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Béni-Saf : La déchéance d’une grande commune

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le 22.10.17 | 12h00 Réagissez

 
	A la création de la wilaya de Témouchent en 1984, Béni-Saf était son plus beau fleuron, rivalisant en notoriété avec le chef-lieu de wilaya. Près de trois décennies plus tard, clochardisée, cette cité est la dernière des 28 chefs-lieux de communes de la wilaya. A l’heure des élections, les avis sont presque unanimes sur les causes de sa déchéance et subséquemment sur les solutions de l’en soustraire.
A la création de la wilaya de Témouchent en 1984,...

D’abord une brève présentation. Née en 1874 de la colonisation industrielle suite à la découverte du minerai de fer, Béni-Saf est l’antithèse des autres agglomérations de la wilaya toutes fondées par la colonisation agraire.

Ses habitants sont principalement des mineurs auxquels se sont ajoutés des pêcheurs trois années plus tard lorsque le tout nouveau port minier leur est ouvert. De ce fait, les Béni-Safiens sont des citadins depuis la création de leur ville. C’est trente années après l’indépendance, et non à sa faveur, que des non-natifs y affluèrent, fuyant le terrorisme. Mais, d’aucuns l’affirment, ce n’est pas sa «rurbanisation» tardive qui a entrainé sa décrépitude.

De quelque côté que l’on se tourne, le constat est sans appel : «Ce sont surtout les deux derniers mandats qui l’ont mise à genoux». Ses abruptes falaises, ses verdoyantes et raides pentes, son relief accidenté étageant son centre-ville en amphithéâtre, ses rues toutes en parallèles descendant en larges spirales vers sa base et se réduisant en une seule pour donner accès au port et à la plage du puits ainsi que sa multitude d’escaliers coupant perpendiculairement ses rues, ont perdu tout attrait. Les atteintes à l’ordonnancement de l’espace et la saleté ont tout désolé. Tout mètre carré, dans une cité balnéaire où il vaut de l’or, a été frauduleusement accaparé avec la complicité des élus et des agents de l’urbanisme.

Même les locaux commerciaux du fameux programme présidentiel, n’ayant pas trouvés preneurs, ont été transformés en habitats précaires par des individus qui en ont vendu les pas de porte. C’est dire le challenge qui attend toute municipalité pour le mandat 2017-2022 ! Y aura-t-il une fatalité pour que le désastre perdure ? «Il faudra qu’on sorte du cercle vicieux qui fait que depuis qu’a vagi un parti né moustachu, les destinées de la municipalité ont vogué entre celui-ci et le FLN, le MSP s’alignant par entrisme sur celui arrivé en tête. Du coup, les élus du parti en deuxième position sont placés au purgatoire d’où absence d’une solide alliance autour des intérêts de la cité. Pis, les deux partis dominants fonctionnent selon la logique des ambitions de leurs responsables de wilaya.

Ainsi, ils n’arrêtent pas les listes des candidats en fonction des intérêts de la ville mais dans la perspective de leur cooptation à l’APN et au Sénat». L’électeur ne vote plus en fonction d’une logique partisane, ce qui explique pourquoi les deux dernières municipalités ont été des APC «mosaïques». Ainsi, en 2007-2012 sur 11 sièges, il y a eu 3 FLN, 2 RND et 1 pour chacune des 6 autres listes. En 2012-2017, pour 19 sièges, il y a eu 4 FLN, 3 RND et 2 pour chacune des six autres listes. Pis, des fonctionnaires de la commune figuraient au nombre des élus de sorte que le jeu des alliances fait qu’en s’appuyant sur eux, le parti dominant est leur obligé, la discipline et le sens de la hiérarchie disparaissant, le donnant-donnant étant la règle. «Il est heureux que l’amendement du code communal interdit dorénavant la candidature à l’APC aux employés de la commune».

