Une laverie pour les sans-abris

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le 25.06.16 | 13h09

 
	L'«  Ithaca Laundry  », un van spécialement aménagé avec deux machines à laver, avec ses fondateurs Thanos Spiliopoulos et Fanis Tsonas (avec la barbe).
L'«  Ithaca Laundry  », un van...

Depuis quelques jours, les sans-abris d'Athènes peuvent retrouver leurs vêtements propres même s'ils n'ont pas de domicile. Une laverie mobile a fait son apparition dans les rues de la capitale grecque où les sans-abris peuvent laver et sécher leurs vêtements, et se sentir bien (quoique brièvement), leur donnant l'occasion de rechercher un avenir préférable avec de meilleures conditions.

 

Derrière cette idée innovante pour aider les personnes sans domicile à améliorer leur estime de soi et relever leur dignité, il y a une équipe de jeunes scientifiques, menée par Thanos Spiliopoulos et Fanis Tsonas, tous deux diplômés athéniens. La laverie est installée dans un van dans lequel deux machines à laver et autant de sécheuses ont été montées. L'équipe a nommé cette laverie mobile l'« Ithaca Laundry » car, comme ils le disent, ils veulent aider par leur action les sans-abris à redécouvrir leur « Ithaca », soit ce sentiment de découverte et de plénitude. « La propreté mène à la dignité et, par la suite, aux opportunités », voilà le leitmotiv de cette association à but non lucratif que Spiliopoulos et Tsonas ont créée pour concrétiser leur projet.

« Lorsqu'une personne sans domicile a l'opportunité de laver ses vêtements et être propre, elle se sent automatiquement mieux. Avant tout, vous améliorez son quotidien », explique Thanos Spiliopoulos, détenteur d'un diplôme du département de Science de la Gestion et Technologie de l'université d'Économie et Business d'Athènes. Spiliopoulos est à l'origine de l'« Ithaca Laundry », il en est aussi le responsable de son fonctionnement. « En offrant aux sans-abris l'opportunité de porter des vêtements propres, nous leur donnons un élan pour intégrer la société », ajoute le co-fondateur Fanis Tsonas, ingénieur en chimie diplômé de l'université nationale technique d'Athènes et responsable des aspects techniques de la laverie mobile.

J'ai rencontré les deux jeunes hommes de 23 ans quelques jours après la première sortie de la laverie sur roues dans Athènes, et leur enthousiasme était évident. « Nous avons attendu ce jour depuis longtemps », me confie Fanis. Thanos est à la fois satisfait et pudique lorsque je lui demande les premières réactions des sans-abris à la vue de l'« Ithaca Laundry », il répond que l'équipe leur offre quelque chose d'humain : « d'accord, ce n'est pas comme si nous leur fournissions une maison mais c'est vraiment bien de leur donner une chance de laver leurs vêtements et de leur offrir par la même occasion une tasse de café. »

Pendant que les deux hommes m'expliquent leur idée, ils opèrent une dernière vérification des lessiveuses et de l'équipement du van : ils ont prévu une nouvelle sortie de l'« Ithaca Laundry » pour cette nuit. Cette fois, ils vont garer leur véhicule en face du marché Varvakeio à l'endroit même où siège le projet municipal de la construction communautaire d'Athènes.

En ce qui concerne le cheminement qui a mené à leur idée, Thanos dit avoir remarqué des laveries mobiles pour les sans-abris opérer à San Francisco et en Australie dans des vieilles coupures de journaux. « Au même moment je pouvais voir qu'il y avait un gros problème avec l'itinérance en Grèce. Ainsi l'idée de créer un véhicule semblable à Athènes était née. »

 

Les bourses comme point de départ

La propreté et les sourires que la laverie mobile a apporté aux personnes sans domicile depuis un certain temps maintenant n'ont pas toujours existé. Comme l'expliquent Thanos Spiliopoulos et Fanis Tsonas, beaucoup de travail et de persévérance ont été nécessaires, alors que les bourses et subventions leur ont procurés un souffle considérable. Fin 2014, ils ont reçu une bourse de 10 000€ de la part du programme de l'Amitié GIU Angelopoulos-Clinton. « Cette somme nous a appuyé au lancement et nous a donné un élan psychologique pour le futur », se souvient Thanos. À l'époque, l'équipe commençait également à prendre forme. Fanis l'a rejointe ainsi que le graphiste, Andili Rahouti, qui est en charge de dessiner le logo et la marque. Aujourd'hui, l'équipe de l'« Ithaca Laundry » est composée de cinq personnes.

La fondation d'un partenariat sans but lucratif s'en est suivie et le van a été acheté au cours de l'été 2015. « C'était un van usé. Il nous a fallu beaucoup de travail pour le moduler dans sa forme actuelle », affirme Thanos Spiliopoulos. Les formalités de l'obtention du permis et des plaques d'immatriculation ont rapidement suivi.

Un soutien non-négligeable au projet de laverie mobile a été apporté (comme le groupe le souligne) par une subvention du réseau du Pôle Impact Athènes, pendant que l'équipement électrique a été fourni par la compagnie LG.

À l'automne 2015, l'équipe a commencé à déterminer les endroits de la capitale fréquentés par les sans-abris ou sur leurs lieux de passage, où elle pouvait stationner leur laverie. Elle a également contacté les services municipaux pour des suggestions. L'objectif d'« Ithaca Laundry » est de fonctionner sur un certain nombre de jours, spécifiques, de la semaine pour augmenter graduellement sa visibilité. L'activité sera maintenue avec l'assistance d'un groupe de volontaires : « Sept à huit personnes se sont déjà mobilisées, et nous avons déjà reçu une quarantaine de demandes de la part de nouvelles personnes qui souhaitent nous donner un coup de main », indique l'équipe. Les volontaires aideront à la collecte des vêtements, à leur transfert des lessiveuses aux sécheuses puis à les retourner à leurs propriétaires. Enfin, ils participeront à l'organisation générale de l'initiative.

 

Comment ça fonctionne

Le fonctionnement de la laverie mobile est simple : premièrement, l'équipe et les volontaires établissent le contact avec les bénéficiaires et collectent les vêtements pour eux. Ces vêtements sont ensuite automatiquement lavés dans les machines, séchés puis remis aux personnes. Tout ce processus dure deux heures. L'eau est captée depuis les parcs avoisinants ou d'autres points de la municipalité où stationne le van. La laverie mobile opère dans des endroits spécifiques, connus et distincts de la ville, et se déplace d'un point à un autre quotidiennement.

 

 

Manos Charalampakis, Ta Nea, Grèce