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Commune de Douéra : Absence d’entretien et mauvaise gestion de l’espace urbain

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le 29.06.17 | 12h00 Réagissez

 
	Vue panoramique de la ville de Douéra
Vue panoramique de la ville de Douéra

Des citoyens accusent la wilaya d’Alger d’avoir transformé la commune en décharge urbaine en lançant des opérations de relogement massives.

Située dans la banlieue sud-ouest d’Alger, la commune de Douéra, jadis connue pour être un petit village, est devenue aujourd’hui une véritable agglomération, où la population a augmenté considérablement, passant du simple au double. Les problèmes inhérents à cette explosion démographique ont fait irruption dans le quotidien des habitants de cette paisible commune.

Le centre-ville, qui est traversé par la rue Mohamed El Azouni, garde toujours son cachet colonial. L’ancien village manquant de couleur et de changement est encerclé par de nouvelles cités étouffantes aux allures tentaculaires, ces mêmes cités qui accueillent aujourd’hui des milliers de familles issues des nombreuses opérations de relogement entamées par la wilaya d’Alger, ainsi que d’autres programmes de logement étatiques ou même privés. Aussi, cette agglomération, dépourvue d’âme et de goût, subit une véritable invasion depuis des années.

Certains citoyens accusent la wilaya d’Alger d’avoir transformé la commune en décharge urbaine en lançant des opérations de relogement massives, et surtout répétitives, entrant dans le cadre de l’éradication de l’habitat précaire. Ces mêmes habitants se lancent à tour de rôle dans des discours agressifs. «C’est une agression que les vrais citoyens de la commune subissent depuis des années, plusieurs groupes de personnes envahissent notre ville et prennent ces logements qui nous reviennent de droit», s’écrie un citoyen tenant un commerce de fruits et légumes à quelques encablures de l’hôpital de Douéra.

«La wilaya d’Alger et la daïra de Draria sont responsables de ce désordre que connaît la commune aujourd’hui, le relogement n’est pas une tâche facile, il ne suffit pas de construire des cités et de les remplir. Où sont les équipements publics ? Pourquoi faire passer le béton avant les droits et les besoins du citoyen ?» poursuit-il. Il s’avère que notre interlocuteur a touché une corde sensible.

Nous avons effectué quelques rondes dans la bourgade qui accueille aujourd’hui pas moins de 80 000 habitants, selon les estimations, ce chiffre dépassera les 85 000 dans les quelques années à venir. Les cités AADL, qui ont été construites il n’y a pas si longtemps, sont aujourd’hui de véritables cités-dortoirs. A l’intérieur de ces mêmes cités, l’absence d’entretien est flagrant. Routes dégradées, délabrement des immeubles, manque total de normes d’entretien. Une situation qui se dégrade continuellement, selon Mustapha.

«Si les responsables de l’AADL ne font rien pour maintenir un certain niveau d’entretien dans ces cités, nous allons directement à la catastrophe», déclare-t-il indigné. Egalement,  avec le nombre d’habitants qui ne cesse de croître, les 21 écoles primaires, les 7 collèges ainsi que les 2 lycées deviennent insuffisants et ne peuvent contenir convenablement l’ensemble des enfants scolarisés, obligeant certaines écoles primaires à dépasser le nombre autorisé d’élèves par classe, comme nous l’avons vu dans la commune de Birtouta.

Cette surcharge n’est pas sans conséquences sur la qualité de l’enseignement, le lycée Mohamed Khodja est en surcharge, avec plus de 1200 élèves et 55 enseignants. Nous avons aussi rencontré de jeunes lycéens de ce même établissement, ils déclarent que l’activité parascolaire est un luxe.

«On manque d’activités parascolaires, et à la sortie du lycée, on n’a pas où aller, donc on reste dans la rue et on discute entre nous», explique un élève. «La ville est des plus monotones, les routes sont poussiéreuses et à cause de cette poussière, tout est jaune», ironise Djamel, tout en faisant rire ses amis. «Beaucoup d’entre nous aiment la musique, le théâtre et la danse, mais les responsables n’organisent aucun événement, les spectacles n’existent pas, le centre culturel est un désert, ils se moquent de nous en lançant des programmes de cuisine et de dessin, on n’arrive plus à vivre nos passions les plus simples», s’indigne un camarade de Djamel.

Effectivement, l’absence d’équipements et d’activités artistiques et sportives attise la nervosité de cette population, obligée de se disputer un seul bureau de poste, une banque, et une seule placette commune qui devient le refuge des retraités et des personnes âgées venant prendre un peu d’air au cœur d’une ville étouffée par la circulation et la pollution atmosphérique.

