Régions Ouest Oran
 

De jeunes Oranais manifestent leur solidarité avec les migrants

Halte au racisme !

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le 27.06.17 | 12h00 Réagissez

En réaction à la campagne de haine et de xénophobie lancée sur les réseaux sociaux à l’encontre des migrants subsahariens, de jeunes Oranais ont répliqué en organisant un f’tour de fraternité, affirmant haut et fort que le racisme n’a pas droit de cité dans notre pays et que les réfugiés subsahariens sont et seront toujours les bienvenus en Algérie.

Un déjeuner, suivi d’une soirée en l’honneur de la communauté des migrants subsahariens à Oran, ont été organisés, vendredi à Gdyel, par un collectif de jeunes bénévoles. Cet événement intervient dans un contexte de tension en raison des stigmatisations dont sont victimes les ressortissants subsahariens à travers le pays, «suite aux appels de haine et à la discrimination raciale qui jaillissent, notamment sur les réseaux sociaux», explique Amine Boudjani, un des initiateurs de cette rencontre autour d’un «f’tour ramadhanesque» avec les migrants, qui s’est tenu dans la maison de l’artiste Sadek Democratoz.

En effet, les excès de racisme récents qui bouleversent les réseaux sociaux ont provoqué un vif émoi et une grande indignation chez ces jeunes Oranais, qui ont décidé d’exprimer leur solidarité en faveur de leurs amis, camarades de classe universitaires, collègues au travail ou voisins au centre-ville d’El Bahia. La soirée a débuté bien avant la rupture du jeûne, vers dix-neuf heures, avec des percussions, des guitares acoustiques et des chants dans la terrasse qui accueillait les convives.

Une harmonie d’aubades entre différents styles de musique propres à chaque identité du continent, plongeait la maison dans une liesse et un sentiment de sécurité nécessaires à la conjoncture. Et chacun a contribué au déjeuner en apportant les plats et mets traditionnels du Ramadhan, des gâteaux et surtout de la bonne humeur.

«Il s’agit d’une occasion de se retrouver à travers une action concrète, pour dire non à tous les mensonges et cette campagne de désinformation lancée à l’encontre de nos principes, de notre réalité et surtout contre nos sœurs et frères venus enrichir notre diversité culturelle en diluant nos sentiments d’altérité avec un autre paradigme de courage et de résistance, à la faveur de leurs rudes traversées qui les ont amenés jusqu’en Afrique du Nord, l’Algérie», explique Amine, qui s’inquiète des préjugés et des attaques lancées dans les médias.

Il ajoute : «Nous ne devons pas nous arrêter là. Il faut se réveiller et réagir à la désinformation et aux inepties abjectes qui se relayent, par une campagne de communication, pour dire la vérité aux Algériens et leur permettre de comprendre ce qui se passe sur le terrain et dans les esprits. Avant les incidents du sud du pays et ces éruptions de xénophobie, nous avions déjà pris les devants en organisant des activités avec la communauté des migrants à Oran.

Une rencontre culturelle, un match de foot et autres collectes et actions de bénévolat ne semblent pas suffire aujourd’hui. Nous en sommes conscients, car le racisme est un mal qui ronge toutes les sociétés dans toute sa perfidie et ses relents assassins. Le moment est donc venu de passer à une autre étape, en communiquant, tout en organisant plus de rencontres, de conférences et d’échanges culturels … et encore plus. Il ne s’agit pas seulement d’aider les migrants, mais il est question du salut de notre société».

Pour sa part, l’artiste Sadek a exprimé son indignation, sa colère et son dégoût : «C’est terrible ce qui se passe! Où est-ce qu’on va comme ça. Nous sommes arrivés à traiter nos sœurs et frères, africains comme nous, de tous les maux. C’est une énième ineptie qui nous met face à notre réalité, celle d’une société qui a peur de l’autre, car nous ne nous sommes pas réconciliés avec notre histoire, les vérités de notre passé et notre responsabilité dans la stigmatisation, le racisme et la xénophobie.

Ce mal est là. Il est bien réel et nous tire vers le bas. Nous sommes devenus et redevenus racistes, je ne sais pas, mais nous sommes à une étape cruciale de notre histoire. L’Algérien se doit d’assumer les aspirations et la grandeur de son pays. L’Algérie est une Mecque en Afrique, celle des légendes mais aussi celle des oppressés, des asservis et des êtres plein d’espoir. Nos sœurs et frères africains viennent chez nous le cœur empli d’espoir en quête d’un eldorado que seule notre solidarité peut rendre réel.

Et puis, il faut souligner que nul n’est à l’abri de l’exil, du déplacement ou de toute autre menace susceptible de nous faire vivre pareille expérience. Il faut le dire haut et fort : ces gens traversent le désert et les guerres, ils embarquent dans je ne sais quelles galères fuyant l’asservissement, la violence et la misère, pour se retrouver sur nos terres, celles déjà traversées par une infinité d’origines sans jamais que les portes soient fermées.

Je n’arrive pas à décrire ce qui se passe, mais il faut que nous réagissions avant que les choses ne prennent une autre tournure.» Sadek a déjà publié une vidéo sur les réseaux sociaux, interpellant les internautes et les Algériens en somme, appelant à la tolérance, à la retenue tout en dénonçant la stigmatisation et les mensonges proférés à l’encontre des migrants. Il déclare : «La responsabilité incombe, en premier lieu, aux artistes qui doivent prendre position et appeler à la raison.

