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Mohamed Kazi Tani : Premier fleuriste à Témouchent

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le 15.08.17 | 12h00 Réagissez

Figure avenante, 32 ans, corpulence d’athlète, Mohamed Kazi Tani, après dix années d’attente, vient de réaliser depuis un mois son projet, celui de devenir fleuriste. Il est même le premier à ouvrir boutique à Témouchent, qui peut ainsi s’enorgueillir d’accéder à un niveau supérieur d’urbanité. Cela vaut d’être rapporté.

Un Tlemcénien de passage, voyant la verdoyante boutique par les couleurs de sa façade et de son étalage, ne s’est pas empêché d’observer qu’il n’existe pas de fleuriste en l’ex-cité des Zianides. «Pourtant, une ville d’histoire et de haute citadinité !» Désormais, à Témouchent, il n’est plus question pour les gens de bon goût de se contenter de roses en plastique ou de devoir se déplacer à la grande métropole régionale, place commandant Mejdoub (ex- place Hoche) pour s’en acheter.

Mieux, les roses de Mohamed ne sont pas importées mais produites dans sa pépinière à Chabat El Laham, à 3 km de Témouchent, pour le même prix, soit à 150 DA l’unité. «Et bien, quand on aime, on ne compte pas ! Un beau bouquet revient l’équivalent d’un kilo de viande. Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on en achète», relève un client. L’affaire n’était pas évidente au départ pour s’installer. Mohamed a profité de deux heureuses opportunités. La première en raison des nouvelles dispositions en faveur de l’investissement, ce qui lui a ouvert droit à 25 m2 de terrain sur le boulevard Boudiaf.

La seconde parce que son projet s’inscrivait idéalement dans le cadre du réaménagement de cette artère. L’ex-wali voulait l’élever au rang d’une nouvelle devanture de la ville au côté de l’unique boulevard légué par la colonisation en l’ancien tissu urbain. Mais comment Mohamed est-il venu à ce métier ? «Tout gamin, j’étais attiré par le monde de la faune et de la flore. Aussitôt, mon baccalauréat en poche en 2003, je postule pour le métier de vétérinaire.

Mais, hélas, la chose n’était pas aussi aisée que maintenant. J’ai donc opté pour la flore en rejoignant en 2004 le centre de formation professionnelle dédié à l’agriculture à Misserghine». Pourquoi ce CFP et pas un autre ? «C’est qu’il forme en arboriculture et qu’il avait de bons professeurs». Mais, géré auparavant par les Pères blancs, ce centre est célèbre pour avoir donné naissance à la clémentine au début du 20e siècle.

Le père Clément, un agronome, y ayant semé des graines de mandarines, découvre qu’une d’elles a donné un mandarinier d’un nouveau type. Il est issu du croisement naturel d’une fleur de mandarinier et du pollen d’un oranger. Son fruit est baptisé du nom de son créateur par la société d’horticulture d’Alger en 1902. Mohamed, lui, n’a pas la prétention de rivaliser avec le père Clément.

Il lui suffit d’appendre à faire pousser les plantes, les soigner et en faire une activité pour en vivre. Mais, ce n’est pas un métier d’agriculteur qu’il veut exercer. Il faut que cela soit ludique et pour la beauté du geste. Ainsi, après avoir décroché son CAP au bout d’une année et demie, il obtient l’aide de sa famille pour partir en France en 2005 et se spécialiser dans le métier de paysagiste-décorateur.

Son stage dure huit mois. Il revient au pays avec ses certificats de l’étranger, espérant exercer ses talents à Témouchent auprès des institutions et des collectivités. On le rabroue de partout : «Qu’est-ce que cette histoire ? T’es un jardinier, dis-le, pourquoi nous sortir un titre ronflant ?» Dépité par tant d’incompréhension, Mohamed tourne son regard vers la plus grande des villes du pays où il sait que son art est apprécié et où il y a des possibilités d’acquérir l’expérience du métier auprès d’un professionnel.

«Je suis parti en 2007 avec un cousin à Alger avec 1800 DA en poche. Mon cousin qui y habite m’héberge». Pour gagner sa vie en attendant qu’une occasion s’offre, et parce qu’il présente bien, il fait de la figuration dans les spots publicitaires. C’est bien payé à raison de 4000 DA la journée. Il fait circuler par le biais de ses connaissances l’information sur ses qualifications en ornementation. Il recourt également aux réseaux sociaux. Après trois mois, un client s’annonce.

C’est à Sidi Yahia, un quartier de Hydra et c’est un propriétaire de café désireux d’agrémenter de verdure son commerce. Mohamed donne entière satisfaction. Le bouche à oreille fait son œuvre. Il travaille au noir jusqu’au jour où des professionnels ayant registre du commerce lui font appel pour effectuer de la sous-traitance. Arrive 2011, et ayant accumulé l’expérience nécessaire et constitué des économies substantielles, il revient à Chabat où il dispose d’un terrain de près de 1800 m2 de bonne terre jouxtant la demeure familiale en plein tissu urbain. Il y implante une pépinière.

C’est un peu la galère parce que Chabat est excentrée. Heureusement, sa pépinière est sur la rue qu’emprunte la route nationale menant vers Hammam Bou Hadjar. Des curistes l’empruntent, venant d’ailleurs pour se rendre à la station thermale. On s’arrête chez lui. Depuis, il se fait une clientèle à Oran et Tlemcen où il se déplace à la demande. Mais il lui faut une devanture à Témouchent. Fleuriste et vendeur d’arbres fruitiers et d’ornement, ce serait l’idéal. C’est fait maintenant. Mohamed a même engagé une jeune femme pour l’aider à la boutique. Il va la placer en septembre en apprentissage rémunéré au CFPA de Témouchent.          

Mohamed Kali
 
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