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Ancienne Bibliothèque nationale : Un joyau plongé dans le noir

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le 02.07.17 | 12h00 Réagissez

 
	l Faute d’alimentation électrique, le fonctionnement de l’établissement est mis en berne. Les personnels et les étudiants restent à la merci des rais de lumière du jour qui inondent quelques endroits de l’espace intérieur de  l’édifice.
l Faute d’alimentation électrique, le fonctionnement de...

Bâtie à flanc de coteau, l’ancienne Bibliothèque nationale, située boulevard Frantz Fanon (ex-Lattre de Tassigny), domine le parc sportif Ouaguenouni, l’admirable baie d’Alger et la ville, qui s’étend en amphithéâtre, brillant le soir de mille feux.

Dressé sur la colline des Tagarins dans l’axe de la grande perspective centrale, l’imposant bâtiment est orienté, dans un cadre d’une exceptionnelle grandeur, vers la mer. La grande façade de l’édifice s’étend sur une 122 m de long et 17 m de large, avec deux façades latérales de 35 m. Devant la façade, s’étend un vaste parvis, prolongé par les plates-bandes qui bordent le boulevard.

Des bacs à fleurs d’hibiscus, de pervenches et de lantaniers enjolivent la décoration extérieure au milieu de laquelle trônent des palmiers phœnix que côtoient des conifères. Au niveau du premier sous-sol, des locaux désaffectés servent de lieu de stationnement de voitures et de fourre-tout, dont des machines mécaniques désuètes. De part et d’autre du bâtiment, des rampes mènent d’un côté à l’entrée de la bibliothèque, et de l’autre, à la salle d’exposition et à la bibliothèque. 

Quand on y accède, on est saisi d’admiration par l’énorme ouvrage dont l’ossature et les planchers du bâtiment sont faits de béton armé, tandis que le revêtement est constitué par un enduit formé d’un mélange de marbre et de pierre, avec incrustation de marbre vert de Vérone. Mais lorsque nous promenons notre travelling dans le dédale inférieur de la structure, notre regard se dessille : l’humidité commence à altérer les énormes piliers qui laissent apparaître l’effritement du crépi, voire du rond à béton. On ne peut faire aussi l’impasse sur une partie du fonds archivistique livré à l’usure du temps dans les abysses de la bibliothèque. Le parquet du vestibule de la grande salle de lecture est entamé à cause de l’eau qui  suinte à partir d’un plafond revêtu de briques de verre – transparent et lisse double face. 

Les tiroirs de fichiers sont bien adossés aux salles de périodiques et du fonds livresque. La grande salle de lecture est très peu fréquentée. Elle est pleine de vide. A peine deux ou trois étudiants occupent le lieu en ces derniers jours avant les fêtes de l’Aïd El Fitr pour réviser leurs cours. Deux autres étudiants préfèrent se ranger dans l’énorme terrasse qui s’ouvre sur une partie de la baie d’Alger. Ils profitent de la lumière du jour. Pourquoi ? L’ancienne bibliothèque, apprend-on, plonge depuis plus de trois mois dans le noir. L’installation électrique a pété. Ni l’administration de cette institution ni les adhérents ne peuvent travailler convenablement. Faute d’alimentation électrique, le fonctionnement de la bibliothèque est mis en berne et les étudiants ne peuvent se servir de leurs micros. Ces derniers restent à la merci des rais de lumière du jour qui inondent quelque endroit de l’intérieur de  l’édifice. Le Centre national du livre (CNL), qui élit domicile dans le bâtiment, est logé à la même enseigne : pas d’énergie électrique.

L’institution que dirige Hassen Bendif, le directeur général, fait face à ce désagrément. Il ne baisse pas les bras pour autant, au même titre que le personnel constitué d’une vingtaine de personnes. Les salles dans lesquelles évoluent les agents sont enténébrées. A peine remarque-t-on le contour de leurs silhouettes furtives, vite dévorées par l’obscurité des lieux. «Nous sommes embarrassés par  l’absence d’alimentation électrique. Nous ne pouvons rédiger de courrier et cela entrave énormément notre activité», soulignent quelques agents qui se voient contraints, de solliciter le voisinage ou de prendre parfois des travaux de secrétariat de leur lieu de travail pour les réaliser chez eux. Le directeur du CNL qui, bien que préoccupé par cette situation, continue, toutefois, à faire contre mauvaise fortune bon cœur, surtout qu’une formation de libraires est prévue le mois prochain. Il se veut rassurant en précisant qu’une enveloppe a été mobilisée par le ministère de tutelle, pour prendre en charge des travaux de rénovation de cet édifice. Il souhaite par ailleurs que ce joyau architectural soit inscrit sur la liste des monuments classés.

Pour l’histoire, selon le Bulletin des bibliothèques de France (BBF), n°10, 1958, un document signé de l’auteur Gremaine Lebel nous renseigne que la modeste bibliothèque fondée en 1835 dans le palais Mustapha Pacha, près de la Jenina, n’était plus à l’échelle des circonstances et «ne répondait plus, selon les autorités coloniales, au développement démographique, culturel et économique de l’Algérie contemporaine». 

Ce qui a généré, précise le document, «des besoins nouveaux sur le plan des bibliothèques et de la lecture publique». En 1949, un architecte de talent, Louis Tombarel, et son collaborateur, l’ingénieur Schulz, élaborent un plan prévoyant la réalisation «d’une vaste bibliothèque à laquelle il a été décidé d’associer un autre service  dans le bâtiment, celui de la Mécanographie des finances, qui occupera certains locaux séparés des services de la bibliothèque».

La pose de la première pierre du joyau culturel eut lieu le 20 avril 1954 et son inauguration a vu le jour en 1957. Le toit, aménagé en terrasse, couvre une superficie de 2860 m2. Le plan intérieur a été conçu en raison des différents services qu’abrite la bibliothèque et du rôle qu’elle est appelée à jouer, en tant que centre culturel. Cet édifice présentait le double aspect d’une bibliothèque nord-africaine, embrassant tout ce qui concerne l’Afrique du Nord et l’islam, et d’une bibliothèque de documentation générale, à caractère encyclopédique. Elle est, par ailleurs, le siège de la régie du dépôt légal et de la Bibliothèque centrale de prêt (service de la lecture publique en Algérie). Des sections annexes lui ont été enfin rattachées, dont une bibliothèque musicale et un service de microfilm. 

Un espace de l’ancienne Bibliothèque nationale est réservé au Centre national du livre (CNL) qui y élit domicile officiellement depuis 2009 (v/décret présidentiel n°09-202 du 27 mai 2009). Dirigé par Hassen Bendif, l’établissement a pour mission une foule d’activités, dont l’encouragement de tous les modes d’expression littéraires, la diffusion des œuvres littéraires, ainsi que la participation à l’organisation de rencontres et manifestations relatives à la promotion et au rayonnement du livre algérien, et ce, à travers quatre commissions.

Aussi, dans le cadre d’expertise avec des professeurs nationaux et étrangers, dix jeunes traducteurs ont été formés et leur stage sera bientôt couronné par un déplacement en France, où ils se frotteront aux grands traducteurs mondiaux, rappelle M. Bendif. Par ailleurs, le CNL s’attelle, de concert avec l’Association internationale de la librairie francophone (AILF), à la mise en place d’une formation de 15 libraires du 18 au 20 juillet, visant la labellisation de la librairie en Algérie.

M. Tchoubane
 
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