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Culture : Fayçal Anseur rend hommage aux «laissés-pour-compte»

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le 07.01.18 | 12h00 Réagissez

L’exposition «Laissés-pour-compte», ouverte depuis mercredi et qui dure jusqu’au 18 janvier, à la galerie d’art «Civ-Œil» dévoile la première série de photographies de l’artiste Faynour, relatant le récit des sans-logis, des itinérants et des bohémiens.

Il s’agit d’une première collection de l’artiste, qui n’est autre que le journaliste Fayçal Anseur, originaire d’Oran et qui vit aujourd’hui en France. Ce passionné des images et des arts visuels confesse ne s’être mis à la photographie que très récemment. «J’ai commencé la photo depuis une année seulement, même si cela fait des années que je suis dans l’audiovisuel et j’avoue que c’est un défi que j’ai aimé relever et que mes amis à Oran m’ont permis de mener à bout grâce à cette exposition», déclare Fayçal, appareil photo à la main, pour souligner sa passion pour l’image et son envie de ne laisser rien filer, en allant jusqu’à photographier le beau monde venu découvrir son regard à travers 26 clichés choisis sur plus de 5000 photos.

Justement, Fayçal Anseur explique ce choix : «Je n’ai pas voulu choisir les photographies les plus réussies techniquement. Je devais creuser dans pas moins de 5000 images que j’ai prises.

Mais au final, je me suis dit que je dois être dans l’authenticité et prendre le risque en choisissant celles qui m’ont le plus touché, qui représentent quelque chose pour moi et qui communiquent au mieux mon regard et mes convictions, mes sentiments aussi.» Présente mercredi au vernissage, l’artiste photographe, Nora Zaïr, n’a pas manqué de féliciter Faynour en déclarant sa flamme : «J’aime son regard, ses photos et sa sensibilité.

Je ne peux rien dire de plus que lui souhaiter bonne continuation. Je suis aussi fascinée par son talent, alors que je viens d’apprendre qu’il n’a commencé la photo que depuis une année, ce qui n’est pas rien vu le résultat artistique, même si quelque part il a toujours été dans l’image et le culturel.»

D’autres consœurs et confrères journalistes étaient venus nombreux au vernissage de leur camarade, pour découvrir l’autre facette, celle de l’artiste qui met de côté le réflexe du reporter en essayant de capter autre chose que l’information, à savoir, l’émotion et les mots tus dans un regard de passant et de SDF, dont la présence sur un trottoir ou face à une vitrine de luxe, vient contraster le sens commun donné à la modernité par la marchandise et la consommation.

Et c’est du noir et blanc qui vient intensifier encore plus tout ce contraste, Fayçal, ayant choisi de rendre hommage à des personnages qui l’ont bouleversé lors de ses voyages à travers l’Europe et l’Algérie.

Il déclare : «Ce sont des personnes que j’ai rencontrées, croisées et avec qui j’ai partagé des moments parfois très courts, mais très enrichissants. Ça se passe dans cinq villes que sont Oran, Paris, Rome, Barcelone et Lisbonne. Je n’ai pas voulu exposer et classer les portraits par ville dans le but justement de montrer l’universalité de la misère, que ça n’a pas de nationalité.»

Cette exposition a la particularité de laisser le récit à l’image et de ne compter que sur trois légendes seulement, non pas pour décrire la photo ou ses circonstances, mais comme verrou d’une fenêtre sur le monde du personnage plongé dans un décor grimé d’artifices et de boutiques, de bitume et de lumières urbaines. Le message de Fayçal est clair : il dénonce le consumérisme et fait retentir l’appel de la terre, des origines, de la nature… en plaidant pour l’humanisme et la préservation de la planète, lui qui est également formateur en permaculture.

Et l’on retrouve parfaitement tout le combat et la sensibilité du journaliste, du militant et de l’artiste dans des photographies telles que celle de Günter, un interprète allemand vivant au jour le jour et qui sillonne l’Europe. Faynour rapporte dans une légende que cet être d’exception a marché seul de Vienne jusqu’à Rome à raison de 60 kilomètres par jour…pieds nus.

On découvre Günter allongé à même le sol sous un arbre, puis on retrouve ses pieds à la peau crevassée d’aventures et de détermination, de choix d’aller vers l’autre et renouer avec la nature, en passant par les villes où pollution et civilisation cohabitent au détriment des valeurs humaines. L’exposition de Fayçal commence par Hichem et est clôturée par ce même visage de sans-abri, contemplant un horizon que nous ne saurions discerner entre la fumée de la cigarette qui se consume sur ses lèvres et le voile de tristesse que révèle l’objectif de l’artiste- journaliste.

Au passage, on rencontre un couple de Bohémiens, des artisans vendant du rêve avec les «dream-catchers» qu’ils confectionnent, le sourire grave, invitant le passant non pas à acheter, mais à partager un moment de paix et de fraternité. Là aussi Fayçal rend hommage à la terre et au voyage, dénonçant les frontières en photographiant les pieds nus, tout un symbole de liberté, d’errance, parfois même de perdition, mais surtout de subversion des normes et codes désuets d’une société au «discours humaniste et aux actes individualistes».

Et si l’artiste laisse le champ libre aux lectures et interprétations subjectives face aux portraits, les titres qu’il donne ne manquent pas d’invalider son choix, car on est rapidement capté par des vignettes comme «Attente, Descente, Dos au monde, American Express», ou encore «Soleil vert», un titre qui n’est pas sans rappeler le roman ou le film dystopique, alertant contre la raréfaction de l’eau et de la nourriture dans le monde.

En somme, Fayçal Anseur, ce journaliste de 20 ans d’expérience, fondateur du journal en ligne Algérie Focus, ne cesse de nous surprendre par ses talents et vient de relever un énième défi, rendu possible par cet espace précieux qu’est la galerie «Civ.Œil».       

Redouane Benchikh
 
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