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Alger by night : Entre calme et découverte

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le 17.07.17 | 12h00 Réagissez

Alger change la nuit, à l’heure où beaucoup d’entre nous sont au lit à réfléchir et à se dire : «Je vais faire quoi demain ?» Connaissez-vous la réalité à partir de minuit ? Vous tous, savez-vous quelle est la vie nocturne d’Alger la Blanche ?

Le jour, la capitale est très animée. Le nombre de visiteurs augmente significativement, le trafic routier est encombré, les rues piétonnes et les chemins de travers sont bondés, les magasins et les fast-foods affichent complet pour le plus grand plaisir des propriétaires. Durant la saison estivale, comme en ce moment, dès que la nuit fait son apparition, beaucoup d’Algérois sortent de chez eux afin de profiter de la fraîcheur qui commence à tomber, flânant dans les beaux quartiers, comme Hydra ou Sidi Yahia, à la recherche d’une terrasse où s’installer, se restaurer ou juste marcher sans se soucier de la circulation.

Mais en réalité, la vie en fin de journée n’est pas si différente qu’en plein jour. Nous sortons, nous nous amusons, nous profitons des petits plaisirs qui s’offrent à nous, comme manger une pizza en famille ou entre amis, savourer une bonne glace qui rafraîchira le corps et l’esprit. Alger change la nuit, à l’heure où beaucoup d’entre nous sont au lit à réfléchir et à se dire : «Je vais faire quoi demain ?»

Connaissez-vous la réalité à partir de minuit ? Vous tous, savez-vous quelle est la vie nocturne d’Alger la Blanche ? Partons à la découverte et à la rencontre de personnages hauts en couleur, à la rencontre de ces hommes et femmes qui travaillent pendant que nous dormons.

Tout commence la nuit

La découverte commence à partir de Tixeraïne. La vieille dechra dort paisiblement, pas un bruit ne vient troubler le silence qui s’est installé à partir de 23h. Un peu plus haut, au niveau du parc, la BMPJ a installé un barrage surprise. C’est la nuit que les trafics se produisent, que la drogue circule et que les mauvais coups se font.

A notre passage, des jeunes ont été interpellés. Notre véhicule ralentit et nous observons la scène. Pendant qu’on inspecte le véhicule, deux policiers fouillent les trois jeunes. L’un d’eux est assis par terre à même le goudron, il semble sous l’emprise d’un produit. Nous reprenons de la vitesse et nous quittons les lieux. Il est 00h10, et nous arrivons au niveau du barrage de police de la cité DNC à Hydra.

Deux automobilistes sont à l’arrêt et parmi eux un jeune homme qui joue des mains pendant que ses amis essayent de le calmer. Les policiers semblent en avoir assez vu et entendu. Nous plongeons dans les deux trémies qui conduisent vers l’ambassade de France ainsi que vers la Colonne Voirol. Tout semble calme, quelques phares éclairent le boulevard qui est déjà illuminé par des décorations. Tout est vide, calme, pas un bruit ne vient troubler le silence.

Qui pourrait croire que durant la journée, les policiers en charge de la régulation du trafic routier se retrouvent désemparés face à un assaut d’automobilistes tous pressés. A quelques mètres du poste de police de la Colonne, un buraliste est ouvert. Les jeux de lumière installés donnent un semblant de vie à la rue. Son voisin vendeur de vêtements est également ouvert.

Le moindre prétexte est bon pour engager la conversation et nous prétendons avoir besoin d’une recharge téléphonique. Après que le transfert de crédit eu été fait, nous parlons un peu avec le jeune homme derrière le présentoir. Il explique que les buralistes ouverts la nuit sont rares. «A mon avis, nous sommes une poignée à rester ouverts toute la nuit. Beaucoup de personnes cherchent du crédit, de quoi grignoter, ou bien même lire la presse, surtout ceux qui travaillent la nuit, c’est pour cette raison que mon rideau reste ouvert la nuit», explique le jeune homme.

Des quartiers du centre à ceux des hauteurs

A la rue Didouche Mourad, des éboueurs de Netcom s’affairent à nettoyer et ramasser les déchets ménagers qui ne cessent de s’amonceler. Nous nous garons juste en face des immeubles qui sont en pleine restauration. En faisant quelques pas, nous croisons des SDF, qui essayent de trouver une place où se lotir pour la nuit.

Quelques-uns esquivent notre regard, tandis que nous décidons d’engager la conversation avec l’un d’eux qui nous raconte la dure loi de la rue : «La rue, c’est la jungle. Il faut s’attendre à tout, de l’improbable au plus dangereux, rien n’est facile et aucun d’entre nous n’a décidé de vivre dans la rue.» Il parle également de la mendicité : «Vous ne verrez jamais un SDF demander de l’argent, c’est une question de fierté.

