhan. Une journée qui se résume en un peu de travail, beaucoup de sommeil. Difficile pour certaines entreprises de cerner et mieux contrôler les horaires de travail pourtant officiellement allégés pour l’occasion.

Chaque année, la Fonction publique réduit le volume horaire qui est passe de 8 heures à 7 heures de travail. Mais cela ne concerne que les secteurs faisant partie de la Fonction publique. Pour les autres institutions de service public et le secteur privé, l’organisation se fait autrement : certains suivent et d’autres «s’organisent» par brigade ou autre.

Dans certaines administrations, les femmes sont libérées plus tôt que les hommes. Ou elles choisissent de travailler la matinée et de se libérer l’après-midi. Officiellement, la plupart des Algériens doivent travailler 7 heures, mais en réalité, ils partent au travail mais pas pour travailler.

«Ramadhan c’est comme le théâtre en deux actes : le matin on dort au bureau et l’après-midi on parle du menu et de ce qu’on peut faire pendant la soirée.» Mohamed, 31 ans, chargé de communication dans une entreprise publique, nous résume tout. Une journée de Ramadhan vue par ceux et celles qui sont convaincus que jeûne ne rime pas avec travail. Plus le temps passe, plus les envies augmentent.

Et il ne s’agit pas seulement de la faim, mais aussi du sommeil. Pour Samir, 33 ans, «s’il y a une pointeuse tu dors au bureau et s’il n’y en a pas tu esquives pour dormir chez toi». Achour, 39 ans, manager dans une entreprise privée, confie : «Un choix s’impose entre sécher les dernières heures ou rester se morfondre au bureau.» C’est normal si les habitudes changent le rythme va avec : paresse, fatigue, faim…

Explications

Tout cela est sociologiquement expliqué  par Bouabdallah Kacemi, sociologue, chercheur CRASC : la fatigue résulte du manque de sommeil, tout comme la difficulté de concentration. «La question du sommeil est un phénomène récurent. Les algériens par tradition veillent et rejoignent leurs lieux de travail fatigués», indique le sociologue.

«Dans les sociétés occidentales, on ne trouve pas cela. C’est dans les sociétés arabes que ce phénomène existe. Il faut adapter une discipline et le problème est le manque de sommeil. On veille, alors on part au travail fatigué, ce qui provoque fatigue, nerfs, paresse...

Ces facteurs nous rendent moins créatifs.» Tout le monde garde l’image des personnes qui s’installent pendant des après-midi entières dans les mosquées bien fraiches. Une exception est faite pour certains domaines comme les travaux publics, les bases pétrolières ou d’autres secteurs économiques où les ouvriers sont sommés de respecter rigoureusement leurs horaires de travail.

Pénible

Pour Mokrane, 35 ans, cadre dans une entreprise pétrolière nationale, «ceux qui travaillent dans les administrations peuvent sortir plus tôt. Mais ceux qui sont sur les chantiers, il leur est impossible de s’arrêter. On travaille par équipe et la rupture du jeûne se fait en trente minutes puis on reprend le travail. Ce qui est le plus fatigant c’est le chantier : chaleur insupportable, déshydratation, les lèvres sèches jusqu’à avoir mal».

Mais d’autres profitent de Ramadhan pour lever le pied. Des congés sont même programmés. Narimane, 27 ans, employée dans une entreprise privée : «J’ai fait l’expérience de travailler la journée l’année dernière, déjà que j’habite loin de mon lieu de travail, je pensais qu’à rentrer et au moyen le plus rapide pour le faire.

Cette année j’ai demandé un congé pour être plus tranquille»… Pour Kamel Bouguessa, sociologue, le Ramadhan est un période de «végétation». Autrement dit, ces «paresseux» sont aussi malins. Le sociologue argumente sa théorie par le fait que les travailleurs «attendent que tout vienne d’en haut pour ne pas se remettre en cause ou assumer des faits.. C’est la passivité qui s’installe».

Le sociologue remet en cause «l’organisation au travail». «Un supérieur hiérarchique doit superviser. Dans le cas contraire, il y a un laisser- aller de la part des supérieurs», dit-il encore. Mais au moins dans un domaine, on ne fait pas l’exception dans le monde qui nous ressemble. En Tunisie, au Maroc ou encore en Egypte, le rythme baisse. Les horaires officiels des banques ne changent pas, puisque la rupture du jeûne est à 18h.

Parfois certaines usines et entreprises changent leurs horaires de travail où l’on commence à 8h30 et on finit à 14h30 au lieu de 15h. Mais en général, les Egyptiens travaillent moins. En Tunisue, le volume horaire moyen est de 5 heures (8h30-15h du lundi au jeudi et 8h-12h le vendredi). Pour Kamel Bouguessa, «la formule tunisienne est moins hypocrite car elle donne le temps aux travailleurs pour profiter de leur après-midi et pour ne pas aller faire les courses pour ensuite les stocker dans les bureaux».

Raison

Un avis pas très partagé par Kacemi : «Chaque pays a ses raisons dans ses législations. Quand on n’est pas productif, le nombre d’heures travaillées ne changerien. Dans beaucoup de pays, l’employé a une tâche à accomplir et il est surveillé». C’est une question de «discipline», argumente Kacemi. «Chaque Ramadhan tout revient : paresse, absentéisme...

Pour mieux s’organiser, les employeurs doivent revoir la planification du travail durant ce mois, car déjà sur le plan religieux c’est un mois de productivité». Il défend l’idée qu’il «ne faut pas que le Ramadhan soit un handicap, il faut que le travail soit optimisé, il doit répondre à ses des dimensions, familiale, économique et religieuse.

Pour M. Bouguessa, l’idéal pendant ce mois pour un bon fonctionnement du travail serait d’abord d’«organiser, faire participer les employés dans les services publics avec leurs propositions. Dans la plupart des domaines, on ne voit pas de personnel de qualité  et de compétences.

Il faut prendre en considération aussi le nombre d’employés». Comment changer les comportements mais aussi assurer une bonne productivité ? «Il faut une grande volonté politique. Car l’employé devient alors le maître du logis et ce qui laisse place parfois au laisser-aller, à l’insouciance et à l’irresponsabilité», selon M. Bougessa.
 

Yamina Baïr
 
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