Selon les habitants du vieux Douéra, que nous avons rencontrés et sollicités, les personnes qui gèrent l’APC ne le font que pour des raisons bien évidentes. «On ne va pas se voiler la face, nous savons tous que le bien de la commune et de ses habitants passe après celui des haut placés à la mairie», confie un vieil homme visiblement en colère contre la mauvaise gestion. Ce dernier affirme aussi que la commune, qui devrait être mieux dotée en équipements et infrastructures dites «de tous les jours» ne l’est pas. «Elle n’est pas dotée et elle ne le sera jamais, si nous restons sur cette lancée», dénonce-t-il.

La ville sombre dans une sorte de confusion de masse, le citoyen assiste à ces spectacles terrifiants, regardant ces cités sans charme «qui poussent comme une mauvaise herbe, les espaces ne sont plus que le reflet d’eux- mêmes», scande notre interlocuteur. Les cités des 1046 Logements, 252 Logements, 340 Logements et d’autres souffrent, comme les précédentes d’une absence de moyens de proximité indispensables à la population.

«Plusieurs opérations de relogement sont lancées depuis 2014, mais ne sont jamais suivies de réalisation d’équipements publics, tels que les écoles, les centres de santé ou encore les bureaux de poste», affirme Amine G. un citoyen des 252 Logements. «On s’égare dans nos propres rues, on ne les reconnaît plus, les belles maisons se cachent derrière ces constructions inachevées qui grignotent la ville chaque jour un peu plus, les citoyens ne veulent plus de ces cités implantées d’une manière anarchique, mais les petites voix ne peuvent rien contre une administration qui doit rendre des comptes.

Les habitants que nous avons rencontrés nous ont également informés que le transport est un véritable problème pour eux, les bus ne sont pas aussi importants que nous le voulons, et la station en elle-même pose problème pour les conducteurs comme pour les voyageurs. En période hivernale, il est dur de s’y aventurer, la pluie la transforme en un véritable bourbier et le manque d’éclairage complique la situation», nous explique Nacer.

Le chaos Administratif

A quelques mètres du siège de l’APC côtoyant les bureaux de l’état civil et une annexe administrative, se trouve le bureau de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej). Plusieurs jeunes chômeurs sont venus nous voir pour nous parler de leurs soucis et de leurs dossiers disparus à l’intérieur même des locaux de cette agence, un phénomène qui, selon eux, peut s’expliquer de plusieurs manières. «Ou bien nous faisons partie des oubliés, ou bien nos projets sont assez intéressants pour être accordés à de simples citoyens», déclare-t-il.

«Les jeunes ne bénéficient d’aucune prise en charge ni d’aucune aide sociale aussi infime soit-elle», affirme Karim, un citoyen âgé de 24 ans, se considérant lui-même comme un laissé-pour-compte de la commune. «J’ai déposé un dossier il y a quelques années dans l’espoir de bénéficier d’une aide financière, afin de lancer un petit commerce comme tous les jeunes qui désirent devenir leur propre patron, mais mon dossier a été égaré, celui-ci que j’avais mis plusieurs mois à préparer. J’ai perdu tout espoir et à présent je suis un simple parkingueur», s’indigne-t-il sur son sort.

Notre interlocuteur, que nous avons rencontré avec ses amis nous invite à visiter la bibliothèque. «Si vous y allez, vous pourrez voir que  le siège de la bibliothèque communale, ce magnifique bâtiment qui a coûté cher, mais qui n’ouvre ses portes qu’une ou deux fois par semaine, ne dispose que d’un seul agent de sécurité, les responsables refusent de prendre au sérieux nos demandes d’emploi», reprend un autre jeune homme visiblement désespéré.

Cette situation de crise pousse les jeunes citoyens à pratiquer un commerce illégal et clandestin dans les coins obscurs du marché de la commune, ils sont souvent chassés par les services de l’ordre mais reviennent toujours y gagner leur croûte, car nécessité oblige, et les conditions de vie sont difficiles. Ces mêmes jeunes occupent aujourd’hui des endroits à travers les axes principaux de la commune pour vendre pour la plupart d’entre eux des fruits et légumes.

Malgré tous ces problèmes que rencontre la commune, les habitants gardent l’espoir qu’un avenir radieux se dessinera prochainement. «Nous gardons encore une marge d’espoir, et nous espérons que des changements seront apportés à la fois au siège de l’APC et à l’APC elle-même», conclut un grand-père.  

Rachid Larbi
 
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