Australie : Le Bus dortoir pour les SDF

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le 25.06.16 | 12h35

L'idée d'un Australien déterminé à tendre une main aux personnes sans domicile de sa ville est en voie de devenir un phénomène mondial après avoir été approché par des organismes caritatifs américains et britanniques, avant même son lancement australien.

 

L'entrepreneur et conseiller en affaires Simon Rowe, venu de Melbourne du sud-est de l'Australie, a eu cette idée d'aider les sans-abri il y a un an lorsqu'il aperçut un homme essayer de dormir sur un portail de béton en plein jour, dans une rue très fréquentée.

M. Rowe, 43 ans, qui a lui-même été sans domicile fixe pendant plusieurs mois en 1993, a demandé à l'homme s'il avait besoin d'aide et lui a donné un peu d'argent. Après avoir refermé la porte de chez lui, il s'est mis à pleurer et a immédiatement cherché à concevoir une manière d'aider les sans-abri à dormir dans un endroit sécurisé et confortable.

Résultat : le Sleepbus (le Bus dortoir), qui débute sa phase d'essai de trois mois dès ce mois de juin, avant de partir sillonner les routes australiennes et partout dans le monde où les organisations caritatives seront intéressées.

Le bus a une capacité maximale de 22 personnes, chacune d'entre elles disposant d'un module climatisé de la taille d'un lit simple. Ces modules peuvent être verrouillés et incluent une télévision avec une chaîne spéciale diffusant les services locaux pour sans-abri, un casier ainsi qu'un port USB pour recharger les téléphones mobiles et autres appareils électroniques. Le bus dispose également de toilettes, de huit niches dans le sous-étage pour que les personnes bénéficiaires puissent amener leurs animaux de compagnie. Enfin, un gardien de nuit s'assure que tous puissent passer la nuit au calme.

Plutôt que de fournir le couvert et les vêtements aux personnes qui viennent trouver refuge à bord et ''dupliquer'' ce qu'offrent les autres associations de bienfaisance, le bus se garera à un endroit et conviera ces organismes à s'installer à ses côtés afin de fournir de l’aide aux passagers.

« J'ai envie que ce soit un ''pôle'' d'opérations en plein air », explique M. Rowe. « Je pense à ces jeunes hommes ou jeunes femmes de 19 ans qui sont en conflit avec leur mère et leur père. Ils finissent par quitter leur maison, et trouver Sleepbus. Juste à côté de Sleepbus se trouvent tous ces services qui procurent vêtements, aide, victuailles et conseils. Ils peuvent monter dans le bus, passer une nuit reposante et ne pas être entourés par les mauvaises personnes. Ces jeunes ne tomberont pas plus bas dans le cycle infernal. »

Avant de révéler son idée au public, Simon Rowe a parlé à ses contacts rencontrés lorsqu’il été consultant en affaires (il s'occupait alors de donner des conseils de développement économique aux entreprises). Ces derniers lui ont fait prendre conscience qu'il pouvait monter un partenariat afin d’avoir rapidement 319 bus sur les routes d'ici six ans – mais qu’il avait tout d’abord besoin d’un prototype.

« Je suis connu pour être agile dès qu'il faut monter un budget », affirme M. Rowe. « Je m’autorise à croire que je peux être la personne qui mettra fin à ce problème, au fait que des gens dorment dans des conditions difficiles. »

Il a lancé une campagne de crowdfunding sur le site Internet GoFundMe en février dernier. En à peine six jours, elle atteignait les 20 000 $ australiens demandés (12 900 €), assez pour acheter le premier bus. À partir de là, la limite à été montée à 50 000 $ (32 200 €), soit le montant nécessaire pour aménager le véhicule, puis 85 000 $ (54 900 €), somme qui couvre les 90 jours du programme pilote pour vérifier la viabilité du bus et de la technologie qui le compose. La campagne a rapidement atteint et dépassé ces étapes financières.

M. Rowe refuse de s'appuyer sur les dons publics. Il entretient deux comptes bancaires pour Sleepbus : l'un est nourri par l'argent des dons participatifs, qui sert uniquement à couvrir les frais du bus, et l'autre basé sur les dons d'entreprises, à partir duquel il compte potentiellement faire tourner la gestion administrative de Sleepbus, en y incluant une formation pour les bénéficiaires qui dormiront à bord dans le but de faire de ces bus un pôle pour les personnes sans domicile.

L'idée a attiré l'attention de nombreux responsables politiques et associations étrangères car elle est moins chère que les refuges pour sans-abri conventionnels – 27,50 $ par nuit et par personne, soit 17,70 €. Elle attire également par sa mobilité et son côté éducatif, avec notamment cette volonté d’emmener les bus dans des écoles afin de parler de la situation des personnes sans-abri.

« Je n'avais pas l'intention d'exporter », avoue, surpris, M. Rowe.  « Sleepbus est fait pour éradiquer l'obligation pour certains de dormir par terre en Australie. Cependant, depuis le premier jour et ces premiers 20 000 $, je reçois plus de dons provenant du Royaume-Uni que de partout ailleurs. Puis j'ai reçu des courriels et des appels téléphoniques d’hommes politiques irlandais disant ''Nous pensons que vous pouvez résoudre nos problèmes d’accès au logement pour les personnes sans-abri ici''. Donc il y a certainement eu une résonance avec tout le monde. J'ai même reçu un courriel ce matin d'une association de Chicago qui disait ''Nous souhaitons construire des Sleepbus, pouvez-vous nous aider ?’ ».

« J'ai environ 50 organismes caritatifs, individus ou organisations aux États-Unis qui sont d'ores et déjà inscrits et qui disent ''lorsque vous serez prêts à envoyer des Sleepbus, nous serons là''. »

Certaines personnes étaient sceptiques lors de la campagne de financement participatif, elles craignaient notamment des bagarres à bord, des problèmes de drogue, des risques d'overdose, et la difficulté de garder le bus propre. M. Rowe affirme que ces inquiétudes seront facilement effacées.

Le bus sera équipé de caméras de surveillance, un gardien sera là pour s’assurer de la sécurité, et la police sera tenue informée de son emplacement. L'intérieur sera nettoyé tous les jours, lavé au désinfectant, et les oreillers, draps et couvertures seront lavées avant leur utilisation suivante.

En ce qui concerne les drogues, Simon Rowe dit qu'il ne peut pas être au fait de tout usage, il y a donc des risques d'overdose. Mais il préfère, le cas échéant, que cela se produise dans son Sleepbus, « d'où nous pouvons demander de l'aide rapidement ».

 

 

Georgina Mitchell, Sidney Morning, Australie