Des intellectuels africains et européens réagissent aux propos de Sarkozy
Plusieurs intellectuels africains et européens se sont réunis hier à Bamako pour créer « un comité scientifique de mémoire Afrique », en réaction au discours prononcé à Dakar en juillet par le président français, Nicolas Sarkozy.
Cette rencontre, initiée par l’historienne malienne Adame Ba Konaré, doit s’achever aujourd’hui avec l’énoncé d’« orientations générales » à donner à un futur ouvrage rédigé par des intellectuels africains. L’initiative intervient après un discours adressé aux Africains en juillet 2007 à Dakar par Nicolas Sarkozy, dont certains passages ont été vivement critiqués par des intellectuels africains. « Ayant écouté le désormais fameux discours, j’ai été profondément choquée de voir le plus vieux contient du monde relégué à la place d’un enfant encore immature, inconscient, sur lequel la lumière tardait à irradier et sur lequel il fallait se pencher avec compassion », a déclaré Mme Konaré à l’AFP. Aux côtés de l’épouse du président de la commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, étaient présents les professeurs Elikia Mbokolo, directeur d’études à l’école française des Hautes études en sciences sociales, Vittorio Morabito, de l’université de Catane (Italie), et Pierre Boilley, de l’université de la Sorbonne. Figuraient aussi parmi les invités, Doualaye Konaté, président de l’association des historiens africains, et Ibrahima Thioub, chef du département Histoire de l’université, Cheikh Anta Diop de Dakar. M. Mbokolo a affirmé que le discours de M. Sarkozy « ramenait en arrière » l’Afrique de 100, voire 150 ans. Il a toutefois appelé à ne pas occulter « le fait que nous avons aussi un problème de gestion de notre histoire ». « Nous devons prendre des initiatives », a-t-il exhorté. Mme Konaré avait déjà lancé en septembre un « appel aux historiens africains » pour la création d’un comité de défense de la mémoire de l’Afrique, un instrument de veille pour la sauvegarde de l’histoire du continent. M. Sarkozy avait suscité une vive émotion à l’occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne en évoquant « le drame de l’Afrique, (qui est) que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». « Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles », avait-il déclaré. Concernant le dossier de l’immigration, il est à signaler par ailleurs que le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) a appelé vendredi à soutenir une manifestation collective contre un projet de directive européenne sur la rétention des sans-papiers. Le Parlement européen devra prochainement se prononcer sur une directive relative aux normes et procédures applicables dans les centres de rétention où sont retenus les migrants sans papiers en voie d’expulsion. Ce projet prévoit d’augmenter « la durée du maintien des émigrés sans papiers dans les centres de rétention », a rappelé le MRAP, relevant que « s’alignant sur les pays les plus répressifs en la matière, notamment l’Allemagne, cette durée pourra aller jusqu’à 18 mois ». Pour le MRAP, ce projet, qui « contribue à la mise en place d’une politique inhumaine d’enfermement et de criminalisation des femmes et des hommes », est « contraire à toute idée de co-développement ».
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