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Tlemcen : Le secteur de la pêche peut mieux faire

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le 06.11.17 | 12h00 Réagissez

 
	En dépit des efforts consentis, les résultats du secteur de la pêche et de l’aquaculture restent mitigés et peuvent largement être améliorés. 
	La cherté du poisson en est la preuve.
En dépit des efforts consentis, les résultats du secteur de...

La façade maritime de la wilaya de Tlemcen recouvre 70 km de côtes et s’étend vers le large des eaux soumises à la juridiction nationale sur 32 miles marins.

La région est le plateau continental le plus large du pays, nous dit-on au niveau de la direction de la Pêche. Cette gigantesque réserve naturelle renferme un potentiel avéré en matière de ressources halieutiques. Une confirmation qui a été établie après les deux campagnes de prospection et d’évaluation réalisées dans le golf de Ghazaouet en 2003 et 2004 dans le cadre du programme de recherche et de développement initié par le ministère de la Pêche.

Il a été démontré, lors de ces deux campagnes, que cette région est l’une des plus poissonneuses de la Méditerranée. Pour justifier cette affirmation, deux exemples sont cités : dans les zones allant de 100 à 200 mètres de profondeur, la quantité du rouget de vase est de 40 kg par km2, celle de l’accarné appelé le bizoug est de 300 kg par km2, à moins de 328,08 pieds de profondeur. Pour ce qui est du petit pélagique : la sardine, les anchois et autres poissons les plus prisés de la région, la biomasse est de 80 000 tonnes. Ces deux campagnes ont aussi confirmé que l’exploitation de certaines zones reste en deçà des réserves existantes, principalement sur le talus continental où des merlus de près d’un mètre et des baudroies de plus de 45 kg ont été pris.

Pour une exploitation rationnelle et optimale de ces importantes ressources, et dans le cadre de la relance économique du secteur, la flottille de pêche a été renforcée par de nouvelles unités, chalutiers  et sardiniers dotés d’équipements modernes, notamment pour la pratique de la pêche hauturière, et par la réalisation, à Ghazaouet, d’une école de formation des techniques de pêche et d’aquaculture. La grande partie de l’activité pêche   est concentrée au port de Ghazaouet où accostent 78 chalutiers, 57 sardiniers et 84 petits métiers. Ces embarcations emploient 2704 actifs inscrits sur les registres de l’antenne du port, englobant les patrons, les mécaniciens et les matelots. A Honaïne, 44 petits métiers emploient 96 marins.

A Marsat Ben M’hidi la tendance est complètement inversée. La navigation de plaisance a pris le dessus. Seulement 45 marins inscrits vivent de la mer. Cependant, les résultats de cet investissement peuvent largement être améliorés. La cherté du poisson en est la preuve. La production annuelle se maintient au même niveau qu’avant la relance du secteur. Elle est estimée à une moyenne de 10 000 tonnes/an. Deux raisons majeures qui semblent contrarier la croissance de la pêche apparaissent dans les explications fournies par M. Khelfoun Tayeb, directeur de la Pêche. Selon lui, en dépit du renforcement de la flottille par des unités dotées d’équipements modernes, la pêche traditionnelle est toujours de mise.

Elle reste concentrée dans  la zone de 6 miles où est exercée une surpêche qui menace le renouvellement des ressources marines. Cette zone est  située entre la ligne de référence et en deçà des 6 miles marins. Ce qui explique, d’une part, la stagnation des quantités de poissons débarquées, voire même une baisse,  et, d’autre part, le débarquement des poissons de petite taille qui constituent une part croissante des prises. «D’ailleurs, les quelques chalutiers qui pratiquent la pêche hauturière au-delà des 6 miles, à travers des marées de 4 à 5 jours, ont étayé l’argument selon lequel la zone recèle de grandes  potentialités en ressources halieutiques», témoigne le directeur de la Pêche.

Pour les armateurs, les raisons du déclin du secteur, car pour les professionnels il s’agit véritablement de déclin depuis une dizaine d’années, sont toutes autres. Ils révèlent d’une gestion cafouilleuse où les administrations se chevauchent, chacune empiète sur le domaine de l’autre entrainant, parfois, des situations conflictuelles préjudiciables au bon fonctionnement de l’activité. «Notre secteur est supervisé par 4 ministères différents, l’agriculture et la pêche, la défense, le transport et  le travail, cela vous donne un aperçu sur les problèmes qui le minent», affirme un armateur. Et d’argumenter : «Si par malheur, l’équipement électronique de navigation et de communication, indispensable à bord du bateau, est défaillant et que vous êtes obligés de le remplacer, vous devez attendre quelques bons mois pour obtenir l’autorisation d’acquérir un nouvel équipement».

Désorganisation

Les armateurs évoquent aussi la cherté et l’indisponibilité des pièces détachées, des filets de pêche et autres engins, la cherté de gasoil et les différentes charges pesant sur leur entreprise. Ils estiment, par ailleurs, que le plan de la relance  économique a profité essentiellement aux «nouveaux venus» dans le métier, attirés par les profits sans plus. «Le bât blesse surtout  lorsqu’on constate que la plupart de ces nouvelles acquisitions sont immobilisées au port depuis longtemps», se désole notre interlocuteur. «Par contre, enchaine-t-il, les  bateaux attribués aux professionnels sont tous opérationnels et les bénéficiaires se sont acquittés des crédits qui leur ont été alloués».

