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Culture à Béjaïa

De l’enjeu de la sauvegarde du patrimoine immatérie

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le 23.07.17 | 12h00 Réagissez

 
	Une maison kabyle, exemple du savoir-faire de la construction traditionnelle
Une maison kabyle, exemple du savoir-faire de la construction...

Un atelier de travail consacré au patrimoine culturel immatériel (PCI) s’ouvre aujourd’hui, dimanche, à la maison de la culture de Béjaïa, avec l’objectif «d’identifier et de classifier les éléments» de ce patrimoine à travers ses pratiques ancestrales en cours dans la région.

Et pas seulement, parce qu’il sera aussi, et indispensablement, question de toucher du doigt les «enjeux liés à la sauvegarde». La rencontre est la cinquième du genre qui regroupe dans le pays des experts autour de la lancinante problématique de la sauvegarde du patrimoine culturel bousculé par la mondialisation.

Si le choix s’est porté cette fois-ci sur la wilaya de Béjaïa, c’est pour son contenu culturel, riche et dispersé, enraciné dans les profondeurs du patrimoine berbère avec sa culture orale et ses pratiques rituelles dont celles même qui prennent racines dans des croyances païennes. «Lieu de découverte et d’apprentissage, cette wilaya illustre parfaitement les questions liées aux savoirs et savoir-faire ancestraux, que ce soit du point de vue de l’acte de bâtir que des expressions culturelles d’une façon générale, donnant ainsi une dimension pratique à la formation dispensée» soulignent les initiateurs de l’atelier.

Non-dits et sens profond

Des experts juniors ont été désignés et affectés à douze directions de culture de wilaya où ils mènent sur le terrain un travail d’inventaire de ce patrimoine. L’experte dépendant de la direction de la culture de Béjaïa (DCW) a établi quelques fiches du patrimoine en pratique dans la wilaya. Ce cinquième atelier thématique s’adresse donc à ces douze experts ainsi qu’à des leaders associatifs et des cadres de la direction de la culture. La manifestation est organisée dans le cadre du programme d’appui à la protection et la valorisation du patrimoine culturel en Algérie, qui implique l’Union européenne dans son financement, en partenariat avec la direction de la culture de la DCW. Jusqu’à jeudi prochain, la manifestation sera dirigée par Silvia Cravero, experte principale 2 de l’unité d’appui au programme (UAP), et verra la participation de l’anthropologue algérien Ahmed Benaoum.

Une séance de travail sera consacrée pour les témoignages de détenteurs de PCI dans les deux volets concernant, d’une part, les traditions et expressions orales, et, de l’autre, les savoir-faire. Le travail sur les traditions orales, amorcé déjà par des chercheurs comme Mouloud Mammeri, est, à la fois, un vaste chantier en soi et une urgence face à la disparition progressive des détenteurs de ce patrimoine orale que sont nos grands-mères et grands-pères. La déperdition n’épargne pas les savoir-faire qui, faute de la sauvegarde de la chaine de transmission, s’appauvrissent. L’azeta, le métier à tisser, par exemple, a déserté bien des foyers kabyles. Les pratiques architecturales kabyles sont sur la même pente.

«Plus personne ne dit rien à personne. Il y a menace sur notre identité, notre être. C’est la rupture de la chaîne de transmission de la mémoire et j’en suis inquiet» déclare à El Watan Djamel Benahmed, le directeur de la culture par intérim de la wilaya de Béjaïa. «La culture ce n’est pas du folklorisme, c’est surtout la capacité à s’interroger sur soi» ajoute-t-il.

L’atelier n’est pas destiné à lancer cet important travail de terrain mais permettre un accompagnement théorique et méthodologique. Il permettra, par exemple, de «lister à partir d’un récit hagiographique et d’un mythe les non-dits et le sens profond de la parole qui s’y raconte : éléments de droit, relation sociale et économique, le sacré et le pouvoir politique, relations homme/femme».

Son côté pratique se fera avec la visite d’un village dans les montages de la région où l’on pourra voir l’engagement ou les résultats d’«actions de sauvegarde des savoir-faire de la construction traditionnelle».

Virée à Ibakouren

Un déplacement est prévu au village d’Ibakouren, sur les hauteurs d’Amizour, qui fait l’objet d’un chantier de restauration, à l’image de ce qui a été fait dans le village kabyle de Djebla, à Béni Ksila.

On pense à voir aussi du côté de la poterie mais aussi de la pêche pour s’imprégner d’un savoir-faire enraciné dans la ville côtière du chef lieu de wilaya. Au programme figure également la visite des citernes d’El Arouia, sur le site archéologique de Tiklat. La projection de «La légende de Tiklat», documentaire réalisé par Azzedine Meddour, ne serait finalement pas possible pour indisponibilité du film.

Les productions cinématographiques du défunt réalisateur sont imprégnées du patrimoine culturel immatériel berbère. Une séquence du film La montagne de Baya met en scène tout le rituel consacré à Anzar, dieu de la pluie. Ce rituel est perpétué dans un village de Béjaïa où jeunes et moins jeunes partagent un imaginaire collectif et des croyances païennes.

L’atelier se terminera par une visite à la zaouia de Seddouk Oufella après un forum d’échange sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Cette journée sera ouverte à «un public plus large», et il est attendu que l’on présente des «actions pilotes en cours» dans la wilaya. «Des recommandations seront proposées pour transmission aux générations futures et sa promotion» promettent les experts.

 

Kamel Medjdoub
 
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