Rucher-école du Djurdjura : Permettre aux femmes de devenir autonomes

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le 24.06.17 | 09h25 Réagissez

Rucher-école du Djurdjura : Permettre aux femmes de devenir autonomes

« L’apiculture est devenue un vrai métier et une source de richesses pour toutes les femmes formées au sein de notre association alors qu’auparavant aucune d’elles ne s’imaginait pouvoir monter un jour sa propre exploitation », se réjouit Mohand Ouamer Ould Braham, président de l’Association de promotion de l’apiculture de montagne (APAM).

 

Son association est basée à Aïn El Hammam à 45 kilomètres au sud-est de Tizi Ouzou (150 km  à l’est d’Alger) et abrite depuis quelques années des projets de Ruchers-écoles dit du Djurdjura. Cette modeste mais très ambitieuse initiative a permis à des dizaines de personnes amatrices, notamment des jeunes femmes au foyer de s’initier à l’élevage des colonies d’abeilles. « La première expérience dans le cadre du Rucher-école du Djurdjura, nous l’avons concrétisée en 2010 grâce au soutien financier du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Nous avons organisé, ici au siège de l’association des journées de formation à l’apiculture de montagne ouvertes à tous. Des professionnels du domaine issus de la région mais aussi venus de France nous ont assistés dans cette expérience à travers notamment des ateliers pour valoriser le volet pratique», souligne-t-il.

Il ajoute que les méthodes enseignées à travers ces formations sont celles qui privilégient les valeurs environnementales et de développement durable assurant un produit bio. « En fait, nous ne faisons qu’inculquer les anciennes coutumes avec des techniques modernes. Ici, dans la région, l’apiculture est une tradition et le miel est connu pour être 100% bio. Les abeilles sont à l’abri en montagne car elles butinent dans les petites exploitations agricoles, souvent familiales que vous voyez là, bien loin des pesticides néfastes pour elles», dit Mohand Ouamer Ould Braham.

L’agriculture en montagne permet d’éviter l’utilisation de produits chimiques dont l’impact est négatif sur l’environnement et donc sur la santé de l’homme. La mortalité des abeilles est ainsi réduite grâce à cet élevage naturel et c’est ce qui permet de développer cette activité dans la région de Kabylie caractérisée par ses massifs montagneux. Près de 4700 apiculteurs sont recensés dans la wilaya de Tizi Ouzou avec des exploitations implantées en grande majorité dans la montagne. La production de miel a frôlé les 500 quintaux en 2016. « Un miel bio et de très bonne qualité » assure notre interlocuteur.

Le projet Rucher-école contribue au développement de l’activité en aidant quelques stagiaires à avoir leur propre exploitation. Dix ruches ont été distribuées à cinq stagiaires dont trois femmes au terme de la première formation. Cette initiative a par la suite ouvert la voie à l’apprentissage devenu presque une tradition au sein de l’association APAM. « Notre partenariat avec l’ONG AMSED (Association migration solidarité et échanges pour le développement) fait que d’autres Rucher-écoles sont régulièrement initiés avec à la clé des soutiens pour l’acquisition de ruches. Nous privilégions beaucoup les femmes rurales car nous avons remarqué l’intérêt grandissant qu’elles accordent à l’apiculture » dira le président de l’APAM.

Pas moins de dix-huit femmes, issues de Aïn El Hammam et d’autres localités de la wilaya de Tizi Ouzou ont monté leur exploitation grâce aux ruches qu’AMSED a mises à leur disposition. M. Ould Braham ajoute que ces stagiaires « ont bénéficié de l’encadrement de l’association ainsi que d’un accompagnement auprès des dispositifs d’aide à la création d’emploi pour développer leur exploitation». Le président de l’APAM nous présente Messad Djoudi, une des bénéficiaires du programme Rucher-école du Djurdjura il y a un peu plus de trois ans. Son exploitation compte aujourd’hui près d’une dizaine de ruches et la rend bien fière du travail qu’elle a accompli.

« Mon père est apiculteur mais je ne me suis jamais vraiment intéressée à ce qu’il faisait. Je me suis inscrite à la formation de l’APAM par curiosité, j’ai fini par acquérir le savoir-faire nécessaire puis la volonté de me lancer dans cette activité » soutient la jeune femme. Elle affirme s’assurer désormais une rente grâce au miel produit par ses ruches. « Ce n’est pas difficile, il suffit de savoir entretenir ses ruches, respecter leur repos pendant la période hivernale tout en veillant à leur bien être en toutes saisons. Il faut aussi apprécier ce que l’on fait et ne pas avoir peur de se lancer» ajoute-t-elle.

Le travail de l’association s’étend désormais à toutes les filières de l’agriculture de montagne avec d’autres formations assurées par des professionnels dans l’élevage bovin, l’aviculture ou encore la cuniculture. Une façon « d’élargir notre champ d’action et d’accompagnement », souligne le président de l’association. Celle-ci a d’ailleurs été renommée, il y a quelque temps, Association de promotion de l’agriculture de montagne.

 

 

Tassadit Chibani, El Watan