Quant aux mandataires, ils dénoncent les conditions d’hygiène et de sécurité lamentables dans lesquelles ils exercent quotidiennement. «Regardez dans quelles conditions nous travaillons ! Et nous payons ce service», s’insurge un mandataire. En effet, l’état de la halle à marée où s’effectuent la vente en gros est déplorable et la saleté est omniprésente.

Les lieux ne conviennent nullement à l’exercice d’une telle activité. Alors que la pêcherie où sont réunies les conditions pour la vente en gros du poisson, reste fermée pour des raisons mystérieuses. Les services de la pêche attachent un intérêt particulier au développement des petits métiers compte tenu des opportunités qu’ils recèlent en matière d’emploi.

Cet intérêt s’est traduit par l’injection de nouvelles unités dans le cadre des dispositifs d’aide à la création d’entreprises pour la pratique ce type de pêche. Les petits métiers fréquentent les zones accidentées qui renferment un potentiel halieutique non négligeable. Ces fonds accidentés permettent une pêche artisanale qui leur  sied parfaitement : les sardiniers et les chalutiers ne peuvent pas y accéder. Des formations sont proposées aux petits marins pour l’amélioration des techniques de pêche dans ces zones accidentées et l’utilisation de nouveaux engins de pêche adaptés.

«Ceci a permis cette saison de très bonnes prises de l’espadon», selon la direction de la pêche. Quant à l’aquaculture, les résultats restent largement en deçà des efforts consentis par l’Etat. Après environ une dizaine d’années d’existence, l’aquaculture est encore à ses balbutiements. Le seul projet réalisé est la ferme d’élevage de la daurade et du loup de mer en cages flottantes à Honaïne. Celle-ci est entrée en production en fournissant 250 tonnes de poissons dont 23 tonnes de loup de mer. Mais elle reste en deçà de sa capacité réelle estimée à 600 tonnes/an.

L’aquaculture en retard

Les autres fermes aquacoles offshores prévues à Sidi Youchaâ se trouvent confrontées à l’indisponibilité des assiettes foncières qui serviront de bases de vie pour stocker l’aliment, le matériel, etc. Sur les six projets retenus le long de la côté de Tlemcen, un seul a été concrétisé, celui d’Agla à Honaïne. D’autres projets ont été validés. Il s’agit d’une ferme de culture de la spiruline (algue aquatique) dans la zone d’activité de Beni Bousaid et un projet d’élevage des moules avec une capacité de production de 50 t/an à Maarouf dans la commune de M’Sirda Fouaga. S’agissant de la pisciculture continentale, l’élevage de poissons en eau douce, la situation n’est pas mieux.
Les capacités hydriques réparties sur l’ensemble du territoire de la wilaya comptent 15 concessions d’exploitation ayant bénéficié, depuis 2006, de 13 opérations d’ensemencement par des larves et alevins de plusieurs espèces de poissons. Seules quatre à Boughrara, Sidi Abelli et Sekkak sont exploitées. 10 tonnes de carpes sont pêchées tous les trois mois. Une production en deçà des prévisions des services de la pêche.

Ceci s’explique par le fait que la consommation du poisson d’eau douce dans la région reste très limitée. Les pêcheurs viennent de Sétif, Relizane et Ain Defla, des villes où le poisson d’eau douce fait son apparition dans les traditions culinaires. Les responsables de la pêche accordent aussi un intérêt particulier à la pisciculture intégrée à l’activité agricole. La campagne de sensibilisation sur les avantages de ce procédé, menée depuis 2009, s’est soldée  par des opérations de peuplement d’une quinzaine de bassins d’irrigation par des alevins de tilapia rouge.

La relance du secteur de la pêche s’appuie aussi sur la formation professionnelle qui tend vers une formation de qualité répondant aux besoins spécifiques du secteur de la pêche et de l’aquaculture et aux exigences des conventions et accords internationaux. L’école de formation en techniques de pêche et d’aquaculture de Ghazaouet préconise une formation de qualité répondant aux nouveaux besoins exprimés dans le secteur.

«La formation professionnelle revêt une importance accrue en raison des nouvelles avancées techniques que connaît le secteur en matière d’utilisation des équipements électroniques de navigation, de communication, de prospection et de détection des ressources halieutiques», précise M. Bentaleb Mustapha  le directeur de l’école de pêche. Depuis son ouverture en 2012, l’école de pêche a formé 1803 marins dans différents domaines.

Or, si depuis quelques années, la formation professionnelle constitue une étape obligatoire pour la détention d’un  fascicule de pêche, il n’en demeure pas moins que la formation sur le tas reste incontournable. D’ailleurs, les jeunes marins issus de la formation n’ont pas vraiment trouvé des conditions favorables pour mettre en application leurs connaissances théoriques. Certains patrons n’ont pas confiance en ces jeunes diplômés. Ils sont réticents à leur mettre entre les mains du matériel de valeur. Ils les qualifient même de «patrons de paperasse».

Par ailleurs, il est constaté  que la formation professionnelle a eu des incidences notables sur la protection de l’environnement marin et, par ricochet, la protection des ressources et à leur renouvellement. Ce constat est établi suite à une diminution significative d’infractions commises relatives à l’utilisation des engins de pêche prohibés, la pêche dans les zones interdites, le non-respect de la période du repos biologique.

O. El Bachir
 
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