PLASTICYCLE ALGÉRIE : Rien ne se perd…tout se transforme

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le 25.06.16 | 11h41

Elle voulait  devenir chercheuse. Mais Besma Belbedjaoui a pris un virage à 360 degrés. Cap sur la filière du recyclage du plastique. Sa voie est désormais tracée dans le développement durable. L’usine Plasticycle Algérie est ainsi née.

 

C’est dans la petite localité d’Ibn Zyad, une trentaine de km au nord- est de Constantine que nous avons rencontré cette jeune chef d’entreprise sur son lieu de travail. L’unité de recyclage est modeste mais la volonté d’en faire un levier économique à long terme est fort palpable dans l’enthousiasme et le discours de la patronne des lieux.

« Je fais du recyclage et de la valorisation des déchets urbains et industriels, du plastique transparent, issu des bouteilles d’eau et de jus. Mon travail consiste à la broyer, nettoyer et sécher pour obtenir des paillettes  de PET (polyéthylène téréphtalate) qui serviront uniquement à la fabrication du textile, fibre non tissée, à l’exemple de la ouate, ou des emballages d’œufs et de lessive», nous expliquera notre interlocutrice.

Il fallait réfléchir à un projet dans un créneau innovant. « Je voulais un projet à double dimension sociétale et industrielle. Et c’est comme ça que j’ai opté pour le recyclage », confiera-elle. Aujourd’hui, la jeune entrepreneure a les mains dans les PET. Des granulés générés par le recyclage de plastique transparent et qui sont réintroduits dans le circuit industriel. Un schéma économique, censé débarrasser l’environnement d’un matériau qui met plus de 100 ans pour se dégrader, en le réinjectant proprement dans le même circuit.

« Ce n’était pas une sinécure. Entre la date de mon dépôt de dossier auprès de l’Ansej (dispositif public d’aide à l’emploi des jeunes) en 2010 et l’octroi du crédit, trois ans se sont écoulées », rappellera  notre  vis-à-vis. Son processus ne trie pas les déchets ni les déchiquette. Sa matière première est constituée de PET primaires qui peuvent se recycler autant de fois sans perdre sa qualité. Les PET sont ainsi broyés, réduits en petit morceaux grâce à des lames.

Ce qui abouti à la formation d’une granulométrie homogène du plastique. Le plastique passe ensuite dans une laveuse où des pales remuent l’eau pour  maintenir en immersion la matière et la débarrasser des éventuelles impuretés. La phase suivante consiste en le séchage dans une centrifugeuse. Une fois déchiquetée, lavée et séchée, la matière plastique est stockée dans un grand silo où elle est mélangée par un procédé mécanique jusqu’à ce que le matériau soit homogène.

Et vient enfin la granulation. Comme tout procédé  chimique, il en résulte des déchets dont il faut se débarrasser tout en respectant l’environnement autant qu’il est faisable. Dans ce cas, l’eau qui est utilisée contient de la soude caustique (NaOh), à PH très élevé. La déverser dans la nature en l’état est très préjudiciable. Le procédé de la décantation en est le meilleur remède sauf qu’il est très onéreux. A plasticycle, on traite cette eau avec de l’acide afin de rendre son PH neutre et pouvoir l’évacuer, l’esprit tranquille, puisqu’elle est dépourvue de son actif polluant.

 

À l’épreuve du terrain

Dans ses prévisions, l’unité devrait produire 300kg de granulés PET/h et 1,2 tonnes par jour. Mais aujourd’hui, on en est bien loin. Faire tourner les machines à plein régime, quotidiennement, relève de l’impossible. La matière première, aussi inattendu soit-il, n’est pas autant disponible. Dans un pays où il est récolté plus de 16 millions de tonnes de déchets domestiques par an, le plastique devient-il  un produit rare ? « J’ai d’énormes difficultés à m’approvisionner en matière première », dira la concernée.

Leur collecte s’effectue exclusivement par des particuliers en toute informalité. «  Nous sommes à la merci des collecteurs qui décident et imposent  leurs prix ». Et le secteur n’est pas à l’abri de la spéculation. L’Agence nationale des déchets (AND) a mis en place une bourse du déchet pour tendre une perche aux recycleurs. Ces derniers peuvent ainsi s’approvisionner auprès des centres techniques d’enfouissement (CET).

« Les déchets doivent être cédées gratuitement et le recycleur rémunéré pour ce service » regrettera t-elle en évoquant un texte de loi en la matière. « J’ai failli, à plusieurs reprises, baisser les bras parce qu’entre la cherté du déchet et les difficultés à vendre le produit fini, mes finances sont souvent au rouge », avoue-elle. Et de se séparer, la mort dans l’âme, de deux de ses quatre employés, ultime moyen de sauver les meubles. « Incessamment, je changerai de produit, j’abandonnerai le PET au profit du PP (polypropène), du film plastique, mieux coté sur le marché». Une autre manche a été remportée par Besma Belbedjaoui.

 

 

Facebook : https://www.facebook.com/PlasticycleAlgerie/?fref=ts

Site web : http://www.plasticycle-dz.com/

 

 

Naïma Djekhar (El watan)