Cette inextricable situation a fait que le maire et son adjoint ont été condamnés en première instance alors que huit fonctionnaires de l’encadrement technique placés sous contrôle judiciaire et donc suspendus de leurs postes. Et lorsqu’on sait que la ville fonctionnait auparavant avec 400 employés et qu’il n’y a plus qu’une centaine alors qu’elle a spatialement quadruplé depuis une décennie, on imagine qu’elle soit devenue ingérable et que l’incivisme règne.
Enfin, la ville n’a pas de vie culturelle ni de vie sportive qui animerait les passions et ferait diversion. Le foot n’existe pas à Béni-Saf du fait de sa topographie, le sport roi était le basket. Benallal Mohamed, élu sortant, n’a pu compléter la liste indépendante qu’il tentait de constituer : «Parmi les personnes pressenties, certaines ont décliné disant ne pas vouloir risquer de se retrouver devant un juge.

Certains, rappelant le chiche budget communal, se sont tenus pour dit les propos du premier ministre affirmant la fin des subventions pour les communes». Chez les habitants, la méfiance est de rigueur. Les démarcheurs des listes interdépendantes pour le recueil des signatures se faisaient méchamment rabrouer. Ils ont dû se tourner vers les électrices, la leçon de Tadj qui, lors des législatives, les a ciblées en priorité, a été retenue. Cependant, l’une des listes indépendantes a fait un moment le printemps chez ses sympathisants. Parce que hors des sentiers battus, elle a été formée à l’initiative d’un enfant de la ville qui l’avait quittée pour la France au milieu des années 1970 alors qu’il était directeur de son port. Outre Méditerranée, il a réussi sa vie professionnelle en tant qu’entrepreneur et a même été conseiller municipal par deux fois dans l’Est lyonnais.

A la mort de sa mère en 2015, il est revenu s’installer à Béni-Saf. Libre de tout engagement depuis sa retraite, il voulait, assure-t-il, hisser sa ville de la déliquescence, une ville avec laquelle il n’a jamais coupé les attaches et pour laquelle il avait créé en France une association et un site web qui lui étaient dédiés : «Il faut être maso pour quitter le confort que j’ai là-bas. Oui, mais Béni-Saf est ma ville et je l’aime. J’ai voulu mettre au profit de Béni-Saf l’expérience que j’ai acquise». Premier hiatus, il lui faut figurer sur les listes électorales : «Cela m’a pris deux années !». Il ouvre une page Face book dans laquelle il entame un travail de communication sur ses idées et son programme.

Il en donne les principales lignes à travers quelques idées forces : «Mon programme confectionné au fur et à mesure depuis 2015 comprend des projets réalisables et concrets, à l’image de la vie en France - Evidemment, rien de comparable, mais je ne retiendrais que les plus faciles à concrétiser le plus rapidement possible - Par conséquent, je délègue au maximum les charges de travail aux adjoints - Dans mon esprit, la commune doit être gérée par l’ensemble de l’APC - Je ne ferais qu’un mandat et laisserai la place à des jeunes que j’aurai formés avec ma méthode de travail». Il annonce la naissance de l’EPBS, acronyme de «Ensemble pour Béni-Saf». Des partis lui proposent d’être leur tête de liste en vain.

Il ouvre un local de permanence en direction des électeurs. Son activisme et ses post sur Face book dérangent. Il répond du tac au tac à ses adversaires : «Il paraît que je suis un harki (hé oui, rien que ça !!!) parce que j’ai porté l’écharpe tricolore française en tant qu’élu et que je veux appliquer la méthode de gestion municipale à la française, etc. Le seul harki est celui qui se tait quand il voit sa ville polluée, spoliée, et massacrée, mais aussi celui qui fait du mal à sa ville, celui qui méprise ses frères et qui ne cherche que son intérêt».

Mais en bout de parcours, il ne réunit que 525 signatures sur les 950 exigées. On lui propose des signatures contre rétribution. «Jamais ! Je n’ai pas besoin de voix que j’aurais payées», écrit-il sur Face book. Alors, à quand un «Yes, we can» ? Peut-être quand les quelques idées de bon sens développées par l’EPBS et «likées» par des dizaines d’amis virtuels auront véritablement fait du chemin dans les esprits.
 

Mohamed Kali
 
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