Sauver les femmes des compliactions post-natales

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le 24.06.16 | 21h00

Après un accouchement, une femme peut saigner jusqu'à la mort en seulement deux heures, et même plus rapidement.

 

En zone rurale, où les hôpitaux peuvent être à plusieurs jours de transport, inactifs voire sous-équipés, cela laisse très peu d'espoir aux femmes souffrant d’hémorragies , la plus grande cause de mortalité maternelle. Une femme meurt toutes les quatre minutes dans le monde de complications post-natales – beaucoup décèdent dans l'attente d'un traitement adéquat. Beaucoup meurent sans même savoir qu'elles sont mourantes.

Pour toute mère qui meurt victime de décès post-natal, on dénombre 30 femmes qui souffrent de leur grossesse ou de complications liées à la naissance (nommées morbidité maternelle).

Cela va d'affections à vie, qui peuvent être dangereuses et peuvent mettre en péril la santé de la femme, sa productivité, sa qualité de vie, l'équilibre de la famille, son entourage et sa capacité à participer à la vie de la communauté. Le décès maternel et l'infirmité signifient des difficultés et une perte de productivité pour les familles, les communautés et les nations. Le problème est une telle préoccupation qu'en 2000, les leaders mondiaux ont décidé que l'amélioration de la santé maternelle devait être un des huit Objectifs du Développement pour le Millénaire (ODM) pour la communauté internationale. Le Bangladesh a travaillé dur pour atteindre ce but.

Ces dernières années, le Bangladesh a vu son taux de mortalité maternelle (les décès liés à la grossesse et aux complications en lien avec les naissances) chuter de 40%. Un résultat qui mériterait d'être célébré : des études ont montré que le TMM (taux de mortalité maternelle) est tombé de 322 morts pour 100 000 naissances de 1998 à 2001 à 194 morts pour 100 000 naissances de 2007 à 2010, soit une baisse de 5,6% par an. Ce taux en baisse est légèrement supérieur à celui requis (5,5%) pour atteindre la cible de l'ODM entre 1990 et 2015.

Même avec cette chute drastique et satisfaisante, il y a toujours des mères à haut-risque. Cependant, certaines technologies en devenir sont en cours de recherche et de tests pour prévenir ces morts évitables. L'une d'entre elles est le Non-Pneumatic Anti-Shock Garment (NASG, pour Vêtement non-pneumatique anti-choc), un produit de faible technologie et de premiers soins qui peut être placé sur les femmes victimes d'hémorragie. Cet objet réduit les pertes sanguines, rétablit les femmes après un choc et les maintient en vie pendant leur trajet à l'hôpital ou lors de l'attente des soins.

Le NASG, appelé aussi LifeWrap, est composé de néoprène et de Velcro, et ressemble à la moitié inférieure d'une combinaison de plongée, coupée en tranches. Ce matériel sans faille aide les femmes à survivre aux retards en rapport aux transports à l'hôpital, mais aussi dans l'application des traitements dont elles ont besoin. Il peut être appliqué par n'importe qui après une formation simple et rapide. Il a été utilisé à ce jour par 10 000 femmes de 33 pays.

Le NASG a été présenté au sein du Safe Motherhood Program (Programme pour une Maternité Sécurisée),fondé par le Professeur Suellen Miller, de l'université de Californie à San Francisco. Le Professeur Suellen Miller est un expert reconnu au niveau mondial sur la santé maternelle internationale et a mis en place les études du NASG. Elle a été chercheur principal des essais cliniques du NASG en Égypte, Nigeria, Zambie et Zimbabwe et a mené l'implantation de tous les projets internationaux de Safe Motherhood en Bolivie, Cambodge, République Dominicaine, Inde, Mexique, Niger, Pérou, Tibet, Vietnam parmi d'autres pays.

« Nous avons débuté le Safe Motherhood Program à l'université de Californie en 2002. À l'époque, il n'y avait aucun progrès dans la lutte contre la mortalité maternelle dans les pays à faibles ressources. Malgré l'attention portée sur le problème des décès superflus, ces derniers ne s'arrêtaient pas. Nous avons commencé le programme afin de développer de nouvelles méthodes et technologies pour prendre l'habitude de surmonter les énormes barrières à la sécurité des femmes lorsqu'elles rencontraient des complications lors de leur grossesse ou à la naissance, et pour prévenir ces complications dès que possible », précise le Professeur Miller.

Après une formation accessible, tout un chacun peut sauver une vie simplement en installant le vêtement sur une femme en hémorragie. Elle peut être transportée en sûreté à l'hôpital pour recevoir les soins obstétriques d'urgence, mais seulement lorsque son saignement est sous contrôle. Le NASG est léger, flexible et confortable pour celle qui le porte. Il n'est pas nécessaire d'être retiré pour tous massages utérins, examens ou procédures vaginales, la partie abdominale devant être ouverte seulement lors de toute chirurgie abdominale. En portant ce vêtement, une patiente recouvre rapidement ses signaux vitaux et reprend conscience.

Le Safe Motherhood Program sauve nombre de vies dans les pays en développement. La mortalité maternelle étant l'une des principales causes de mortalité dans une majorité de pays du Tiers-Monde, ce programme peut aider à restaurer le bien-être d'une nation entière. Le programme a des projets d'expansions futures, idéalement destiné à devenir leader dans le soin post-natal pour les mères du monde entier. « Il existe dorénavant des programmes et projets comprenant le LifeWrap/NASG dans près de 30 pays de chaque région. Nous travaillons avec tous ceux qui souhaitent inclure le LifeWrap dans leurs programmes de santé maternelle.  Nous invitons les personnes intéressées à nous contacter pour discuter des plans de formation et d'implantation de Safe Motherhood dans leurs pays», conclut le Professeur Miller.

 

 

Naziba Basher, Daily Star, Bangladesh