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Agriculture à Khenchela

Un secteur à la traîne

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le 04.09.17 | 12h00 Réagissez

 
	Un grand trafic mine la filière du lait dans la wilaya, où des bénéficiaires de projets d’acquisition de vaches ont consommé des crédits, sans assurer aucune production. 
Un grand trafic mine la filière du lait dans la wilaya, où...

Revenu dans la wilaya de Khenchela qu’il connait très bien, douze ans après l’avoir quittée, le ministre de l’Agriculture, Abdelkader Bouazgui, a eu à constater une situation déplorable dans ce secteur.

Il a pu le vérifier lui-même lors d’une récente visite à Khenchela. Les travaux de réalisation du complexe de stockage de céréales de Bégaga dans la commune d’El Hamma, confié à une entreprise chinoise, sont encore à la traine. 

Inauguré en 2004 par le ministre de l’Agriculture de l’époque, Saïd Barkat, avec Abdelkader Bouazgui qui était wali de Khenchela, le projet dont les délais ont été fixés à 8 mois, n’est toujours pas achevé 13 années plus tard. Abdelkader Bouazgui ordonnera aux responsables concernés d’accélérer la cadence des travaux et de livrer le complexe céréalier au plus tard en juin 2018.

Le ministre de l’Agriculture a tenu des propos très critiques envers les autorités locales concernées quant au niveau très faible de la production laitière collectée dans la wilaya, atteignant à peine 30% des prévisions au regard de l’important cheptel bovin laitier, allant jusqu’à demander où va le reste de la production ? En fait les connaisseurs du secteur affirment que la quantité de lait collectée correspond réellement à ce qui est produit, mais c’est plutôt le nombre de vaches laitières qui est exagéré du fait que  la filière locale du lait subit des pratiques illégales.

En effet, de jeunes bénéficiaires de l’ANSEJ pour l’acquisition de vaches laitières ont réussi à contourner la procédure en vigueur et se sont enrichis, détournant à leur profit une bonne part des crédits, avec la complicité des fournisseurs de vaches laitières, sur la base d’une équation criminelle : crédits consommés et vaches non livrées, et ce, du fait de l’absence de tout contrôle effectif. Un cadre local du secteur de l’agriculture, qui a tenu à garder l’anonymat, nous a expliqué que cela fait des années qu’il informe sa hiérarchie sur les dysfonctionnements et les dérives que connait la filière du lait, sans qu’il soit écouté.

Il ira jusqu’à proposer un système d’identification et d’immatriculation des cheptels ovins et bovins afin de prévenir tout acte délictuel et obtenir un recensement le plus près possible des ressources animalières en question. Un recensement qui faciliterait la mise en place d’une stratégie efficace pour la mise en valeur de cet important secteur productif, et par la même de mieux cerner les besoins réels en aliments du bétail fournis à prix subventionnés par les organismes publics spécialisés. Ce qui contribuerait à terme à réduire l’énorme trafic à ce niveau et à mieux contrôler l’octroi des cartes d’éleveurs.
 

Un projet bloqué au sud

Toujours selon notre interlocuteur, ces détournements font l’objet d’enquêtes, mais sans résultats probants à ce jour, insistant sur l’importance de la procédure d’identification des cheptels concernés par le placement de boucles pour chaque bête avec numéro d’identité national unique, indicatif de la wilaya dans laquelle est située l’exploitation à laquelle appartient l’animal. Pour lui, ces renseignements seront utiles pour trouver facilement toutes les informations sur l’animal : date de naissance, origine des ascendants, numéro d’identification unique de son éleveur actuel et tous les mouvements dans d’autres exploitations, ainsi que toutes les informations sanitaires.

Concernant la région sud de la wilaya à vocation hautement agropastorale, le ministre a affirmé qu’elle est qualifiée pour être un pôle agricole d’excellence dans les productions céréalières et des légumineuses. Il a pu s’entretenir avec les agriculteurs et les représentants des 1800 jeunes bénéficiaires de parcelles à mettre en valeur dans ce que l’on appelle «Sahara des Nememcha», limitrophe des wilayas de Biskra et d’El Oued.

Pour rappel, ces 1 800 jeunes ont reçu leurs décisions d’attribution en 2012, et le gouvernement a débloqué un budget d’équipement  à hauteur de 35 milliards de dinars pour accompagner cette opération, avec la réalisation des routes, pistes, électrification rurale et puits artésiens. Mais ce projet n’avance pas au rythme souhaité à cause des lourdeurs bureaucratiques de la part des services techniques de l’agriculture, des communes concernées et des organismes financiers. Un retard énorme accusé à telle enseigne que les jeunes en question n’ont pas réellement fait démarrer leurs projets.

De nombreux petits agriculteurs déjà producteurs depuis de longues années sont toujours en attente de la régularisation de leur situation d’attributaires effectifs, et ce, du fait de la velléité de bénéficiaires de grandes surfaces, notamment des élus locaux ayant abusé de leur mandat pour s’accaparer de plus de terres dans cet «Eldorado». Face à cette situation de blocage, le ministre de l’Agriculture s’est engagé auprès des concernés à régler très rapidement ces problèmes.

Les jeunes et les petits agriculteurs rencontrés sur place n’ont pas caché leur scepticisme, craignant que leur sort connaisse la même situation du complexe de Begaga. La chambre de l’agriculture connait elle aussi une situation de blocage depuis un an, faute d’élection des membres de son conseil d’administration du fait de différents entre les représentants des agriculteurs. Une situation qui prévaut dans d’autres wilayas du pays.

Le dernier président de cette chambre a été confronté à une vive opposition de la part de la majorité des associations professionnelles de producteurs agricoles, qui lui reprochent le cumul de plusieurs mandats électifs, dont ceux de président du conseil de gestion de la CCLS de Khenchela, vice-président du conseil régional interprofessionnel du lait, membre du conseil de gestion de l’agroroute Est, et enfin élu à l’APW.

Ce dernier a tout à fait pour passer en force lors des élections de 2016, ce qui a amené des dizaines de contestataires à multiplier des actions de rue, amenant ainsi les autorités à geler ces élections. Un gel qui dure depuis un an. Les associations professionnelles du secteur demandent au ministre de l’Agriculture de «prendre des décisions pour satisfaire toutes les parties dans le respect des lois». 

Mohamed Taïbi
 
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