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Prise en charge de la santé mentale

Les autorités interpellées

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le 14.01.18 | 12h00 Réagissez

 
	L’expérience révolutionnaire de prise en charge de suivi des malades, initiée par Frantz Fanon et poursuivie par le défunt professeur Khaled Benmiloud, n’a pu être pérennisée non pas faute de praticiens engagés, mais par manque de moyens et de structures
L’expérience révolutionnaire de prise en charge de...

L’Association des parents et amis des malades mentaux a été créée en 2002 pour les personnes en souffrance psychique afin de les accompagner dans un projet de réinsertion sociale, mais aussi pour aider à changer le regard que porte notre société sur les maladies mentales.

La maladie psychique est altérée par la force des représentations sociales négatives, ô combien puissantes dans notre société. Les racines de ces conceptions résistent à l’entendement pour ceux qui en sont témoins ; la maladie mentale est une effraction insupportable, ouvrant le champ de l’incompréhension. Beaucoup de gens ignorent encore aujourd’hui ce que sont les maladies psychiques, même s’ils ont entendu parler de psychose, de schizophrénie, de paranoïa, de bipolarité...

Ces mots, souvent employés hors de leur contexte, renvoient à un univers que l’on connaît mal, et qui, souvent, fait peur. Ils évoquent ce que, de tout temps, on a qualifié de «folie» et conduisent à la stigmatisation de ceux qui en souffrent. Il existe un programme mondial contre la stigmatisation qui découle de la résolution 119 des Nations unies et qui place la nécessité de protection des personnes concernées au niveau des droits de l’homme ; peut-être que son application incitera les pouvoirs publics à une perception responsable de la souffrance psychique. Notre association, préoccupée par la stigmatisation dramatique des malades, œuvre à informer, sensibiliser et dédramatiser la maladie en organisant des rencontres en direction des familles, mais aussi en informant, par la publication d’un fascicule gratuit en arabe et en français, toujours à l’usage des familles.

Elle a monté, avec le concours de l’hôpital psychiatrique de Chéraga, un centre de socialisation équipé de plusieurs ateliers pour aider les malades à une réinsertion réussie dans la vie sociale, mais ceci est insignifiant au regard de la demande. Selon les statistiques de l’OMS, la schizophrénie représente 1% de la population et la maladie bipolaire également 1%, ce qui correspond, pour la seule ville d’Alger, à 30 000 personnes ayant besoin d’une prise en charge médicale hors d’autres maladies, comme l’autisme, la dépression, etc.

En outre, la désaffection pour le secteur de la psychiatrie, induit par un manque d’intérêt pour cette catégorie de malades, plonge les familles dans le désarroi et les conduit à recourir au subterfuge de l’exorcisme, ou «rokia ».

L’expérience révolutionnaire de prise en charge de suivi des malades, initiée par Frantz Fanon et poursuivie par le défunt professeur Khaled Benmiloud, n’a pu être pérennisée non pas faute de praticiens engagés, mais par manque de moyens et de structures pour traiter cette maladie «invisible», parce que l’on refuse de la voir dans sa réalité. Monsieur le Premier ministre, s’inspirant de notre exemple, des associations ont été créées dans plusieurs wilayas. Je viens vous demander en leur nom et au nom de tous ces souffrants psychiques de

leur rendre leur dignité en les accueillant dans des centres adaptés et en créant dans chaque quartier des centres de socialisation pour favoriser leur réinsertion. Dans les pays respectueux des droits de l’homme, ces centres sont devenus un impératif catégorique social.

Aucune société responsable ne peut se détourner de ces catégories les plus fragiles, elle perdrait de son humanité et romprait les liens de solidarité.

En application de la résolution 119 de l’ONU, beaucoup de pays ont procédé à une totale refonte de leurs textes législatifs. Le Japon a fait supprimer dans tous les documents le mot schizophrénie, le Canada fait parler les malades dans les écoles, l’Allemagne et la Hollande ont mis l’accent sur la médiatisation. Dans ces pays, comme dans tant d’autres, le comportement de la société à l’égard des malades a beaucoup changé.

Il est temps que notre pays s’inscrive dans cette démarche ; même si sa mise en œuvre peut paraître difficile, il appartient aux pouvoirs publics d’assumer leur rôle en faveur de la santé mentale de notre pays, la société ne pourra qu’évoluer dans cette perspective.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’expression de ma considération
distinguée.

La présidente de l’APAMM, Salima Khereddine, et Noreddine Benferhat,président d’honneur

 
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