Un simple calcul et plus jamais de grossesses précoces et non désirées

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le 24.06.16 | 21h00 Réagissez

Dans la salle d’attente du centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Louis, un quartier du 1er arrondissement de Libreville, sur de longues banquettes en bois, de jeunes filles, enceintes, sont assises côte à côte.

 

Toutes sont élèves.  Leur âge varie entre 14 et 25 ans. Elles attendent leur tour pour la visite prénatale. D’autres à l’autre bout, bercent leurs nourrissons. La salle, elle, semble ne pas désemplir.

La plus jeune, Ndossy, 16 ans, est en classe de terminale. Ses études, perturbées par sa grossesse, étaient son projet de vie. Cette situation a déteint sur l’ambiance familiale. « Ma mère est déçue, et parfois elle ne m’adresse pas la parole. C’est dur ! », a-t-elle confié.Comment en est-elle arrivée là ? « Je ne connais pas très bien calculer mon cycle et j’ai eu peur de me faire avorter », ajoute-t-elle. En dehors du préservatif elle a eu peu d’information sur les méthodes contraceptives. Elle n’a jamais entendu parler du Calculateur28. Les autres futures filles mères avouent, elles aussi, ne pas connaître cet outil.

Ginette Anvane, sage-femme, et ses collègues sont surprises d’apprendre que les jeunes filles ne connaissent pas l’instrument de Paul Franck Indjendjet Gondjout. Elles affirment avoir introduit le Calculateur28 lors des campagnes menées sur la santé de la mère et de l’enfant, à la demande du Directeur régional de la Santé (DRS) de Libreville et Owendo, Antoine Ndzenghe Yengua. L’avis du haut fonctionnaire sur le Calculateur28 est sans équivoque : « C’est un outil qui vient en appui aux méthodes contraceptives déjà en place et qui est facile à utiliser ».

 

Innovation pour le suivi du cycle menstruel

Le Calculateur 28 est mis au point en 2009 par Paul Franck Indjendjet Gondjout. « Il s’agit d’un procédé qui aide les jeunes filles à calculer correctement leur cycle afin d’éviter les grossesses non désirées et les avortements clandestins », dit-il.

Il se compose de deux modèles : une règle physique appelée « CAL 28 », mixte et universelle, et une application « sms » appelée « LOG 28 » qui permet d’envoyer une requête « sms » sous forme de message texte.

Le CAL 28 donne à son utilisateur des informations précises sur le cycle menstruel. « Un sms contenant la dernière date des règles est envoyé, de suite vous recevez un sms contenant : la date des prochaines menstrues, la date d’ovulation, et la période d’ovulation » explique le concepteur. Paul Franck Indjendjet Gondjout ajoute que « la base est la date d’arrivée des dernières menstrues via la règle physique CAL 28 ou son application sms ».

 

Planificateur à usage mixte

La simplicité de cette invention la rend accessible aux couples qui désirent concevoir en assurant, au mieux, l’espacement des naissances. Le Calculateur 28 participe ainsi à l’élaboration et à la gestion du planning familial. Ses deux modèles sont d’usage mixte : ils peuvent être utilisés aussi bien par les hommes que par les femmes.

Séraphine Memine Me Zué, du Programme Education au Bureau de L’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture)à Libreville confirme : « Le Calculateur 28 est un bon outil pédagogique pour éviter les grossesses précoces et de contrôler les naissances dans le couple. Nous avons constaté, lors des campagnes, l’engouement des jeunes filles et même des garçons souvent moins impliqués lorsque survient une grossesse. La règle peut être emportée partout, et en même temps l’application sms permet d’avoir à tout moment une réponse pour sécuriser son rapport sexuel ».

 

A la conquête de l’Afrique

C’est au Sénégal, en 2009, que l’application a d’abord été lancée, du fait que le concepteur y était installé. Puis, en 2012, elle a été expérimentée au Gabon, avec des résultats mitigés. Au Cameroun et au Rwanda, le projet a connu un franc succès en septembre 2014. Ainsi, pour résorber le taux de grossesses non désirées, le Cameroun a inclus ce processus dans son programme de santé en partenariat avec Newtech Afrik.

« Cet outil est pris en charge par la Santé publique et l’Education nationale. Le numéro 8198, accessible quel que soit l’opérateur, permet d’obtenir des informations sur l’application », explique Paul Franck. Des campagnes de sensibilisation, menées en partenariat avec le système des Nations Unies, sont effectuées dans les écoles pour vulgariser cette application. Le CAL28 vient d’être introduit au Burkina Faso. D’autres pays sont en prospection.

Pour Paul Frank Indjendjet Gondjout, l’introduction de cette méthode, pourtant saluée par les organismes des Nations Unies comme l’OMS (Organisation mondiale pour la santé), tâtonne au Gabon. « Nous allons continuer les plaidoyers avec les opérateurs de téléphonie et le ministère de la Santé ainsi que les Nations unies pour permettre que cet outil soit distribué gratuitement, notamment en milieu rural. Notre souhait est qu’il soit distribué comme kit lors de toute inscription dans les établissements scolaires », a-t-il conclu.

 

 

Par Katucia Dickobou & Sophie Beuve-Méry, Echos du Nord, Gabon
 
 
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