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Quelle viabilité économique ?

La viabilité économique est le défi majeur que devra affronter le Kosovo, la région la plus déshéritée des Balkans. Le chômage, selon des estimations, touche environ 45% de la population et 70% des jeunes, tandis que, selon un rapport de la Banque mondiale, environ 37% des 2 millions d’habitants du Kosovo vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 1,5 euro par jour.



Parmi eux, quelque 15% perçoivent même moins d’un euro par jour. « Plus d’un Kosovar sur 10 a faim le matin et a toujours aussi faim le soir », résume à l’AFP Frode Mauring, chef de la représentation au Kosovo du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Alors que l’Union européenne (UE) doit envoyer une mission civile de près de 2000 hommes pour prendre la relève de l’ONU qui administre le Kosovo depuis 1999. La communauté internationale n’est pas parvenue à relancer l’économie de ce qui était, jusqu’à présent, une province du sud de la Serbie, après le conflit de 1998/1999 entre les forces serbes et les séparatistes albanais. L’UE aurait dépensé pour le Kosovo — reconstruction, dons, projets de développement — de 2 à 3 milliards de dollars par an jusqu’en 2004, selon diverses évaluations et en l’absence de réelles statistiques officielles. Mais, selon des estimations officieuses, le chiffre serait plutôt de l’ordre de 11 milliards de dollars, en tenant compte des sommes envoyées par la diaspora albanaise. Quelles qu’elles soient ces sommes, elles n’ont servi qu’à créer une société de consommation, la production ayant été négligée, notamment en raison des incertitudes sur le statut du Kosovo. Mais pas seulement, car l’économie du Kosovo reste otage de réseaux rentiers et — selon des rapports de services de renseignement occidentaux — mafieux. Selon le général italien Fabio Mini, ex-commandant des forces de l’Otan au Kosovo, l’indépendance de cette province serbe profitera « aux clans » et pas à la population, dans un entretien publié samedi par le journal italien Corriere della Sera, repris par l’AFP. L’indépendance « conviendra à ceux qui commandent : Hashim Thaçi (Premier ministre) qui fait des affaires avec le pétrole, Ramush Haradinaj (ex-Premier ministre) qui est jugé devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, Agim Ceku (ex-chef du gouvernement) qui veut devenir généralissime, Behgjet Pacolli (homme d’affaires) qui a besoin d’un endroit pour mettre l’argent de son empire », indique le général qui a commandé les forces de l’OTan en 2002-2003. « Ce qui intéresse les clans (...), c’est un endroit en Europe où vont s’ouvrir de nouvelles banques. Un port franc pour l’argent qui arrivera de l’Est. Monte-Carlo, Chypre, Madère ne sont plus sûres », a-t-il souligné. « Je comprends la hâte des Kosovars (pour l’indépendance). Je ne comprends pas celle de la communauté internationale », critique encore le général, ajoutant que la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par Rome serait « une erreur fatale ».



Par R. I.

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