Un SDF se débrouille seul par ses propres moyens, nous trouvons de l’argent via la collecte de bouteilles en plastique. Quant à la nourriture, les Algériens jettent de plus en plus d’aliments qui peuvent être consommés, donc on applique le système D», dit Ouaheb. Avec notre compagnon de route, nous lui offrons ce que nous pouvons et lui souhaitons bonne chance. En voiture, nous prenons la route moutonnière.

Les ponts qui relient les communes voisines à la rocade sont tous éclairés. Des néons bleus donnent de l’éclat, d’autres lumières représentent le drapeau national, donnant ainsi une touche nationaliste. A la promenade des Sablettes, la grande roue fait son show. Couverte de néons multicolores, qui tournent sur eux-mêmes, tout en changeant de couleur. La roue semble tourner sur elle-même, mais en réalité elle est à l’arrêt. Il est 2h, la faim s’installe.

Nous rebroussons chemin et décidons de passer par la rue Hassiba Ben Bouali. Mais tout d’abord nous passons par la place des Martyrs et le boulevard Zighoud Youcef. C’est à la fois vide et peuplé. On se sent épiés par des yeux cachés dans l’obscurité, quelques jeunes passent à pied à côté de nous, leurs regards semblent vides, certains titubent, l’un d’eux semble tenir ce qui ressemble à une lame.

Comme disent les jeunes : «Ils marchent en complot !» La rue Hassiba, qui est l’une des plus fréquentées de la capitale, en raison des nombreux magasins de prêt-à-porter et restaurants, est à 3h du matin aussi vide que les salles de cinéma presque toutes fermées. Le temps semble figé, rien ne bouge, rien ne pourrait troubler le calme qui accompagne la pénombre. On arrive devant l’hôpital Mustapha Bacha. Oh !

Le gyrophare d’une ambulance vient illuminer de bleu les murs des immeubles avoisinants. En face de l’hôpital, on il y a des lumières, un fast-food est ouvert. Avec la faim qui tenaille, on se précipite comme un assoiffé qui se jette sur une bouteille d’eau. La grille est allumée et le four encombre l’air d’une chaleur étouffante. «Venez, installez-vous», dit le jeune homme. Avec pour seuls clients, à savoir nous deux, les jeunes qui s’occupent du business se mettent à discuter avec nous et nous expliquent que c’est ouvert chez eux tous les jours, H24.

«Le rideau n’est jamais baissé, à toute heure, de jour comme de nuit, on propose ce que les gens consomment chez les fast-foods habituels», reprend le pizzaiolo, pendant que nous attendons notre commande. ça parle de football, de ghorba, de plage et de la nuit et ce qui vient avec elle. L’un d’entre eux déclare que passé une certaine heure, une autre population se montre : «On voit de tout, du SDF à qui nous offrons un repas consistant, la prostituée, les drogués qui sont addicts et dépendant à des drogues comme Subutex ou l’héroïne.» Le repas englouti, nous reprenons notre balade. A 3h30, on se retrouve en pleine rue Belouizdad.

Les banderoles sont toujours présentes, faut-il rappeler aux fanatiques du CRB que la coupe est à la maison il y a 10 jours déjà ? Nos phares qui éclairent au loin éblouissent une silhouette qui titube qui fait deux pas en avant et trois en arrière. Nous nous rapprochons à vitesse réduite, c’est un homme, il tient une bouteille à la main, il est ivre, il chante, il crie, ou va-t-il ? On est déjà devant la montée de Laaquiba.

Fin de balade

Si les yeux commencent à se fermer, ça ne veut dire qu’une seule chose, qu’il est temps de se coucher. Nous décidons de rentrer et passons par Oued Kniss et D15, Ravin de la femme sauvage et un détour par le sanctuaire des Martyrs, c’est la sortie de boîte. Certains sortent et grimpent dans des taxis qui attendent la course qui leur fera gagner le pactole. D’autres viennent trouver les prostituées qui sont à moitié cachées. Enfin, nous arrivons à la maison, quoi de mieux que son chez-soi.

Après une balade édifiante, nous comprenons rapidement qu’Alger a en réalité deux visages. En journée, tout est presque beau, car certaines choses gâchent le paysage. La nuit, cela change. Alger devient magnifique avec les lumières qui l’éclairent, mais Alger devient aussi rude pour plusieurs classes de la société et profitable pour d’autres. Vous l’aurez compris, Alger est une ville secrète.
 

Rachid Larbi
 
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