Wadi: l’appareil solaire qui controle la purete de l’eau

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le 24.06.16 | 21h00 Réagissez

Stella Komuhuangi et son mari Bedius Aruhu habitent le sous-compté de Bukiro, dans le district Mbarara en Ouganda. Ils ont huit enfants, tous en âge d’aller à l’école.

Comme à beaucoup d’autres dans ce district, où arbustes et buissons sont rares, trouver assez de bois pour faire un feu prend énormément de temps à cette grande famille. Le feu ne leur sert pas qu’à cuisiner : il est essentiel à la stérilisation de l’eau qu’ils tirent des rivières, marécages et puits communs dans les alentours.

Lorsque l’Agence de Coopération et de Recherche pour le Développement (ACORD), s’est attelée à la tâche de palier le manque d’eau potable dans cette communauté, de grandes citernes ont été installées pour recueillir l’eau de pluie. Les citernes ont rempli leur rôle à la perfection, mais le problème du manque de combustible persistait. Le résultat : la population locale continuait de boire l’eau sans la stériliser, et les enfants en particulier souffraient régulièrement de diarrhée et d’autres maladies causées par l’eau non-pasteurisée.

« Ce n’est pas que nous ignorions que boire de l’eau qui n’a pas été bouillie est dangereux », assure Komuhangi. « Sans bois pour la rendre potable, nous n’avions pas d’autre choix. » ACORD s’est donc mise en quête d’un moyen d’épurer l’eau sans la faire bouillir ; c’est à cette fin qu’en septembre 2015, les premiers appareils WADI ont été livrés à cette communauté.

Commercialisé par la société autrichienne Helioz, WADI est un appareil de mesure des rayons Ultraviolets (UV), un type de radiation émis par le soleil qui détruit les agents pathogènes présents dans l’eau. L’engin, qui ressemble à une radio de poche ou un enregistreur, est capable de déterminer si l’eau dans une bouteille de plastique a été exposée suffisamment longtemps aux UV pour être devenue potable. Martin Wesian, l’inventeur autrichien de WADI, s’est intéressé au problème après  avoir frôlé la mort au Venezuela à cause du choléra.

Son appareil est facile à utiliser, peu couteux et pourrait servir de solution aux pénuries d’eau potable qui affectent les populations pauvres à travers le monde. « J’ai perdu 15 kilos en dix jours à cause du choléra et j’ai vu des gens en mourir autour de moi », confie-t-il. En dépit de l’accélération exponentielle du progrès technique, le manque d’accès à l’eau potable continue de tuer à travers le monde, et c’est précisément cette situation qu’Helioz tente d’améliorer. L’entreprise se concentre actuellement sur six pays, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Kenya, l’Inde, le Népal et le Pakistan, dans lesquels elle cherche à étendre l’accès à l’eau potable à travers des partenariats avec des organisations non-gouvernementales comme ACORD.

 

Le fonctionnement de WADI

Pour utiliser le WADI, il faut d’abord que l’eau soit stockée dans des bouteilles en PET, le plastique transparent dont sont faites la plupart des bouteilles d’eau minérale. Les bouteilles sont ensuite entreposées sur une table ou une étagère exposée au soleil. L’appareil est ensuite placé à proximité des bouteilles (un seul appareil suffit à contrôler 20 bouteilles, parfois même plus).

À mesure que les UVs frappent l’instrument et les bouteilles qui l’entourent, de petites barres comme celles qui indiquent le niveau de charge d’un téléphone portable commencent à apparaître sur l’écran du WADI. L’accumulation de quatre barres signifie que l’eau a été complètement désinfectée par le soleil. Les utilisateurs de WADI guettent  l’apparition d’un émoticône souriant qu’on surnomme kakyebezi (inspecteur), le signal visuel que l’eau est bonne à boire, à condition qu’elle soit conservée dans un conteneur propre et consommée sous deux jours.

Les usagers doivent cependant rester attentifs à la contamination chimique : les UVs détruisent les agents pathogènes biologiques tels que bactéries, virus et protozoaires, mais sont impuissants face aux éléments chimiques nocifs comme le manganèse et le plomb. Heureusement, l’eau provenant de puits, de sources, ou des citernes qui collectent l’eau de pluie n’est généralement pas polluée chimiquement.

« Ca fait quatre mois que j’utilise WADI et mes enfants ne tombent plus malades », se réjouit Komuhangi. « Je m’assure de traiter au moins sept litres d’eau par jour pour qu’il y en ait assez pour toute la famille, et les enfants emportent leurs bouteilles avec eux à l’école. » Elle a été formée à l’utilisation et l’entretien de l’appareil par ACORD, et dit n’éprouver aucune difficulté à l’utiliser.

« Je traite cinq litres par jour pour ma famille », estime Adrine Nuwagaba, qui habite la même localité. « Le manque de feu de bois est un gros problème ici, et puisqu’on a du mal à en trouver assez pour faire bouillir l’eau, les voisins qui n’ont pas de WADI  apportent aussi l’eau dont ils ont besoin pour la faire désinfecter. Avant, nous buvions l’eau de la citerne telle quelle », se souvient-t-elle.

Les bienfaits d’un système de traitement aussi simple vont bien au delà des considérations sanitaires : « les enfants ont le temps de lire maintenant », souligne un autre voisin. « Avant, ils passaient énormément de temps à chercher du bois, et maintenant l’eau a même meilleur goût ! Celle que nous faisions bouillir sentait parfois mauvais. »

Dunstan Ddamulira, le chargé de programme d’ACORD dans le Mbarara, dit que l’Agence avait déjà testé le traitement d’eau par ultraviolets dans le district de Kisoro, mais que le procédé avait été bien moins efficace. Ne disposant d’aucun instrument pour mesurer le degré d’exposition des bouteilles aux UVs, la population locale était forcée de laisser l’eau au soleil pendant des heures, sans pour autant être sûre que les agents pathogènes avaient bel et bien étés éliminés.

L’appareil WADI, qui est léger, imperméable et s’alimente à l’énergie solaire, coûte 52.000 Shillings ougandais, ou 15 dollars américains, mais n’est pas disponible sur le marché local et doit être import. él est garanti pendant deux ans et  n’est pas nocif  pour l‘environnement.

Environ 500 foyers sont munis d’un dispositif WADI en Ouganda, dont 300 sont éparpillés à travers les sous-comptés de Biharwe, Bukiro, Mwizi, Bubare, Rwanyamhembe et Rubaya qui font tous partie du district de Mbarara. Les 200 restants ont été déployés  dans le camp de réfugiés de Rwamwanja, dans le district de Kamwengye. ACORD est sur le point de lancer un programme d’expansion de deux ans qui devrait assurer l’accès à cet instrument novateur à 74 écoles et 500 foyers dans les mêmes régions, ce qui devrait populariser l’appareil et mobiliser des hommes d’affaires pour faciliter l’importation de ces engins et en augmenter la disponibilité, aux particuliers mais aussi aux institutionnels.

 

 

Par Alfred Tumushabe Daily Monitor (Ouganda)