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Aïn Témouchent

La vitiviniculture sacrifiée

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le 26.08.17 | 12h00 Réagissez

A un mois près, voila exactement 14 ans qu’un ministre de l’Agriculture n’a mis les pieds à Témouchent. Mercredi, le signe indien a été levé avec l’arrivée de Abdelkader Bouazgui. Mais, pour d’aucuns, sa venue a laissé un goût d’inachevé pour avoir zappé la paysannerie et fait l’impasse sur la question qui a fait que ses prédécesseurs avaient rayé Témouchent de leurs agendas de déplacements hors de la capitale.

Au cours d’un long périple à travers la wilaya, il a passé en revue les secteurs des forêts, de la pêche et de l’aquaculture, de l’élevage bovin et la production laitière, de l’aviculture et de la vigne de table.

Rarement, une visite aura duré une journée si pleine sauf que le monde des EAC et EAI qui fait la réalité de la production agricole a été ignoré au profit des nouveaux investisseurs plutôt portés sur des cultures de rentes. De même les vendanges de raisins de cuve qui viennent de s’achever, n’ont pas fait l’intérêt du ministre.

Aucune cave viticole n’a été visitée bien que, à coté du secteur public, le privé d’existence récente est en situation de monopole à Témouchent. El Watan a soulevé la question à l’hôte de la wilaya en rappelant que cette dernière avait bénéficié, depuis 2000, au titre du PNDA, d’un ambitieux programme de réhabilitation de la vitiviniculture qui a fait qu’en 2005 la moitié de la production nationale de vin y était élaborée.

La politique d’alors était de promouvoir les cultures selon leurs zones de prédilection respective. Mais un sabordage a été commis au point que plus de 21 000 ha, plantés à coup de centaines de millions de DA, ont été arrachés dans l’indifférence des pouvoirs publics. Du coup, consécutivement à l’arrachage du vignoble,

Témouchent est devenue une wilaya céréalière par défaut du fait de la nécessité d’un substitut d’autant que la céréaliculture assure la survie des exploitations grâce à des subventions malgré une ridicule productivité à l’hectare : «M. le ministre, la Tunisie et le Maroc quasi inexistant sur le marché extérieur du vin où l’Algérie était premier exportateur mondial, sont devenus exportateurs. L’Algérie est aujourd’hui importatrice. Pis, on importe même du moût de raisin déshydraté dont on procède à la vinification, ce qui signifie que l’Algérie soutient directement la vitiviniculture européenne. Qu’en dites-vous ?» M. Abdelkader Bouazgui répond : «On a des stocks invendus. Il y a trois jours de cela, le responsable du groupe qui chapeaute l’ex-ONCV m’en a informé. Maintenant que la Tunisie exporte son vin,

il y a peut-être un problème de concurrence. Le marché est ouvert. Ce n’est pas pour autant que notre vin ne se vend pas à l’étranger. Maintenant pour la viticulture, on raisonne en fonction du marché, en fonction des vocations des régions, en fonction de ce que veulent les agriculteurs. Maintenant, ces derniers sont dans la céréaliculture, dans le raisin de table, ils sont dans le maraichage». A cette non-réponse qui ne se dit pas ou qui traduit la méconnaissance de la question par le ministre, nous le relançons : «Pourquoi, importe-t-on du vin alors qu’on a des surstocks ?», la question est éludée.

Or, ce goulet d’étrangement n’est pas nouveau. Cela fait plusieurs années que l’ex-ONCV saisit à répétition le ministère de cette question qui relève des prérogatives du ministère du Commerce. En effet, ce dernier a mis en œuvre l’exigence d’accorder la préférence au produit national. Or, depuis 2011, selon les chiffres des douanes, l’importation des vins a augmenté en flèche, passant de près de 240 millions de dinars, soit de 3,6 millions de bouteilles, à près de 717 millions de dinars en 2015, soit 14 millions de bouteilles.
 

Un sabordage délibéré  

Par ailleurs, l’essentiel n’est pas livré en bouteille mais sous forme de pack, ce qui signifie qu’il s’agit de vins de bas gamme et non d’un produit qui serait concurrentiel qualitativement par rapport au vin algérien. Pis, pour ce qui est de la qualité de ces vins importés, il n’existe aucun contrôle à l’entrée pouvant garantir leur innocuité pour la santé, les laboratoires existant au niveau des ports ne sont pas outillés pour détecter les micro-toxines et les matériaux lourds par exemple. C’est dire, selon les observateurs avertis, la mainmise des barons de l’import sur la décision des pouvoirs publics.

Lorsque la mévente du raisin de cuve auprès des transformateurs a commencé principalement parce que ce n’étaient pas les bons cépages qui avaient été plantés, le wali de Témouchent avait saisi le ministère de l’Agriculture en 2004 pour demander un arrêt de la plantation de façon à orienter l’encépagement en faveur de variétés de raisins de cuve qui permettent l’élaboration de vins de qualité qui peuvent trouver un débouché à l’export. Près de 21000 ha avaient été plantés dont 9000 n’étaient pas greffés.

Il suffisait d’un mécanisme d’intéressement des agriculteurs pour les greffer en fonction de la demande et de sur-greffer par de nouvelles variétés ceux qui l’avaient été. En 2005, les troubles étaient au comble. Le ministre d’alors, Said Barkat, répondant à nos questions a jugé qu’il fallait laisser le marché réguler la situation. Depuis l’arrachage a démarré au profit de la céréaliculture d’autant qu’un opportun subventionnement à son profit la rendit plus attractive. Depuis, plus aucun ministre n’a voulu faire le déplacement de Témouchent.
 

Mohamed Kali
 
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