Il faut dénoncer les actes et propos inhumains, user de son talent, son art ou sa tribune pour souligner la gravité de la situation, tout en rappelant qu’il s’agit de personnes distinctes, des récits personnels et une odyssée authentique pour chacun. Ici, en Algérie, qui n’est plus une terre de transit mais une destination, ça devrait être la fin d’une odyssée et pas le début d’un enfer. Nous devons surtout être dignes de nos valeurs, de notre histoire, nos principes pour la liberté et la tolérance, et tout ce qu’ a écrit notre récit moderne.

Les intellectuels et les artistes doivent véhiculer ce discours et faire preuve de courage, d’intégrité et de sincérité.» Sadek a animé la soirée par plusieurs titres chantés avec les convives en chœur et en duo, notamment une chanson à lui, évoquant l’exil, l’amour et, surtout, l’Afrique, écrite lors d’un voyage en Europe, s’inspirant des conditions de vie de migrants algériens.

La jeune artiste, Rajaa Kateb, a également chanté à cette occasion, tout en témoignant sa solidarité et son engagement en faveur des causes humaines. Elle réagit : «Je pense que cette situation fait ressortir beaucoup de nos réfutations et marque la nécessité de briser certains tabous. On ne peut pas dire que les Algériens sont racistes.

C’est également une stigmatisation et une condamnation d’autant plus que nous ne pouvons pas dire qu’est-ce que le racisme sans avoir fait notre propre diagnostic. Sur Facebook, il y a eu beaucoup de réactions révoltantes, mais il y a aussi des gens indignés par cette campagne de haine, ce sont des Algériens qui, probablement, ne réalisent même pas les subtilités de ce discours ou encore moins le sens des actes et des mots quand ils sont formulés dans un cadre d’actualité, suite à un incident même si c’est une rumeur ou un mensonge.

Nous devons ouvrir le débat et faire notre propre bilan tout en apprenant des migrants car ils ont plus à nous apporter que notre claustration». S’agissant de la soirée, Rajaâ a exprimé son émotion par la musique et les mots, en reprenant des titres de Bob Marley par exemple, chantant la liberté et plongeant son public dans une ambiance gospel soulignée par des riffes reggae et un jeu de percussions venu du cœur de l’Afrique.

Autre activité, le jeune comédien Zino et l’actrice Ismahene ont joué une pièce théâtrale évoquant un voyage chez un peuple fabuleux, les Albatros. Il s’agit d’un jeu de scène interactif visant à démonter au public les subtilités de la distance et les facilités des préjugés. En outre, la soirée de ce vendredi, avec tous les sentiments d’amitié, d’amour et de solidarité qui la définissent, a été également l’occasion de poser un débat profond et sérieux sur le racisme, de l’altérité ainsi que les tabous qui érodent les structures de notre propre société. Ce fut également une aubaine pour les apartés où se disent des choses dans la confidence et la sérénité, sans les précautions habituelles à ce genre de sujets, fardés par un voile de courtoisie.

Kader, migrant et étudiant à Oran confie : «Je ne cache pas que, il y a quelques jours, en voyant les massacres en Centrafrique, un sentiment d’insécurité m’a envahi en pensant à la possibilité qu’une haine pareille se déchaine sur nous, mes compatriotes et autres ressortissants de pays africains car je ne suis pas chez moi. Aujourd’hui, en voyant tout ce qui se déverse sur Internet, je suis encore plus inquiet. Il est vrai que j’ai mes repères ici à Oran.

J’ai beaucoup de fidèles amis oranais et le fait d’être entouré nous procure un certain réconfort, nous sommes rassurés. Mais l’idée d’un débordement et d’une dégénération de la situation me guette, j’ai l’esprit préoccupé car je sais de quoi l’être humain est capable. Ici à Oran, nous jouissons de l’hospitalité et de l’ouverture d’esprit des habitants, mais ce n’est pas la même ambiance partout dans le pays, comme on l’a vu au Sud.

Donc oui ! Je suis inquiet et ce genre d’activité, ces rencontres conviviales sont d’un réconfort certain. Mais je dis toujours qu’il ne faut pas exagérer puisque je ne parle que d’un sentiment. Il ne faut pas généraliser, car cette xénophobie n’est pas propre aux Algériens. D’ailleurs, je ne vis pas ce racisme à Oran, c’est surtout une inquiétude dictée par une triste réalité.»

Pour les autres hôtes de cette maison conviviale à Gdyel, la soirée a été plus marquée par la joie et la bonne humeur, le jeu, le chant et les échanges. Saïd, Ifeanyi et les jeunes migrants n’ont pas manqué d’exprimer leur joie totale et reconnaissance pour ce geste de solidarité. Et c’est en dansant sur les rythmes des tam-tams que cette fête a permis d’adjurer certains maux pour que les témoignages des uns et des autres soient déclamés.

Les récits des attaques, du harcèlement, des propos de haine, du racisme en somme, troublaient les esprits et tombaient comme un échafaud sur les consciences, rappelant la profondeur du mal des ressortissants subsahariens. Il s’agit, en effet, d’un mal qui traverse le temps et l’espace, un mal qui voyage avec eux, qu’ils ne transportent pas, mais qui leur colle à la peau à cause de nos regards limités, notre vision calfeutrée par la peur de l’autre.                                                           

Redouane Benchikh
 
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