Salt: la lampe qui veut illuminer les Philippines avec du sel

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le 25.06.16 | 12h22 Réagissez

Tout a commencé avec l’idée d’utiliser un bien disponible au plus grand nombre pour apporter la lumière aux communautés sans électricité aux Philippines.

 

C’est au cours d’un voyage d’immersion avec une tribu de la province septentrionale de Kalinga, qu’Aisa Mijeno a eu l’idée de la lampe Sustainable Alternative Lighting, ou SALt (Sustainable Alternative Lighting signifie en français Alternative d’Éclairage Durable)

« J’ai appris que  ceux qui n’ont pas accès à l’électricité utilisent des lampes à kérosène comme principale source d’éclairage », dit l’inventrice, ajoutant que les membres de la tribu devaient  descendre tous les deux jours de la montagne où ils habitaient pour racheter le carburant nécessaire à leur éclairage.

« C’est de là que m’est venue l’inspiration pour la lampe SALt, puisque le sel est abondant et se trouve dans pratiquement chaque foyer aux Philippines, » se souvient-elle.

Plus de quatre ans plus tard, Mijeno était sur scène, en compagnie du président américain Barack Obama et de l’entrepreneur chinois Jack Ma, pour présenter son invention pendant un sommet de la coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) tenu à Manille.

« J’avais vraiment le trac: je savais que je représentais toute la communauté des startups locales, et je me suis même rendue compte plus tard que je représentais les Philippines dans leur ensemble, et qu’il fallait donc que je fasse très attention à toutes mes réponses », se rappelle-t-elle.

Elle dit que l’invitation à rejoindre Obama et Ma, le fondateur et directeur général d’Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne, a été une surprise totale. Mijeno, son frère Raphael, co-fondateur de SALt, et le reste de leur équipe étaient censés participer à un sommet de l’APEC pour les petites et moyennes entreprises. En chemin, Mijeno a reçu un appel de quelqu’un qui travaillait à la Maison Blanche et qui les invitait à participer à un panel de discussion modéré par Obama.

« La première émotion que j’ai ressentie, et qui, pour être honnête, m’a saisi tout au long de cet appel, était la peur—j’était terrifiée à l’idée que nous puissions ne pas être prêts pour le genre de notoriété qu’un tel événement allait sans doute nous apporter, et la pression que cette notoriété mettrait sur nos épaules », confie Mijeno. « Mais c’était le genre d’opportunité qui n’arrive qu’une seule fois dans la vie, et mon frère m’a poussée à accepter l’invitation. »

Au cours de la discussion, elle a expliqué le concept de la lampe SALt,, une solution saline pour alimenter des lampes à diodes électroluminescentes (LED), ainsi qu’un port USB capable de charger les Smartphones.

Durant son discours, elle a fait allusion à « l’impact énorme que nous pourrons avoir lorsque nous passerons à la production de masse de cette technologie ». « Imaginez seulement », a-t-elle alors demandé au public, « si nous étions capables d’éclairer une île toute entière en utilisant seulement l’eau de mer. »

La présentation de la jeune ingénieure, entrepreneuse, et professeure à mi-temps à l’université De La Salle à Lipa dans le Batangas, a fait forte impression sur Obama, qui modérait le débat juste après avoir assisté au sommet des directeurs généraux des entreprises des pays de l’APEC. 

« Je pense que Aisa est un parfait exemple de ce qu’on voit maintenant dans beaucoup de pays : des jeunes entrepreneurs qui inventent des technologies qui permettent de passer d’un seul bond à l’énergie renouvelable. » a alors dit le Président américain.

 

La lampe SALt

Mijeno dit que l’objectif principal de la lampe SALt est d’apporter l’éclairage aux communautés rurales du pays, et leur donner une alternative aux lampes à kérosène.

« Les lampes à kérosène sont partout parce que c’est un système qui est enseigné de génération en génération : c’est probablement la raison principale de la survie de cette méthode d’éclairage. SALt fonctionne de la même manière, sauf qu’au lieu de remplir la lampe de kérosène, on la remplit d’eau de mer ; et qu’au lieu d’utiliser des allumettes, on appuie simplement sur un interrupteur pour allumer la lampe », explique-t-elle.

Le prototype de lampe a été affiné en 2014 lorsque Mijeno et son équipe ont rejoint Ideaspace, un incubateur de startups local qui sélectionne et finance les projets prometteurs.

La lampe SALt utilise le même principe que la cellulle galvanique : elle tire son énergie de la réaction chimique exploitée dans toutes les piles conventionnelles, sauf qu’en lieu et place d’électrolytes, SALt utilise une solution saline non-toxique qui rend le processus entier complètement sans danger.

« Il y a plus de 7 000 îles dans les Philippines  et la plupart d’entre-elles n’ont pas accès à l’électricité. Nous voulons permettre à tous les habitants de ces îles de garder l’argent qu’ils dépensent en achat de kérosène et de piles», déclare le site internet de la startup.

Mijeno assure que le schéma de la lampe est en constante évolution et qu’ils cherchent à la rendre encore plus économe. « Nous travaillons en ce moment sur de nouvelles unités que nous allons tester sur le terrain. Nous voulons en tirer toutes les leçons possibles pour peaufiner la conception de la lampe, son système d’alimentation,  et ses fonctionnalités de façon à améliorer le produit un maximum avant de passer à la production de masse ; mais nous travaillons aussi au premier lot pour la distribution », explique l’inventrice. « Actuellement, nous avons établi un partenariat avec un fabricant local, et nous collaborons étroitement avec leurs ingénieurs », poursuit-elle.

L’entreprise a également lancé une série d’activités sociales dans le but de fournir ses lampes à des communautés sans accès à l’électricité. Une des communautés qui profiteront de ces programmes est celle de Buscalan, dans le Kalinga, la province où tout a commencé.

« Nous prévoyons de nous concentrer sur la recherche et le développement pour créer plus d’innovations qui permettraient aux personnes les plus démunies de se hisser hors de la pauvreté. » révèle Mijeno.

Pour sa société, et tant d’autres startups comme la sienne, tout a commencé avec une fulgurance. La différence, c’est que SALt cherche d’abord à fournir à ceux qui en ont le plus besoin, la lumière qui pourrait les guider vers la prospérité.

 

Jan Victor Mateo pour le Philippine Star
 
 
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