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Anouar Rahmani au Café littéraire

«J’ai écrit pour prendre une revanche sur la peur»

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le 18.06.17 | 12h00 Réagissez

Le Café littéraire de Béjaïa a invité, pour la soirée de jeudi dernier, un jeune romancier qui débute d’un pas mesuré mais audacieux dans le champ littéraire algérien. Anouar Rahmani a 25 ans, deux romans et mille et une raisons pour ne pas fléchir. Deux romans en langue arabe et il dérange déjà les gardiens de la morale.

Dans Halouassat Jibril (Hallucinations de Gabriel) et Madinet adhilal el baydhaa (La ville des ombres blanches), les personnages se meuvent dans des récits fiévreux par leur enclin à escalader les plus hauts murs des tabous, à passer même à leur travers. La sexualité et la religion, voire le divin y sont traités lucidement dans une fiction provocante.

Hallucinations de Gabriel, publié en Egypte en 2015, redonne vie à l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, décédé en avril 2014, dans une histoire où s’installe confortablement aussi le personnage de Meriem (Marie, la sainte vierge), pour poser, en filigrane, et entre autres, le sujet de la virginité. Les deux personnages se rencontrent dans ce roman à qui l’auteur a voulu donner une dimension réelle, mais dans un réalisme «repoussant», loin de celui «magique» de Garcia Marquez.

«La vraie virginité est la capacité à assumer son existence», affirme, réservé et serein, le jeune auteur porté à la réflexion philosophique. Ce n’est pas tant les hallucinations de Djibril, ou l’homosexualité de Ishak, qui lui ont valu des déboires, mais la «folie» du personnage d’un vagabond dans son deuxième roman publié sur internet en 2016. Dans La ville des ombres blanches, un SDF se prend pour Dieu et prétend avoir créé l’univers à partir d’un chewing-gum.

La folie d’un SDF, un être de papier, (quand bien même il serait de chair et d’os), a ébranlé les sentiments figés des gardiens de l’ordre établi et de la «bienséance». L’auteur est accusé lourdement de blasphème et convoqué pour un long interrogatoire au commissariat de Tipasa. Interdit de voyage, il attend depuis février ce que décidera le parquet.

Pour les mots de sexe qui sont dans ses récits, il a eu cette réplique fine face aux policiers : «Ils sont dans les manuels scolaires, on devrait donc aussi poursuivre Benghabrit.» Ce roman met également en scène deux personnages qui s’aiment, l’un, Jean-Pierre, est un pied-noir, homosexuel, et l’autre, Khaled, un maquisard. «Jean-Pierre ressemble à Jean Sénac qu’on a banni de l’histoire de l’Algérie, rien n’est baptisé en son nom», constate-t-il.

«J’ai écrit pour prendre une revanche sur la peur. Ce serait un honneur que d’être brûlé pour la liberté d’expression», a-t-il déclaré. «Ce dont ils ont peur ce n’est pas de ce que peut écrire une plume mais de ce qu’elle est capable d’effacer», estime celui qui dit être pourtant «conservateur» dans sa vie. La littérature a cela de magique : elle est libératrice de tout. Espérons, pour reprendre le souhait du jeune auteur, que les romans de celui-ci causeront davantage de dégâts dans les esprits stagnés.
 

Kamel Medjdoub
 
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