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Relizane

Les habitants en quête d’un meilleur cadre de vie

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le 09.11.17 | 12h00 Réagissez

La sinueuse RN90 monte doucement en serpentant une série de collines pour atteindre les 1000 mètres et annoncer la frontière ouest de la vaste région montagneuse qu’est l’Ouarsenis, un magnifique massif forestier regorgeant surtout de cèdres, de pins d’Alep et d’eucalyptus.

Des flancs de ces montagnes naissent les affluents de l’oued Cheliff. Y être, c’est vivre avec enthousiasme les vertus d’une nature encore vierge, c’est surtout jouir du paradis du cèdre. Traverser cette région et rencontrer sa population aujourd’hui concentrée dans des agglomérations comme Ammi Moussa, la capitale, Aïn Tarik, Ramka, Boughaiden, Had Chekala et autres, c’est se remémorer ses origines. Une population simple, accueillante. Elle remonte, selon le chercheur en histoire de la région, Lahcen Mohamed, à la tribu berbère des Beni Ouragh qui s’est fractionnée avec le temps en 34 aârchs. La langue berbère n’est plus parlée, mais la toponymie et le patronyme y sont toujours résonants. Hélas, l’héroïsme de cette région où ont successivement survécu des civilisations et qui a été aussi l’un des grands bastions de l’ALN pendant la glorieuse guerre de Libération en ayant abrité le commandement de la Zone IV de la Wilaya V historique, ne lui a pas survécu. Pire, la région semble s’éroder avec le temps, son sol perd progressivement de son éclat verdoyant, ses villes se métastasent loin des normes urbanistiques. Sa capitale, Ammi Moussa, chef-lieu de la commune mixte, dont l’acte de création fut signé en septembre 1859 par Napoléon III, manque énormément d’équipements et de moyens utiles pour l’amélioration du cadre de vie de sa population.

Cette localité qui disposait pendant la guerre de Libération d’un hôpital régional, souffre toujours de l’inexistence d’une pareille structure en mesure de répondre aux besoins de la population de tout l’Ouarsenis. Même le projet de réalisation d’un hôpital de 120 lits entamé il y a une dizaine d’années bat de l’aile. Sa jeunesse vit l’oisiveté et souffre du déficit criant en matière d’infrastructures sportives et culturelles. Dans toute la région, l’on ne trouve pas un stade digne d’une homologation. Passer dans cette région, c’est plonger dans l’histoire, c’est revenir en arrière et se rappeler les grandes batailles, dont celle de Ouled Allala où la «katiba» de Boughandoura, dit «Si Maâmar» se dressa face à l’armée française avec sa forte artillerie, dont l’aviation» et lui fit subir de grandes pertes humaines.

Ammi Mohamed, un septuagénaire, se souvient toujours des jours qu’il a passés dans les travées de ces massifs et nous raconte leur glorieux passé. «L’Ouarsenis est un maillon fort de notre histoire. En plus de ses nombreuses batailles, il a été aussi foulé par d’importantes personnalités, dont l’Emir Abdelkader, Boumaza, Boumediene, Bouteflika et d’autres», s’est-il rappelé. Le cimetière des martyrs, ce carré où, pour avoir épousé et milité pour la même cause, reposent plus 1000 chouhada tous grades confondus. Un lieu qui retrace l’importance de ce coin de la wilaya durant cette cruciale période, un lieu qui peut, par son passé et par la valeur des hommes, constituer un atout fort pour la promotion de la région et de toute la wilaya. Il est, de l’avis de tous, un patrimoine national non encore exploité. Non loin de ce site, un autre monument meuble l’histoire de cette partie de l’Ouarsenis, Ksar Kaoua (le palais de la force), un atout touristique, culturel et éducatif, malheureusement abandonné aux aléas du climat.

Ces ruines remontent au 3e siècle. Ce château de la province antique «Mauritanie césarienne» ne pourrait-il pas constituer un outil pour les cursus universitaires et se transformer d’un lieu désert en un lieu de sciences et de ressources? «Les responsables de la culture, du tourisme et même de l’éducation sont-ils conscients de cette gabegie ?», s’est demandé Mohamed, un cadre de la santé. Pourquoi ne sauve-t-on pas ce monument historique et ne l’ouvre-t-on pas aux chercheurs? N’est-il pas un outil pour le développement de la région ? «Il est impératif qu’on se mobilise tous pour sortir cette valeur historique de l’oubli», a lancé Boualem, un universitaire.
 

Des atouts à valoriser

Une grande partie de sa pierre taillée a servi à l’édification de la caserne la Redoute, un fort militaire bâti par les Français pour mieux contrôler la vallée de Oued R’hiou. Même la population locale a, par inconscience ou par ignorance, contribué à l’enterrement de ces vestiges en s’accaparant de ses pierres. Les instances concernées sont alors vivement sollicitées pour valoriser ce palais et surtout l’exploiter et le rentabiliser dans tous les sens.

La source thermale de Hammam Mentilla, un autre vecteur sûr pour la promotion du tourisme dans la région, demeure inexploitée même si les services du tourisme affirment avoir lancé en 2013 une étude pour se fixer sur les meilleurs moyens dans le plan directeur du développement de l’activité touristique. Située dans une gorge à quelque 25 kilomètres en haut de Ammi Moussa, la source est malheureusement enclavée. Le chemin accidenté qui y mène n’empêche pas les visiteurs d’y accéder pour profiter des bienfaits thérapeutiques de ses eaux hautement sulfureuses. Une étude récente y a révélé 0,901g d’hydrogène sulfureux/litre. Et pas que ça, le lieu est féerique, la vue est prenante, l’atmosphère est saine et l’oxygénation est optimale. Toutes ces vertus n’ont, malheureusement, pas encore convaincu nos responsables pour y lancer de sérieux projets allant avec la spécificité du lieu. Le site est proposé comme Zone d’extension touristique (ZET), mais depuis rien n’a été concrétisé, en dépit des récurrentes promesses des responsables locaux et nationaux. Ses eaux riches en minéraux et en éléments chimiques (59g/litre) continuent de se perdre dans la nature, même si les habitués ont «monté» un toit pour se baigner. La fabrication d’une panoplie de produits à base de feuilles de «doum» reste aussi un autre créneau aussi important que juteux, mais en voie de disparition. La population de cette région était très connue par cette activité artisanale.

Elle produisait les couffins de diverses dimensions, les paniers de pain, les chapeaux et bien d’autres objets. Seules quelques familles s’accrochent encore à cette activité et font face à la rude concurrence industrielle. «Dans tous les pays, le produit artisanal est considéré comme facteur incontournable dans la promotion du tourisme mais, chez nous, les concernés par le secteur nous tournent le dos et nous abandonnent livrés à notre sort. Nous avons tous les moyens pour sortir cette région de sa léthargie, mais hélas la volonté n’y est pas», a renchéri avec amertume Bahria, la soixantaine, spécialisée dans la poterie. Pendant le retour, moult questions m’ont traversé l’esprit pour enfin converger vers une seule. Pourquoi laisse-t-on passer toutes ces opportunités et pourquoi toute cette perte de temps, au moment où la jeunesse s’échine de son chômage ? Il y a quelques jours, Mme le wali a effectué une visite dans la région. Elle a visité les chantiers de logements, elle a rencontré la société civile à qui elle a promis le raccordement de Ramka au réseau du gaz de ville. Mais, elle n’a point évoqué le dossier du développement durable, qui passe par l’exploitation des potentialités et des spécificités de la région. 

Issac B
 
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