Technologies du futur : un test express pour tout diagnostiquer

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le 03.07.16 | 12h22 Réagissez

Des chercheurs de Belgorod, en Russie, développent une technologie rendant possible un diagnostic rapide et peu coûteux de diverses maladies et pathologies.

Le docteur en pharmacologie Mikhaïl Pokrovskiï, 56 ans, est venu s’installer à Belgorod depuis sa ville natale de Sotchi en 2011, sur une invitation de l’université régionale, qui ouvrait alors un centre de recherche clinique. Aujourd’hui, le laboratoire qu’il dirige compte 35 chercheurs et est reconnu comme étant un des meilleurs du pays. Le laboratoire travaille notamment à élaborer de nouvelles techniques de production de médicaments, telle la fabrication d’anticorps monoclonaux, selon une technique découverte par le biochimiste argentin César Milstein et son collègue allemand Georges Köhler, Prix Nobel de médecine 1984.

Mikhaïl Pokrovskiï et son équipe recréent des anticorps monoclonaux, ces protéines complexes utilisées par le système immunitaire pour détecter et neutraliser les agents pathogènes. « Imaginez une personne atteinte d’un cancer, explique M. Pokrovskiï. Son organisme produit des anticorps afin de combattre la maladie, mais leur quantité est insuffisante. Si la science parvenait à reproduire des anticorps identiques, on pourrait les injecter dans le corps malade afin de réparer les cellules cancéreuses. » Mais si le principe est aussi simple, pourquoi le remède anti-cancer n’existe-t-il toujours pas ?

Selon le professeur Pokrovskiï, la difficulté principale est liée au processus très complexe de la fabrication des substances contenant ces anticorps monoclonaux. « Dans le monde entier, les médecins n’en sont qu’aux débuts des recherches en la matière, explique-t-il. Nous ne sommes encore qu’à l’orée d’une voie certes très prometteuse, mais aussi très longue. » Actuellement, dans le monde, la part des médicaments fabriqués à base d’anticorps monoclonaux ne dépasse pas les 3%.

En juin 2015, le laboratoire de docteur Pokrovskiï a reçu un financement de l’État russe pour la création d’un centre d’ingénierie biologique. Le premier objet des recherches du nouveau centre a correspondu à une demande des vétérinaires de la région de Belgorod : un test de grossesse pour les vaches.

Dans l’industrie laitière, les vaches doivent être inséminées tous les ans pour garantir une production de lait régulière. La seule région de Belgorod compte près de 100 000 bêtes, et la Russie entière, plus de trois millions. Les méthodes existantes permettent de déceler la grossesse chez les vaches au bout de deux mois. Or, les fermiers voudraient savoir le plus tôt possible si les bêtes sont pleines, afin, en cas d’échec, de reproduire la tentative rapidement. On sait que près d’un tiers des femelles ne sont pas fécondées du premier coup, ce qui entraîne les pertes pour les producteurs.

En seulement dix mois, les chercheurs de Belgorod ont élaboré un test fiable et rapide, basé sur la technologie des anticorps monoclonaux. « Nous avons sélectionné des protéines de placenta de vache et les avons multipliées en laboratoire, explique Alexandre Koulik, responsable de la recherche sur les anticorps monoclonaux.Puis, nous avons utilisé la substance obtenue pour fabriquer une bandelette. Il suffit d’y déposer une goutte de sang d’une vache pour voir si elle est pleine : la bandelette change de couleur si le sang contient des protéines de placenta. »

À l’image d’un test de grossesse pour les femmes, ce dispositif permet aux vétérinaires de déceler une grossesse éventuelle dès quinze jours après l’insémination de la vache.

« D’autres pays possèdent des systèmes de diagnostic similaires, mais qui sont effectués sur du lait, et nécessitent d’attendre plus longtemps     après l’insémination, poursuit Alexandre Koulik. De plus, notre test est « express » : une fois effectué, il donne un résultat en seulement cinq minutes. C’est une invention qui permettra d’augmenter sensiblement l’efficacité de la production laitière. » Début 2016, le test a été soumis à de premiers essais dans la coopérative régionale Gorina, et ils ont été concluants. Le produit doit être commercialisé avant la fin de l’année, pour un prix allant de 200 à 300 roubles (2,70 à 4 euros environ) l’échantillon.

À partir de cette même technologie des anticorps monoclonaux et toujours à destination des éleveurs de bétail, Mikhaïl Pokrovskiï et son équipe ont élaboré également une gamme de tests permettant de diagnostiquer la tuberculose, la tularémie et la leucose chez les vaches, ainsi que la peste africaine chez les porcs. « Bien sûr, toutes ces maladies peuvent être diagnostiquées grâce à des méthodes in vitro traditionnelles, précise le chercheur, mais notre diagnostic express permet d’économiser du temps et des ressources – alors pourquoi s’en priver ? » À en croire Mikhaïl Pokrovskiï, ces produits innovants pourraient couvrir 60 à 70% des besoins en tests vétérinaires express en Russie.

À quand des tests permettant de diagnostiquer des maladies humaines ? Selon M. Pokrovskiï, ce n’est qu’une question de temps. « Actuellement, il n’existe nulle part au monde de moyen de détecter le cancer ou la maladie d’Alzheimer de façon instantanée, explique le chercheur, mais les technologies sont là. Nous y travaillons, aussi bien que d’autres chercheurs, et le nombre de tests et de médicaments à base d’anticorps monoclonaux ne va cesser d’augmenter dans l’avenir. Nous maîtrisons déjà les mécanismes d’action pour les médicaments du futur », conclut-il.

 

Rusina Shikhatova, Le Courrier de Russie, Moscou, Russie
 
 
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