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65e Anniversaire de la mort du professeur Brahim Rahmani

Le géant oublié de Médéa

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le 13.02.18 | 12h00 Réagissez

Au centre-ville de la cité antique de Médéa se dresse, au quartier Bouziane, une ancienne école datant de l’ère coloniale, baptisée juste après l’indépendance au nom d’une sommité du savoir, le professeur Brahim Rahmani, natif de Médéa.

Mais il est regrettable de remarquer sur le portail de l’établissement scolaire une grosse bourde, un écriteau qui lui fait porter la qualité de chahid, alors que l’illustre savant est mort un certain 2 février 1953, asphyxié par du monoxyde de carbone à l’âge de 60 ans, soit 19 mois avant le déclenchement de la guerre de libération.

Une erreur monumentale déroutante pour les petits écoliers et leurs enseignants qui fréquentent cette école primaire relevant de la responsabilité des services de la municipalité.

Ceci dénote le sérieux qu’on accorde à la mémorisation de l’histoire de la ville millénaire, d’une part, et d’autre part, pour introduire le système GPS (Global Positioning Système), au sujet duquel  la capitale du Titteri accuse un grand retard par rapport à d’autres régions du pays. Car ce système de navigation par satellite, d’une grande utilité, renseigne son possesseur sur la localisation géographique.

Dans une voiture équipée, vous êtes informé avec exactitude de votre position au sein d’un environnement précis  : ville, autoroute… à condition d’identifier précieusement et baptiser toutes les rues et édifices de la cité. Pour revenir à cet illustre homme de Médéa, méconnu évidemment par les générations post-indépendance, il a consenti, de son vivant, de grands sacrifices pour armer les jeunes indigènes de l’époque de savoir et de culture. Souvent on se rend coupable de l’oubli. On est encore plus coupable quand il s’agit de l’oubli de ceux-là mêmes qui ont forgé la personnalité et l’identité nationale.

Et on ressent encore plus d’amertume quand le souvenir de pareils hommes n’est plus transmis que par le biais d’un article de presse archive découpé dans la Dépêche quotidienne du 2 février 1953 et signé par le correspondant Marcel Cuillamo. Faut-il s’étonner que ce journaliste, un pied-noir connu alors à Médéa durant l’époque coloniale pour son racisme et son hostilité à l’idée même d’indépendance, ait pu écrire, à l’occasion de la mort du professeur Brahim.

«Médéa vient de perdre un de ses enfants les plus dignes : Brahim Rahmani Mohamed ben Ali (….) Il allait dans la vie sans crainte, sans orgueil, sans se soucier de lui-même et, dans ses yeux, de l’or brillait à travers ses lunettes. (…) Il connaissait l’histoire du pays (il s’agit du nôtre) et de tout l’Orient à fond. Il s’était créé une réputation telle, dans cette branche, que bien des personnalités et des spécialistes venaient de tous les horizons près de lui prendre des renseignements sûrs. (…)

Et c’était lui, cet homme qui allait dans la rue, avec de simples babouches, une gandoura discrète, un turban autour de la tête. Il traînait les pieds pour marcher, mais sa tête restait haute et chacun pouvait voir en permanence sur ses lèvres son éternel sourire. Cet homme effacé, solitaire, tel le phare en pleine mer, a rayonné. Son souvenir restera vivace, non par la sympathie qu’il savait acquérir facilement, mais par l’éclat qu’a donné son éclat, l’amour qu’a donné son amour, la personnalité qu’a donnée sa personnalité à tous ceux, et ils sont légion, qui l’ont approché».

Cet éloge n’était pas usurpé

Le défunt Rahmani, qui eut comme professeurs à la Médersa d’Alger le docteur Bencheneb et le Cheikh Bensmaya, était une sommité du savoir, d’amour, de modestie et un trésor du don de soi, un obstiné de l’enseignement en langue arabe, le fondateur à Médéa de l’école arabe de Sidi Slimane et une grande figure de l’enseignement moderne, où toutes les matières étaient dispensées. La vieille génération médéenne s’en souvient toujours…

Le vieil avocat, maître Mahmoud Skender, qui garde jalousement la coupure de presse de la Dépêche est l’un de ses passionnés. Le regretté avait d’autres vertus…

Aux pauvres enfants qui fréquentaient son école, il procurait le gîte, le couvert, les vêtements, ainsi que les fournitures scolaires. Son seul souci était de véhiculer le savoir, il avait même pour cela résilié ses fonctions de magistrat musulman à Miliana et délaissé la propriété de Djendel que son père lui avait léguée.
C’est là juste une pensée en ce 65e anniversaire de sa mort…
 

A. Teta
 
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