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Aïn Témouchent : Singulière demande de dissolution d’une association !

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le 29.06.17 | 12h00 Réagissez

 
	Amir Saghir, le spectacle par lequel sont arrivés les malheurs de l’association Khadra
Amir Saghir, le spectacle par lequel sont arrivés les malheurs de...

L’association Khadra trois marabouts, bien connue pour sa contribution en faveur de la protection de l’environnement à Sidi Ben Adda, est menacée de dissolution suite à une demande introduite en ce sens par la wilaya auprès du tribunal administratif. Trois mois après la saisine de la justice, les motifs sont enfin connus…

On savait à Témouchent l’existence d’un conflit, jugé a priori mineur, entre l’association Khadra trois marabouts et la DRAG. On savait l’intervention de divers canaux institutionnels en vue d’obtenir le retrait de la plainte déposée contre l’association. Cependant rien n’avait filtré, le black-out ayant été maintenu par Khadra, de façon à laisser toutes leurs chances aux intercessions en sa faveur. N’ayant en définitive obtenu aucune suite positive, elle a décidé de rendre publiques les raisons de ses démêlés avec l’administration.

Aussitôt les dessous de l’affaire révélés, d’aucuns ont été scandalisés d’apprendre que d’abord il ne s’agit pas d’une banale plainte, mais carrément d’une demande de dissolution dans une wilaya, où le mouvement associatif a été réduit à peau de chagrin, cela alors qu’officiellement on vante les mérites de la démocratie participative.

Ensuite, et pis, elle est déférée devant la justice sur la base de trois motifs dont un tient indubitablement du mauvais procès, car relevant manifestement d’une volonté de mise au pas, alors que les deux autres sont sans aucun fondement autre que le dessein de jeter le discrédit sur elle. Qu’on en juge, selon Miloud Lourmil, le vice-président de Khadra : «D’abord, on nous reproche l’accueil à Sidi Ben Adda de Mme Agnès Pérea Besson, au motif qu’il aurait été irrégulier alors que toutes les formalités administratives concernant son séjour ont été scrupuleusement observées.

Notre sollicitation du ministère des Affaires étrangères en sa faveur pour un visa de longue durée a même fait l’objet d’une enquête favorable diligentée par le ministère de l’Intérieur, ce qui a entraîné l’octroi du visa. Par ailleurs, les services de sécurité ont été informés par nos soins sur sa présence parmi nous durant son séjour. En deuxième lieu, on nous accuse de connivence avec des associations françaises et des pieds-noirs en vue de propager des idées antinationales pro-Algérie française et de propagande en faveur de la supériorité de la culture française par rapport à la culture arabe.

Le comble dans cette diffamatoire accusation, c’est que, non seulement, aucune preuve ne l’étaye, mais encore il se trouve que Mme Pérea Besson est fille d’une victime de l’OAS, son père lui ayant été ravi dans sa toute petite enfance pour avoir mis sa propriété au service du soutien logistique du FLN/ALN. En outre, on attribue à Mme Pérea la paternité de nos visites aux centres culturels français de Tlemcen et d’Oran alors que nos contacts avec ces institutions sont bien antérieurs à son arrivée parmi nous.

Ce qui est étonnant dans ce reproche, c’est comme si le contact avec ces deux centres était suspect, alors que leur existence relève d’accords gouvernementaux algéro-français. Mais, pis, d’un côté on nous reproche ces contacts mais, de l’autre, on nous refuse l’accès à la Maison de la culture de notre wilaya.

Enfin, on nous fait grief de l’attribution jugée irrégulière de deux subventions en 2015 et 2016 par le service culturel de l’ambassade de France. Or, il ne s’agit nullement d’un financement accordé par une ONG qui, lui, est effectivement interdit par la loi. Cela est d’ailleurs si évident qu’aucune des nombreuses associations algériennes ayant bénéficié du même subventionnement n’a été inquiétée.»

Comment est-on arrivés à cette situation ? Pour rappel, sur la base de l’expérience, Khadra a acquis la certitude que son action en faveur de la protection de l’environnement restera vaine si elle ne la sous-tend pas par une autre promouvant le changement des mentalités et des comportements. «L’idée de monter une pièce de théâtre nous est venue d’Agnès Besson, une Française native du village, comédienne de formation.

Le choix s’est alors porté sur Le Petit prince, parce que la pièce traite de l’environnement naturel et social à travers le regard interrogateur d’un enfant de 10 ans», avait expliqué Abdelkader Benfodda, le trésorier adjoint de Khadra. Le spectacle voit le jour avec une distribution mêlant adultes et deux adolescents (El Watan du 27 décembre 2016). Il est en français pour des raisons objectives, l’adaptatrice et metteur en scène ne maîtrise que sa langue maternelle.

Une version en arabe est projetée dans une seconde phase, avec pour seule distribution des collégiens et une diffusion à travers les établissements scolaires. La générale est donnée dans l’espace exigu de l’association. Les responsables de la Maison de la culture y sont invités et donnent leur accord de principe pour une représentation dans leur salle.

La radio locale relaye une invitation générale au public. Mais deux jours après, contre-ordre. Il est recommandé à Khadra d’obtenir de la DRAG une autorisation pour donner son spectacle à la Maison de la culture, ce qui déplace bizarrement la gestion d’une activité culturelle de son cadre naturel vers le secteur de l’Intérieur.

La DRAG oppose un niet à la demande, reprochant à Khadra sa demande de financement auprès de l’Institut français bien que son attribution au profit de microprojets associatifs figure dans un document cadre de partenariat signé par les gouvernements algérien et français en décembre 2012. D’où la demande de dissolution, dans laquelle Mme Agnès Perea Besson passe quasiment pour une Mata Hari, alors qu’elle est retournée en sa ville natale «pour regarder non pas en arrière mais vers l’avant», selon ses propos (El Watan du 11/08/2016). Elle était revenue sur une terre perdue de vue à l’âge de quatre ans, son père ayant été assassiné deux années auparavant.

Elle n’avait appris les raisons de son meurtre qu’en 2006 lors d’un fortuit premier retour à l’orée de la cinquantaine. Un lourd secret de famille venait à cette occasion de lui être révélé par des Algériens qui ont côtoyé son père. Puis quête, non pas de l’enfance perdue, mais plutôt renouement avec l’âme d’enfant à laquelle les «grandes» personnes ont tourné le dos, elle entend en témoigner à sa manière en tant que comédienne et dramaturge.

Le conte philosophique de Saint Exupéry offre le prétexte, l’œuvre faisant le procès de l’aliénation des adultes. Il a d’ailleurs été monté deux fois en Algérie, en 1990 et 2006. Agnès prend un congé sabbatique, se met au service de Khadra et, après cinq mois de travail acharné, elle réussit une performance artistique dans des conditions non professionnelles avec une équipe de comédiens qui n’ont jamais foulé un espace scénique et surtout sans culture théâtrale. Que va décider prochainement le tribunal ?                   
 

Mohamed Kali
 
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