Honduras : Le papier de l’espoir

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le 24.06.16 | 21h00 Réagissez

A Tegucigalpa, la capitale du Honduras, l’association Arca de Esperanzas (l’Arche des Espoirs) forme un groupe de jeunes dont les difficultés d’apprentissage les ont exclus de la vie en société. En leur apprenant à fabriquer et à recycler du papier, l’association leur permet d’être autonomes et de surmonter la stigmatisation.

 

Il est huit heures et demie du matin a Tegucigalpa, lorsque sonne la cloche du lundi : celle qui marque la fin du weekend et le début d’une nouvelle semaine de cours pour un groupe de jeunes élèves honduriens. Ils discutent avec leur enseignant de ce qu’ils ont fait de leurs deux jours de congé, en compagnie de qui ils les ont passés, comment ils se sont sentis. Certains sont enthousiastes, d’autres le sont moins.

 

On passe ensuite à un exercice de langue : identifier la lettre « A ». La voyelle se trouve dans les prénoms d’une bonne partie des élèves, qui sont fiers de montrer qu’ils savent la reconnaître facilement. D’autres ont encore du mal, et la cherchent en vain, sourcils froncés.

 

Il ne s’agit pas d’une classe de C.P. mais de la première leçon de la semaine à Arca de Esperanzas  (« l’Arche des Espoirs »), une association hondurienne qui cherche à intégrer des jeunes gens dont les difficultés d’apprentissage les ont exclus de la vie active et en ont fait des parias. Ces jeunes participent à un atelier appelé « Vie Pratique et Productivité », où ils sont formés à l’exercice d’une fonction essentielle qui leur permettra un jour d’être autonomes : le recyclage de papier.

 

L’autonomisation de ces jeunes est l’objectif principal de Arca de Esperanzas, qui a été fondée à Tegucigalpa en 2000 par des parents d’enfants avec des difficultés d’apprentissage. Ces parents sont à l’origine du programme de « Vie Pratique et Productivité », qui apprend aux élèves à soigner leur apparence et à faire la cuisine, mais surtout à fabriquer du papier à la main. Cette formation professionnelle, la clef de voûte de l’atelier, permet aux élèves de vivre de la production de papier, qui est ensuite vendu à des fabricants de toutes sortes de biens en cellulose : des blocs-notes aux agendas, en passant par les cartes de visites, les journaux et les cartons d’invitation.

 

À l’heure actuelle, le programme compte dix inscrits, qui gardent tous une part des bénéfices générés par la vente du papier qu’ils ont fabriqué. Le reste de l’argent couvre à peu près 60% des frais de l’association, qui compte sur les contributions de parents d’élèves et des financements publics pour couvrir le reste.

 

Pour ces élèves, le processus d’apprentissage est ardu : la maîtrise de toutes les étapes nécessaires à la fabrication de papier fait main ne requiert pas seulement d’acquérir des capacités techniques, mais aussi d’apprendre à être à l’aise lors de leurs interactions sociales avec leurs fournisseurs de papier usagé. La pesée du papier, sa réduction à l’état de pâte, et le moulage de cette pâte en feuilles font partie de la marche à suivre pour produire du papier de bonne facture, et les élèves doivent apprendre à s’y tenir.

 

Ces tâches ne sont pas difficiles pour l’individu moyen, mais les jeunes sous la tutelle de l’association doivent surmonter beaucoup d’obstacles pour les compléter. « Ils ont appris un métier qui peut sembler facile, mais en réalité il est fait de tâches qui sont complexes pour eux », explique fièrement Orfa Ortiz, l’un des formateurs de l’association. Même si ses élèves ne sont pas tous capables d’exécuter chacune des étapes, Ortiz tire beaucoup satisfaction de l’épanouissement de ces jeunes et de leur enthousiasme lorsqu’ils se sentent utiles, capables et productifs.

 

L’atelier de recyclage de papier n’est pas le premier que l’association ait fondé : à ses débuts, le programme était rentable et enseignait la fabrication d’engrais biologique mis en vente dans les supermarchés et les quincailleries de la capitale hondurienne. Hélas, le manque d’espace a contraint Arca de Esperanzas à se convertir au recyclage. (L’atelier actuel recycle aussi le plastique, l’aluminium, et le mobilier du bureau.)

 

« Nous leur apprenons à recycler des produits parce que c’est une activité dans laquelle il peuvent faire des progrès énormes ; ils se sentent productifs et ils sont vraiment productifs», explique Lorena Castillo, la directrice de l’association.

 

La vision de Castillo pour le futur est de faire de l’atelier recyclage la principale source de revenus de l’association et d’assurer ainsi sa survie. Malgré les déconvenues, Castillo n’a pas perdu espoir que Arca de Esperanzas puisse un jour déménager dans des locaux plus grands qui amélioreraient les conditions de travail et permettraient au centre de recyclage d’adapter sa production en fonction de la demande de futurs clients.

 

« Les déchets produits chaque jour se comptent par tonnes et nous sommes convaincus de pouvoir en tirer profit », assure la directrice. « Si plus d’institutions publiques nous faisaient don de matériaux, et si le secteur privé s’impliquait d’avantage dans notre initiative, ce serait formidable », poursuit-elle.

 

L’objectif principal de Arca de Esperanzas reste cependant d’intégrer complètement les jeunes avec des difficultés d’apprentissage à la population active, en leur donnant les outils pour trouver un emploi d’ouvrier qualifié, ou en les assimilant à l’effectif de l’association : aussi longtemps qu’ils seront stigmatisés, elle continuera à les soutenir dans leurs efforts de réintégration sociale.

 

 

 

Par Samaí Torres, El Heraldo, Honduras
 
 
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