Une application taïwanaise offre un « mode d'emploi » aux jeunes parents

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le 27.06.16 | 13h19

Que dit bébé ? À Taïwan, une équipe a développé une application qui indique aux parents quand leur bambin a faim, tombe sous la fatigue, a mal ou encore quand il a besoin d'une nouvelle couche.

 

Au bout de trois ans d'études, des chercheurs ont compilé près de 300 000 sons sortis des bouches de cent nouveaux-nés à l'antenne du Centre Hospitalier National de Taïwan située dans le comté de Yunlin. Ils ont élaboré une application smartphone nommée Infant Crying Translator (Le Traducteur des Pleurs du Nourrisson), un programme basé sur le nuage numérique, capable de décoder les pleurs d'un nouveau-né, du jour de sa naissance à ses six mois.

Il suffit de quinze secondes. Appuyez sur « Enregistrer » dans l'application et un extrait des pleurs du bébé est téléchargé dans la base de données du nuage numérique. Le fichier est rapidement comparé dans une bibliothèque audio puis un verdict s'affiche sur l'écran. Après avoir remporté un prix d'innovation de la part du gouvernement de Taïwan en 2014, Infant Crying Translator a conquis quelque 10 000 utilisateurs dans le monde depuis son lancement en 2015.

 

DE PLUS EN PLUS PRÉCIS

L'application n'est pas parfaite, mais les résultats s'améliorent avec le temps. D'après les retours des utilisateurs, la précision atteint 92% en ce qui concerne les nourrissons de moins de deux semaines. Pour les bébés de moins de deux mois, l'application a éprouvé certaines difficultés mais peut se prévaloir aujourd'hui d'un taux de réussite de 85%. Jusqu'à quatre mois, le taux est de 77%, et cela va en s'améliorant.

« Lorsque nous avons lancé l'application, celle-ci n'était pas particulièrement précise pour les bébés de moins de deux semaines. La base de données ne reposait alors que sur des cris nouveaux-nés que nous avions récoltés de la maternité d'un seul hôpital », explique Chuan-Yu Chang (張傳育), un responsable de l'équipe de chercheurs.

« Dorénavant, cette base de données dispose de bien plus de fichiers sonores envoyés par les utilisateurs, et cela a le potentiel de créer des appréciations bien meilleures pour une bonne partie des tranches d'âge. » De plus, un algorithme à apprentissage statistique permet aux parents de personnaliser l'application pour leur bébé.

« À partir des particularités propres à chaque nourrisson, le nuage de données bâtira des modèles de données uniques qui amélioreront le taux de reconnaissance », ajoute-t-il.

           

TAUX DE NATALITÉ EN CRISE DANS UN PAYS HIGH TECH

Chang vient de Taïwan, une île high-tech où sont assemblés les éléments d’outils de l'information et de la communication à la pointe de la technologie. C'est aussi l'un des territoires au taux de natalité parmi les plus faibles du monde, un état de fait à mettre sur le compte du coût de la vie extrêmement élevé, qui fait passer les carrières avant tout projet de bébé.

Le Département de Référence de la Population a indiqué qu'en 2015 à Taïwan, le taux de fertilité (le nombre moyen d'enfants qu'une femme mettra au monde durant sa période de procréation) était de 1,2 contre 2,5 de moyenne mondiale et 2,2 en Asie. Même les mesures prises par les autorités taïwanaises comme des subventions à la garde d'enfants et la gratuité des garderies ont eu des effets modestes.

Chang et son équipe à l'Université des Sciences et Technologies de Yunlin espèrent que la traduction infantile puisse jouer un rôle dans le renversement de ce déclin, déclaré affaire de sécurité nationale par le désormais ex-président taïwanais Ma Ying-jeou. « Il y a de nombreuses façons de mettre en pratique notre programme de sorte qu'il soit encore plus utile aux parents », affirme Chang.

Les concepteurs travaillent avec le gouvernement à intégrer le traducteur pour bébé sur une série de téléphones portables pour les femmes enceintes, afin de lutter contre les craintes de la parentalité. Ils collaborent également avec un des leaders parmi les équipementiers taïwanais sur un appareil de chevet qui permet aux parents de surveiller leur enfant à distance.

            Le dispositif, dont la sortie est prévue cet été, est équipé d'un microphone intégré capable de détecter les pleurs et les transférer directement vers le logiciel de traduction. Les parents sont ainsi à même d'intervenir avec une compréhension précise de ce dont l'enfant a besoin. « Même si les parents sont occupés et ne peuvent pas aller voir leur bébé, ils savent au moins ce qu'il est en train de faire », estime Chang.

 

BÉBÉS SANS FRONTIÈRES

Chang révèle une découverte surprenante pendant le développement de l'application : les bébés nés dans des pays différents balbutient sensiblement pareil, tout du moins dans les premiers instants de leur vie. Selon lui, «les nouveaux-nés de différentes nationalités pleurent quasiment de la même façon », ajoutant que cela valait aussi bien pour les filles que pour les garçons.

L'équipe de Chang est convaincue du potentiel d'un « lecteur bébé » sur les marchés taïwanais et mondiaux. Il existe dans le monde des parents si experts qu'ils peuvent, même dans un mauvais jour, mieux décrypter leur progéniture que l'application.

Mais pour les primo parents de toute nationalité, l'application peut être à même d'offrir clarté et soulagement lorsqu'ils font face à leur chérubin inconsolable. « Par ma propre expérience de père, je sais que quand le bébé pleure, il arrive que les parents eux-mêmes aient envie de se mettre à pleurer », témoigne Chang. « Les humains ont des émotions et font des erreurs. L'application ne devient pas nerveuse. Elle lit simplement les résultats. »



 

Enru Lin, The China Post, Taïwan