Quand il n'y a plus d'espoir, l'éducation sauve des vies

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le 24.06.17 | 08h00 Réagissez

zoom | © El Heraldo

Au Honduras, environ cent étudiants provenant de milieux défavorisés, qui ne pouvaient accéder qu'à l'école élémentaire, ont la chance désormais de recevoir une éducation secondaire et de devenir des chefs d'entreprises grâce à l'organisation Educate2Envision.

 

Eliezer Rodriguez a brisé le cercle vicieux auquel sont confrontés beaucoup de jeunes gens de sa communauté. Le jeune homme de 17 ans est en train de terminer ses études secondaires à l'école Francisco Morazán, dans le village d'El Zurzular dans la municipalité de Cantarranas, au sud du Honduras, sans avoir à marcher pendant des heures ou à traverser une rivière.

Aujourd'hui, il a confiance en son avenir. Au lieu d'apprendre un métier pour aider sa famille, comme la majorité des jeunes de son village, il rêve d'aller au collège et de se former pour devenir professeur d'espagnol ou de mathématiques.La personne responsable de ce changement dans la vie d'Eliezer, c'est Katia Gomez, une jeune Américaine qui, après avoir travaillé comme bénévole pendant plusieurs années en Amérique Latine, a réalisé son rêve en créant une entreprise sociale au Honduras.

Son projet s'appelle Educate2Envision (E2E) et il s'agit d'un programme éducatif qui vise à former des chefs d'entreprise. Depuis 2010, le programme de Katia a changé la vie d'environ cent étudiants provenant des communautés rurales de Francisco Morazán et El Paraíso, dans le sud du pays. La majorité des 5 000 personnes qui vivent dans ces villages n'ont jamais eu l'occasion de terminer leur éducation secondaire. La centaine d'étudiants, dont fait partie Eliezer, qui ont pu suivre des cours grâce au soutien de E2E depuis 2010, représente 80% de ceux qui ont eu une éducation secondaire dans ces régions.

“Notre défi c'est de changer la mentalité de ces enfants, de leur montrer qu'ils peuvent devenir des professionnels et aider leur communauté”, explique Alex Agurcia, le PDG de E2E.

 

Un rêve devenu réalité

Avant l'existence de E2E, les jeunes qui souhaitaient suivre un enseignement secondaire devaient marcher quatre heures pour aller en classe dans un centre d'éducation. Maintenant, on leur propose d’étudier dans l'école élémentaire locale, où ils peuvent effectuer leur 6ème.

Pour déposer sa candidature, il faut avoir un bon bulletin, être célibataire et avoir entre 12 à 18 ans. Des représentants d'E2E réalisent un entretien avec les parents du candidat ainsi qu'une enquête socio-économique pour évaluer leur situation.

En plus de cela, chaque candidat doit présenter son certificat de naissance et le bulletin de notes de sa dernière année d'école, accompagnés d'un essai dans lequel il explique les raisons pour lesquelles il veut continuer ses études. Ces documents sont soumis au conseil d'administration d'E2E qui décide d'accorder ou non une bourse d'étude.

L'organisation reçoit le soutien financier du Rotary Club aux Etats-Unis et de Banrural au Honduras, ce qui permet à E2E de doter les étudiants sélectionnés du matériel nécessaire et de prendre en charge au moins 60% de leurs frais de scolarité. Cette somme augmente graduellement chaque année.

Ces jeunes gens sont les champions d'E2E. Ils deviennent des leaders de leur communauté et font figure d'exemple pour les enfants qui aspirent à construire leur avenir. Ils sont formés pour devenir des chefs d'entreprise dotés de préoccupations sociales. Par la suite, les étudiants de E2E deviennent également des bénévoles pour l'organisation.

 

Comment font-ils ?

Les équipes d'E2E aident des jeunes comme Eliezer à prendre conscience de leur esprit d'entreprise en les formant à la gestion de projet. Pour ce faire, ils profitent des biens produits localement afin de créer des micro-entreprises.

Cette approche a déjà porté ses fruits. Environ 70% des étudiants vivent dans des régions qui produisent principalement du café, un produit dont leurs familles tirent leurs revenus au moment de la récolte et pour le reste de l’année.Les étudiants aident leurs parents à récolter le café qu'ils ont cultivé. Cette récolte est ensuite achetée à un prix plus élevé que celui du marché par des entreprises aux Etats-Unis contactées par des représentants de E2E.

Le café est ensuite vendu sous la marque Adelante et permet de financer l'éducation dans ces communautés, contribuant ainsi aux frais d'études et évitant à la communauté de dépendre des dons.70% des profits tirés de la vente du café Adelante financent des fonds destinés à soutenir l'éducation dans chaque communauté. Ils permettent de financer des bourses d’étude pour les jeunes gens dont les parents ne peuvent se permettre de leur payer des études ; il y a  beaucoup de mères célibataires parmi eux.

Mais E2E fait encore plus qu'offrir un futur à ces jeunes gens. Les étudiants pratiquent également un travail social en partageant leur savoir au travers de projets communautaires dans chaque village participant.

« Nous ne faisons pas que rester en classe, nous sortons pour aider notre communauté. Par exemple, nous avons installé l’électricité dans l'église, nous avons installé des toilettes ; nous apportons des vivres aux   personnes âgées et répondons à leurs besoins », explique fièrement GeydiVelásquez, un étudiant de la communauté de Las Delicias.

Les campagnes de prévention de maladies comme la dengue, le virus Zika et le chikungunya, celles qui visent à éduquer les filles sur la santé et la reproduction, le tutorat au sein des écoles élémentaires font partie des missions réalisées par ces futurs professionnels.

« Je veux être enseignant. E2E me soutient toujours, même si j'ai désormais terminé mes études secondaires. Maintenant je prépare mon bac. Je me rapproche de plus en plus du but que je me suis fixé  et je suis heureux », confie Ariel Cardona dans un sourire. Il est l'un des jeunes leaders de Pajarillos.

Eliezer, Geydi et Ariel sont tous les trois la preuve vivante que l'éducation peut changer des vies. Grâce à leurs efforts, ils transforment leur communauté et forgent un meilleur destin pour les milliers d'enfants qui se battent pour rester à l'école malgré leur pauvreté.

 

http://www.educate2envision.org/our-story/

 

Par Silvia Yamileth Pérez pour EL HERALDO