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Ouverture d’un site minier d’extraction de sable

Le Parc national d’El Kala en voie de disparition

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le 09.10.17 | 12h00 Réagissez

 
	L’ancienne sablière de la Messida, dans le parc, fermée en 2016
L’ancienne sablière de la Messida, dans le parc,...

Pour les experts et spécialistes des aires protégées, le Parc national d’El Kala (PNEK), le plus vaste du nord du pays avec ses 80 000 hectares, mais surtout exceptionnel en Méditerranée pour son patrimoine naturel et culturel, a atteint le stade ultime avant sa disparition,

selon les standards internationaux. Après le passage de l’autoroute, qui l’a fragmenté, l’explosion de l’urbanisme dans les campagnes qui ont dévalorisé ses paysages, les incendies de forêt et les défrichements effrénés qui ont réduit sa couverture végétale et par conséquent ses populations de végétaux et d’animaux, la spéculation foncière qui s’attaque à ses sites les plus précieux, voilà que le Parc, pour l’achever, vient d’être livré à l’exploitation minière. Le coup de grâce !

Un site minier pour l’extraction de sable d’un massif dunaire littoral situé dans la commune d’Oum Tebboul (daïra d’El Kala) vient d’être attribué à une SARL privée spécialisée dans l’extraction minière. Une concession pour 15 ans sur 43 hectares de dunes. Le titre minier est délivré par l’Agence nationale des activités minières (ANAM) sous tutelle du ministère de l’Industrie et des Mines.

Dès l’installation de l’exploitant, il y a 5 jours, les responsables des forêts et du Parc national se sont rendus sur le site pour tenter d’arrêter les travaux, mais cette fois-ci la gendarmerie a refusé d’intervenir, car l’exploitant est en possession des documents qui l’y autorisent. Pourtant, la loi minière est claire et sans équivoque.

Dans son article 3 elle stipule : «Aucune activité minière ne peut être autorisée sur les sites protégés par des conventions internationales et/ou par des textes de loi.» Que s’est-il donc passé ?

Le titre accordé par l’ANAM à la société Bousbia pour l’exploitation de sable est venu en exécution d’une décision du Conseil d’Etat, devant lequel l’affaire a été portée. Une affaire qui prolonge une première tentative, en 2006, d’ouverture de 5 gisements de sable dunaires dans les communes littorales de la wilaya d’El Tarf, dont 2 dans le Parc national.

Le PNEK, l’Administration des forêts et de l’environnement sont intervenus pour bloquer ces concessions, venues d’un vaste plan national de relance des activités minières qui manifestement n’avait pas pris en considération les aires protégées. Le wali d’El Tarf fait valoir cette particularité auprès de l’ANAM qui annule le 18 juillet 2007 les résultats de l’adjudication. Les soumissionnaires se font rembourser la caution, à l’exception de la SARL Bousbia, qui refuse et introduit un recours. Ensuite, c’est un dédale de procédures, où, selon la grosse du jugement du Conseil d’État, les administrations concernées et l’ANAM auraient brillé par leur absence.
 

UN NOUVEAU TYPE DE TRANSGRESSION

Ce n’est pourtant pas le plus grave. Pour fonder sa décision, le Conseil d’État s’est appuyé sur des expertises. Ce sont elles qui sont dénoncées aujourd’hui à El Tarf, sous couvert de l’anonymat malheureusement. En effet, comme le constatent des spécialistes des aires protégées, les experts ont habilement et insidieusement joué sur les mots et les définitions.

Le Parc national est divisé en 3 types de zones avec des protections différentes pour chacune. Cela va de la protection intégrale à tolérer certaines activités respectueuses de la nature et des sites, par exemple celle du tourisme, de l’agriculture, de la pêche, etc., mais pas d’activités industrielles, par exemple, et encore moins de mines. C’est pour cette raison que l’interdiction d’ouvrir des gisements miniers dans les aires protégées vient en tête de la loi minière. Cette dernière n’est pas assez précise, selon eux, lorsqu’elle parle de sites protégés. Vraiment curieux.

Ce précédent, s’il se maintient malgré la loi, ouvre la voie à un nouveau type de transgressions. Il viendra s’ajouter à celle de l’autoroute et du réseau routier en extension, à celle de l’urbanisme et du défrichement dans la campagne qui défigure de fabuleux paysages, cruciaux pour le développement du tourisme qu’on cherche à substituer au pétrole, à l’ouverture insensée de milieux naturels sans en maîtriser la fréquentation, celle enfin de la protection des ressources naturelles qui sont les seules à pouvoir assurer le bien-être des populations locales.

Pour les experts, le territoire du Parc national d’El Kala risque de perdre définitivement les critères écologiques, esthétiques et culturels qui lui ont valu sa protection par l’État dès 1983, ainsi que ses labels internationaux et son meilleur titre : réservoir de la biodiversité de la région Méditerranée.

Slim Sadki
 
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