Des vies de femmes sauvées grâce au dépistage

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le 26.06.17 | 14h02 Réagissez

Des vies de femmes sauvées grâce au dépistage
zoom | © RZECZPOSPOLITA

« Souvent, les gens pensent que le cancer, tout particulièrement lorsqu’il touche les femmes, ne concernent que les générations les plus mûres, et que les jeunes malades ne sont que des exceptions isolées », regrette Ida Karpińska, à la tête du club Kwiat Kobiecości (littéralement, fleur de féminité).

C’est ce qu’elle pensait aussi avant d’être diagnostiquée d’un cancer du col de l’utérus. « J’avais 30 ans et travaillais comme graphiste chez un éditeur », se rappelle-t-elle. « Mais en fait, nous étions de nombreuses jeunes femmes à être atteintes ». La plus jeune n’avait que 16 ans.

Ida Karpińska a guéri car elle se faisait dépister régulièrement et la tumeur a pu être détectée assez tôt. Malheureusement, la plupart des Polonaises font l’impasse sur ces examens prophylactiques. Au regard de sa propre situation, cette négligence a grandement affectée Ida Karpińska quand elle en a pris conscience.

Les statistiques parlent pour elles-mêmes : bien que le gouvernement finance un examen prophylactique tous les trois ans, 80 % des femmes ne saisissent pas cette opportunité. La maladie est donc souvent découverte trop tard et la moitié des 10 femmes chez qui elle est détectée chaque jour meurent, selon l’Association polonaise d’oncologie.

Le Registre national du cancer déclare que la Pologne pâtit de taux de mortalité et de morbidité, avec une incidence de 3 000 personnes par an, parmi les plus élevés d’Europe. Le nombre de femmes mourant d’un cancer du col de l’utérus en Pologne est de 70 % supérieur à la moyenne de l‘Union européenne. En outre, les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pensent que 100 % des cas sont dus au papillome humain (VPH), déboulonnant l’idée que ce type de cancer est d’origine génétique.

« Les gens sont davantage informés sur le cancer du col de l’utérus que lorsque je l’ai eu : il y a 11 ans, presque personne n’en parlait. On ne mentionnait pas les maladies au-dessous de la taille. A l’époque, le grand sujet était les femmes subissant une mastectomie. Mon ambition est de fournir le même niveau d’accompagnement aux femmes souffrant d’un cancer des organes de reproduction », explique Ida Karpińska.

C’est ainsi qu’a débuté Kwiat Kobiecości, en 2006. L’organisation vise à sensibiliser les femmes sur le cancer du col de l’utérus et à aider celles qui ont du mal à y faire face. « Kwiat Kobiecości est un effet secondaire positif de ma maladie », plaisante Ida Karpińska. Outre une centaine de volontaires, le club compte six membres et deux sages-femmes à son siège de Bielany, à Varsovie, et des coordinateurs dans 16 antennes.

Le nombre de personnes impliquées dans l’organisation a beaucoup augmenté suite à une campagne publicitaire, et de plus en plus de femmes s’expriment sur la prévention du cancer. « Le pire est d’entendre qu’une patiente que nous aidions vient de perdre la bataille contre le cancer. Cela nous accable vraiment, nous regrettons de ne pas avoir pu l’atteindre avant que le cancer ne commence à se développer », confie Ida Karpińska. Une détection précoce garantit presque 100 % de réussite du traitement, ajoute-t-elle. Avec une prise en main rapide et une chirurgie peu invasive, ces femmes gardent une chance de pouvoir porter un bébé.

« La beauté dans la santé », la campagne d’Ida Karpińska la plus importante de ces huit dernières années, essaie de convaincre les femmes de consacrer un peu de temps pour un examen gynécologique par an. La campagne prévoit notamment des unités mobiles de dépistage – une idée brillante, car l’examen en lui-même ne prend que deux minutes, ce qui permet aux femmes de passer à l’improviste pour être dépistées, sans devoir prendre rendez-vous avec un médecin. Il n’est même pas nécessaire d’être couvert par une assurance. « Les unités mobiles ont examiné 308 femmes à Varsovie cette année. Une sur 10 avait une tumeur », déclare-t-elle.

Kwiat Kobiecości a également distribué, dans des magazines féminins et sur des sites internet, 4 700 bons pour des tests gynécologiques gratuits. « Nous suggérons d’aller se faire dépister le jour de son anniversaire, comme un cadeau à soi-même », explique Ida Karpińska.

Parmi les autres activités organisées par Kwiat Kobiecości, la campagne de la Saint Nicolas invite les femmes à rendre visite à des patientes hospitalisées pour un cancer gynécologique. « Il est très important de s’intéresser à ces malades. Malheureusement, certaines femmes traitées dans ces services hospitaliers ne reçoivent aucune visite. Nous leur apportons des produits de beauté, lotions, crèmes, lingettes... Car elles restent des femmes avant tout, et prendre soin d’elles-mêmes leur permet de se sentir mieux ».

L’organisation ne s’adresse pas qu’aux femmes avec un cancer du col de l’utérus, mais également à celles atteinte d’un cancer des ovaires. « Nous sommes occupées toute l’année, pas uniquement lors des campagnes, et nous sommes toujours là pour accompagner quiconque nous le demande. Nous travaillons avec des médecins, des psychologues et des sexologues. Ainsi, nous aidons les femmes de multiples manières ».

 

http://www.kwiatkobiecosci.pl/

 

 

Par Joanna Stawicka, Rzecpospolita, Pologne