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Arabie Saoudite : Le royaume navigue-t-il dans le brouillard ?

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le 13.08.17 | 12h00 Réagissez

 
	Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz Al Saoud
Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz Al Saoud

Plus que des turbulences politiques ordinaires, l’Arabie Saoudite est confrontée à une situation politique et sociale des plus explosives. Elle se doit d’éteindre plusieurs incendies à la fois si elle veut éviter une explosion interne.

La guerre que Riyad a déclarée au Yémen a mis le régime des Al Saoud sous pression. Après trois ans de combats et après avoir engagé des sommes d’argent colossales, Riyad n’arrive  toujours pas à trouver la bonne stratégie pour s’extraire du bourbier yéménite. Sur le terrain, c’est le contraire qui semble se dessiner. Plus le temps s’écoule, plus son armée subit des revers conséquents et l’unité de la coalition internationale se fissure. Le changement intervenu à la tête du régime, avec la désignation du jeune prince Salman comme futur roi, n’a pas permis de faire revenir la stabilité.

Encore moins à redonner confiance aux partenaires étrangers, notamment les Américains qui ont joué un rôle prépondérant dans la mise à l’écart du prince Nayef. L’Arabie Saoudite navigue à vue. Il apparaît de plus en plus clair que les princes saoudiens ne disposent pas d’une vraie stratégie de sortie du Yémen, alors que ce pays sombre dans une pauvreté extrême et le choléra tue des milliers de personnes chaque mois.

De leur côté, les Houthis  et les partisans de l’ex-président Ali Saleh Abdellah ont compris les limites de l’action militaire saoudienne. Régnant toujours sur une grande partie du pays, ils savent que les Saoudiens sont face à un choix cornélien : soit quitter le Yémen sans avoir réussi à imposer un changement de régime, soit poursuivre la guerre sans assurance de sortir gagnants. Sur le front interne, la question de la minorité chiite empêche les monarques saoudiens de dormir. Il ne se passe pas un jour sans affrontements entre des jeunes qui se disent discriminés et la police saoudienne.

Depuis l’exécution d’un des grands leaders du chiisme en Arabie Saoudite, le religieux Baker al Nimr, des manifestations éclatent assez souvent dans la province d’Al Qatif, située dans la partie orientale du royaume. Pas plus loin que la semaine dernière, le régime saoudien est passé à la vitesse supérieure, en obligeant des chiites vivant dans la ville d’Al Awamya de quitter leurs maisons pour aller s’installer ailleurs.

Les chiites empêchent les Al Saoud de dormir

Des bulldozers et des pelleteuses sont venus détruire toutes les constructions. Ce qui a déclenché des scènes de guerre entre l’armée saoudienne et des jeunes chiites qui ont tenté d’empêcher la destruction de leur ville. La ville d’Al Awamya vit au rythme des troubles depuis plusieurs mois. Le gouvernement saoudien veut pousser les chiites à quitter la province d’Al Qatif, dans laquelle ils vivent. Il envisage de construire des zones touristiques à la place.

Mais en réalité, le roi Salman veut en finir une bonne fois pour toutes avec la communauté chiite qu’il accuse d’être manipulée par l’Iran. En plus du fait que cette communauté vit sur l’une des parties les plus riches en pétrole dans le royaume. A la lumière de ce qui s’est passé en juin dernier en Syrie, où des communautés chiites ont été installées dans des endroits habituellement occupés par les sunnites, l’Arabie Saoudite travaille, elle aussi, sur ce que les démographes appellent «l’engineering démographique».

En Arabie Saoudite, cette technique consiste à vider les zones chiites de leurs populations pour les remplacer ensuite par les familles sunnites. Cette stratégie vise deux objectifs à la fois : un, casser la rébellion chiite, deux, installer des familles favorables à la politique du royaume. Plus de 20 000 chiites (soit un tiers de la région de la ville d’Al Awamya) ont été déjà déplacés. Ceux qui refusent de la quitter doivent faire face aux tirs d’obus et de roquettes de l’armée.

«Vision 2030», une stratégie économique risquée

L’autre problème qui guette l’Arabie Saoudite est la récession économique. Depuis la chute du prix du pétrole, l’économie saoudienne connaît un ralentissement ravageur. La courbe du chômage est remontée en flèche (plus de 12%), tandis que la chasse aux travailleurs illégaux bat son plein et sans  aucun respect des droits de l’homme.

Riyad prévoit d’expulser plus d’un million de travailleurs, en majorité des Asiatiques et des Egyptiens, après les avoir exploités pour la construction des gros ouvrages. La grogne monte aussi chez les jeunes qui réclament des postes d’emploi durables et bien rémunérés. Ce qui met une pression supplémentaire sur le gouvernement qui craint que l’oisiveté et le chômage ne les projettent dans les bras du terrorisme.

La vision 2030, ce projet qui devait trouver de nouvelles ressources propres capables de stimuler l’économie saoudienne (la fameuse croissance verte) en dehors du pétrole, semble compromise faute d’argent. Riyad se voit encore obligé de compter sur sa seule ressource, à savoir l’or noir, dont le prix du baril ne permet plus de calmer la population de plus en plus radicalisée. Reste l’idée de privatiser certaines grandes entreprises, comme celle qui gère les hydrocarbures, mais cela demeure insuffisant pour mettre le royaume à l’abri d’une révolte interne qui pourrait finir dans un bain de sang.

En attendant, les stratèges saoudiens ont trouvé deux ruses pour distraire le peuple. La première c’est l’ouverture des hostilités avec le Qatar, la seconde pourrait concerner un éventuel rapprochement avec Tel-Aviv. Ces deux sujets devraient tenir en haleine pendant de longs mois l’opposition et la jeunesse saoudiennes et les détourner de la véritable crise qui se dessine à l’horizon. Mais jusqu’à quand ?
 

Yacine Farah
 
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