Incapable de se rendre à l'école, Yusuf envoie un robot à sa place 


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le 24.06.17 | 07h00 Réagissez

Incapable de se rendre à l'école, Yusuf envoie un robot à sa place 


Les développeurs de robots Morten Jacobson et Francis Nørgaard innovent avec l'utilisation en classe du robot Beam.

YusufWarsame, âgé de 13 ans, est allé à l'école, bien qu’il n’y ait pas été physiquement présent. Ses camarades et lui sont en train d'apprendre les 120 mots les plus utilisés en danois, et les sept élèves reçoivent chacun un petit papier rose avec un mot écrit dessus. On leur demande de le placer quelque part dans les locaux de l'école. 


« Plaçons le papier ici. »
 Ces mots proviennent d'un petit écran fixé sur un montant qui se déplace grâce à trois roues. On voit Yusuf sur l'écran et bien qu'il soit assis chez lui, à trois kilomètres de son école située à Frederiksberg, un quartier résidentiel à Copenhague, il participe activement à la classe. 



Depuis sa maison, Yusuf contrôle grâce à son ordinateur le robot qui s'appelle « Beam ». Bien qu’il souffre d’une maladie génétique qui provoque des tumeurs et exige qu'il soit à l'abri des risques d'infection, Yusuf peut continuer l'école. 


Morten Jacobsen, professeur d'informatique, et Francis Nørgaard, professeur des écoles, sont les cerveaux de ce projet, qui a permis à Yusuf de participer activement aux discussions de sa  classe. Depuis que l'école a introduit le robot pour la première fois il y a deux ans, les deux hommes ont pris le temps de continuer son développement et de l’adapter. Au lieu de se contenter d'observer, Yusuf peut désormais écrire sur le tableau blanc interactif et participer à des  jeux de société.
Grâce à l’usage qu’ils ont fait du  robot « Beam » et à son développement, Morten Jacobsen et Francis Nørgaard ont été sélectionnés pour le prix Politikens, attribué à des enseignants danois exceptionnels.

 

Le bowling et l’alarme incendie

Sur l'écran, le visage de Yusuf a rétréci. Une vidéo YouTube, où l'on voit qu’on charge un grand camion, remplit désormais presque tout l'écran, pour le plus grand amusement de ses amis Faizaan et Zain.
« Le bénéfice de cette technologie, c'est qu’on constate que Yusuf se comporte exactement comme il le faisait lorsqu'il était physiquement présent. C’est toujours un peu un fauteur de troubles », souligne Morten Jacobsen.
Au départ, Yusuf ne pouvait participer que lorsque les cours avaient lieu à l'école puisque Beam nécessite une connexion Internet.

Désormais, Morten et Francis se sont assurés que Beam et Yusuf sont connectés à Internet à l'aide d'un modem portable. « Lorsque nous sommes allés à l'Experimentarium[un centre dédié à la science], nous avons pris la voiture en attachant le robot avec la ceinture, de sorte que Yusuf fasse le voyage avec nous. Et lorsque nous sommes allés au bowling, Francis a placé la boule par terre, et Yusuf a conduit le robot et a poussé la boule sur la piste », raconte Morten.
Récemment, lorsque les élèves ont donné un concert pour leurs parents, Yusuf a chanté avec eux grâce à Beam. 
Comme toujours, il reste avec ses amis. Lorsque l'alarme incendie s'est déclenchée, Yusuf s'est dirigé en roulant dans la cour de l'école, comme le reste des élèves.

Les deux développeurs du robot ont récemment entrepris l’étape suivante de son développement pour s'assurer que Beam est adapté aux enfants ayant d'autres besoins : ceux qui ne peuvent pas se rendre à l'école à cause de longues maladies, ceux qui souffrent d'anxiété ou de phobies ou bien ceux qui se sont simplement cassé la jambe.
« Les robots sont des modèles standards, il est donc important de les développer et de nous assurer que tous les enfants puissent en bénéficier. Nous nous intéressons aux défis auxquels sont confrontés les enfants et nous cherchons le moyen d’améliorer leurs conditions de vie », note Morten Jacobsen.

De retour en classe, les élèves sont occupés à chercher les petits papiers roses. Mais comme Yusuf ne peut voir que devant lui, ce n'est pas une tâche aisée pour lui. Yusuf fait partie des derniers à trouver le papier mais il n'en fait pas une histoire. Lorsque la cloche signale la récréation, le robot file vers la porte. « Si j'avais un peu plus de possibilités pour calibrer le robot, je désactiverais probablement YouTube et je réduirais sa vitesse », déclare en riant Morten Jacobsen.

 

Potentiel mondial

Morten Jacobson et Francis Nørgaard ont également été félicités pour leur travail sur un second robot appelé Zeno, décrit comme une marionnette électronique. Zeno est capable de répondre à des questions programmées dans le système, et il aide ainsi les élèves souffrant de troubles de l'attention à rester concentrés.

L'école publique de Yusuf est équipée de deux robots Beam, développés par Suitable Technologies, qui coûtent chacun 2000 et 4700 euros. Les prix dépendent normalement de la durée de vie de la batterie. Zeno, développé par Robokind, a coûté 5 400 euros. Les robots Beam et Zeno ont été financés par l'école et la municipalité de Frederiksberg.Les deux professeurs prévoient un grand essor à l’échelle mondiale de l'utilisation de robots dans les écoles, et ils souhaitent vivement partager leur expérience, parce qu'ils veulent que d'autres puissent en profiter.

« Nous sommes en contact avec SingularityUDenmark, une partie de la communauté d'apprentissage et d'innovation de SingularityUniversity, soutenant les start-ups qui essaient de trouver des solutions aux grands défis de notre époque. La branche danoise a ouvert récemment et nous discutons avec Kris Østergaard, le directeur de l'innovation et de l'apprentissage, pour savoir comment les synergies et le partage de savoir pourraient inspirer d'autres personnes », explique Morten Jacobsen.

Pendant la récréation, l'écran de Yusuf devient noir. Alors que Morten Jacobsen est en train de bricoler Beam, quelqu'un appelle depuis l'escalier. Yusuf a pris le contrôle de l'autre robot Beam, rangé dans la salle du personnel. 


« Il faut faire attention pendant la fête de Noël du personnel et vérifier qu'il ne se connecte pas soudainement », plaisante Morten, avant que Yusuf et lui ne se dirigent vers la classe pour retrouver les élèves.

 

www.mortenjacobsen.com

Mette Dalgaard, Politiken, Danemark