Start-up : la lueur d’espoir d’une Grèce en crise

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le 27.06.17 | 13h47 Réagissez

Voilà dix ans que la Grèce est en crise. Depuis que le pays est entré en récession en 2008, sa production annuelle a chuté d’environ 25%. Le chômage est, lui, passé au dessus de la barre des 20% en un peu plus de cinq ans et presque cinq cents millions de Grecs - souvent les plus instruits qui étaient voués à de brillantes carrières - ont quitté le pays pour aller faire fortune à l’étranger.

Face à une crise grecque qui s’éternise, les signes d’espoir sont peu nombreux. Néanmoins, l’émergence continue de l'écosystème des start-up grecques en est résolument un. Dans les années qui ont suivi l’arrivée de quatre fonds de capital risque soutenus par l’Union européenne au début de l’année 2013, les résultats ont été considérables et on a pu observer, entre autres, une série d’investissements et de rachats de plusieurs millions de dollars de la part de multinationales.

Ces quatre fonds ont achevé leur cycle de développement l’année dernière mais un nouvel arrivant, Equifund, a été annoncé. Il est financé par le gouvernement grec, l’UE et le fonds d’investissement européen. A terme, Equifund représentera une force de frappe de 260 millions d’euros, sans compter la nouvelle vague d’investissements dans les entreprises technologiques grecques qu’il déclenchera.

Depuis le début de cette aventure, Stavros Messinis est l’un des visages importants dans le milieu des start-up grecques. Messinis cofonde CoLab, le premier lieu de coworking d’Athènes en 2009. Quatre ans plus tard, il quitte CoLab pour commencer un nouveau projet - The Cube, à Exarcheia, un quartier réputé turbulent dans le centre ville de la capitale.

« Nous accueillons actuellement une vingtaine d’entreprises. La plupart d’entre elles conçoivent des logiciels pour le secteur de la tech mais une ou deux commercialisent du matériel informatique, une autre est une agence de logiciels et il y en a même une qui fabrique des sacs à main tendances » raconte Stavros Messinis. « Nous mettons à leur disposition des équipements pour travailler, avec du tutorat et d’autres services comme des départements juridique et comptable. Le fait qu’ils soient ensemble dans un bureau partagé les pousse à s’entraider les uns les autres. »

Dio Kakolyris, co-fondateur d’Autofire, une start-up dans l’analyse de jeux et hébergé au Cube, l’assure : « Il y a constamment des événements ou des ateliers. C’est une communauté pleine de vie prête à aider n’importe quelle personne animée par une vision. » L’entreprise de Dio Kakolyris prépare actuellement le lancement de la version beta de son produit.

Dimitris Kalavros-Gousiou est le co-fondateur de Technology hub Found.ation. Sa start-up a « une approche très pragmatique en matière de créations d’entreprises. Notre équipe est composée de business développeurs, de gestionnaires, de techniciens spécialistes ou encore d’experts en marketing et en levée de fonds ».

Âgé de seulement 29 ans, Kalavros-Gousiou est impliqué dans le milieu des start-up grecques depuis une grande partie de la décennie passée. Il est même l’organisateur des TEDxAthens depuis 8 ans. « Notre principale priorité est de choisir des personnes au-delà de leurs idées et de former des équipes au-delà des individus », ajoute-t-il avant de poursuivre : « nous nous réunissons avec les équipes et nous essayons d’examiner leur culture, leur projet, leur éthique et nous voyons s’ils ont effectivement trouvé un créneau pour lancer leur nouveau produit sur le marché. »

Comment le secteur des start-up s’est il développé ? A-t-il surpassé les attentes ? Sur les cinq dernières années, ce secteur « a incroyablement mûri » selon Kalavros-Gousiou. Massinis, lui, fait remarquer que “l’euphorie” habituelle après un investissement réussi dans une petite entreprise de la tech est généralement suivi d’une « vraie récession ». L’une d’entre elles – « et sûrement la plus sévère » - dit-il, a été la mise en place des contrôles de capitaux à l’été 2015, après l’échec des négociations entre le gouvernement de M. Tsipras et les créanciers du pays.

Dans des moments si difficiles, Messinis explique que « le principal défi à relever est la fuite massive des cerveaux. La plupart des développeurs dignes de ce nom partent à l’étranger quand les investissements viennent à manquer et que les entrepreneurs n’ont plus l’argent nécessaire pour les employer. Alors que les universités grecques forment de très bons éléments, les offres d’emplois prometteuses pour les petits génies des technologies sont peu nombreuses. »

L’association éducative Reload Greece, créée à Londres en 2012, s’est spécialisée dans l’inversion de la fuite des cerveaux.  En quatre ans, elle a organisé trois conférences, présenté ses travaux au Parlement européen et établi une collaboration avec huit universités britanniques.

« Le développement de relations étroites avec l’écosystème grec est un enjeu clé pour remplir à bien notre mission et réduire l’écart entre la Grèce et le reste du monde », confie Effie Kyrtata, la jeune et dynamique directrice générale de l’organisation. A propos du Reload Greece Challenge, un programme d’accélérateurs pour start-up grecques de neuf jours qui se tiendra à Londres l’été prochain, Kyrtata souligne que « cette année marque le début de collaborations extrêmement importantes avec des acteurs clés de la scène entrepreneuriale grecque, parmi lesquels les incubateurs de start-up de deux banques systémiques grecques.

Mettre en pratique ces leçons une fois de retour au pays peut poser quelques problèmes inattendus, comme ceux rencontrés par les résidents du Cube, à Exarcheia. En effet, le quartier reste un repère d’activistes anarchistes et criminels. « Nous avons choisi de nous installer dans un quartier plutôt défavorisé de la ville car les loyers étaient bas et nous avons eu l’impression que nous pouvions construire quelque chose de prometteur », avoue Messinis. « Pour le moment, nous réussissons. Nous avons eu tout de même un gros problème avec le trafic de drogue dans le quartier, mais depuis six mois, la situation s’est nettement améliorée grâce à une collaboration avec les autorités et en obligeant ces dernières à rendre publiquement des comptes. Avec de l’encouragement, elles font de bonnes choses. »

Au-delà de ces problèmes, que peut faire le gouvernement pour aider les 350-450 entreprises (selon Found.ation) qui façonnent le secteur des start-up ? Pour Kalavros-Gousiou, « le pays doit mettre en place des avantages fiscaux, favoriser l’emploi et faciliter l’ouverture, la gestion et la fermeture d’une entreprise. Surtout, il doit faire davantage pour promouvoir la culture de l’entrepreneuriat, ce qui mobilisera le secteur privé en Grèce, et même à l’international où les start-up et investisseurs doivent désormais regarder la Grèce comme un pays d’opportunités.

 

https://thecube.gr/

Par YANNIS PALAIOLOGOS, Kathimerini