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Belkacem Benzenine. Docteur en philosophie politique et chercheur au Crasc d’Oran

«Les libertés académiques sont menacées»

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le 17.05.18 | 12h00 Réagissez

Belkacem Benzenine est chercheur permanent au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle à Oran. Il est docteur en philosophie politique de l’université Charles-de-Gaulle, Lille III. Il est l’un des fondateurs du Collectif autonome de chercheurs et enseignants pour la défense et la promotion de la recherche en sciences humaines et sociales (CASHS). Ce collectif a rendu public, la semaine passée, un manifeste dénonçant les politiques liées à la recherche dans les sciences sociales. Il tire la sonnette d’alarme quant au «processus de régression» que vit la communauté scientifique.

Vous êtes un des fondateurs du CASHS. Quelles sont les conditions et les circonstances ayant motivé la constitution de ce collectif ?

La création du Collectif autonome de chercheurs et enseignants pour la défense et la promotion de la recherche en sciences humaines et sociales, CASHS, émane d’un souci partagé par un grand nombre de chercheurs algériens quant à la place et au statut des disciplines des sciences humaines dans les universités et les centres de recherche.

Le manifeste évoque, en connaissance de cause, quelques problèmes vécus par la communauté des chercheurs, comme le clientélisme, la mauvaise gouvernance et le manque de stratégie dans la gestion de la recherche scientifique. Il y a, sinon un mépris, du moins un désintérêt pour les sciences humaines et sociales.

Or, les problèmes que vit notre société ne peuvent qu’interpeller à la fois les chercheurs et les décideurs. Pour nous, il s’agit d’un défi qui doit mettre ces disciplines parmi les priorités des différentes instances concernées, et pas seulement le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Or, il se trouve que le discours que véhiculent les responsables de la recherche scientifique met davantage l’accent sur le côté dit «utile» de la recherche, comme si nos travaux n’étaient pas d’un intérêt pour la société.

Par ce manifeste et par la constitution de notre collectif, nous souhaiterions, d’un côté, rappeler aux décideurs le rôle majeur que doivent jouer les sciences humaines et sociales dans le système d’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à partir d’une pensée libre et critique, et, de l’autre, sensibiliser tous les acteurs concernés par la recherche, quant à la nécessité absolue de respecter les règles de l’éthique en matière d’enseignement et de recherche scientifique.

Dans le manifeste, il est question de défendre les libertés académiques. Sont-elles aussi menacées ? Et quelles sont ces menaces ?

Il importe, tout d’abord, de rappeler ce qu’il faut entendre par «libertés académiques». Nous nous inspirons de la recommandation de l’Unesco de 1997.

Il s’agit de «la liberté d’enseignement et de discussion en dehors de toute contrainte doctrinale, la liberté d’effectuer des recherches et d’en diffuser et publier les résultats, le droit d’exprimer librement son opinion sur l’établissement ou le système au sein duquel on travaille, le droit de ne pas être soumis à la censure institutionnelle et celui de participer librement aux activités d’organisations professionnelles ou académiques représentatives».

Partant de cette définition, je pense que les libertés académiques sont menacées par le fait même que la communauté des chercheurs ne dispose pas de la liberté de choisir les objets de recherche qu’elle souhaite traiter. Personne ne peut nier l’existence des injonctions politiques et/ou administratives qui interviennent à différents niveaux au sein des institutions chargées de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Les libertés académiques consistent également à impliquer le personnel chargé de la recherche et de l’enseignement dans la prise des décisions concernant son secteur.

Le CASHS exige davantage de moyens pour améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche. Comment jugez-vous l’état et la qualité de la recherche aujourd’hui ?
 

Durant plusieurs années, les responsables du secteur de la recherche n’ont cessé de donner de l’importance à l’aspect quantitatif, au détriment du qualitatif.

Le nombre très élevé de laboratoires et de revues dites ‘‘académiques’’ a été présenté comme un critère de réussite. Or, il se trouve qu’il s’agit d’un échec total. Et n’était la situation financière que connaît le pays, ce nombre n’aurait cessé de croître, comme si la recherche était une affaire de chiffres. Il est important que les chercheurs et les institutions concernées disposent des moyens nécessaires et d’un environnement propice pour accomplir leurs missions.

Qu’entend le Collectif par l’expression «processus de régression» ?

Les scènes de violence subie par certains collègues enseignants et même par certains responsables administratifs, qui restent dans l’impunité, entravent l’esprit d’entreprise et les empêchent d’exercer leur fonction en toute liberté. Aussi, ce qui s’est passé avec certains collègues, chercheurs associés au Cread, n’est qu’une des conséquences de la régression.

La régression est ressentie comme un manque de perspective, de vision et de stratégie en matière de recherche, dans tous les domaines, et pas seulement dans les sciences humaines et sociales.

La bureaucratisation de la recherche, le manque de considération pour la communauté des chercheurs et de transparence dans le processus d’évaluation de la recherche, d’une manière générale, ne sont que des aspects de la régression que nous constatons au quotidien en tant que chercheurs.  

Redouane Benchikh
 
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