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Djamil Lebane.Pédiatre chef de service de néonatalogie au Chu Mustapha Pacha

«100 000 prématurés naissent chaque année en Algérie»

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le 19.11.17 | 12h00 Réagissez

«100 000 prématurés naissent chaque année en Algérie»

A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la prématurité, le 17 novembre, Pr Djamil Lebane, chef de service de néonatalogie au Chu Mustapha, revient dans cet entretien sur cette problématique de santé publique en termes de mortalité et de comorbidité.

La date du 17 novembre a été retenue pour célébrer la Journée mondiale de la prématurité. Pourquoi une journée dédiée à la prématurité ?

Sur une initiative de l’OMS, le 17 novembre est consacré chaque année à la prématurité pour souligner l’importance de ce phénomène, où l’on rapporte qu’environ 15 millions de bébés naissent prématurément chaque année dans le monde. Les complications de la prématurité représentent la cause principale de mortalité et de morbidité périnatales et néonatales et la première cause de décès chez l’enfant de moins de 5 ans (OMS). Le 17 novembre se présente dès lors comme une grande occasion d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce véritable enjeu de santé publique en termes de mortalité, de morbidité et des séquelles, mais aussi de sensibiliser les mères et les familles sur les avancées médicales existantes dans la prise en charge des bébés nés avant terme.

Qu’est-ce qu’une naissance prématurée ?

Un enfant est considéré comme prématuré s’il naît avant la 37e semaine (SA), soit à 8 mois et demi de grossesse (259 jours). On distingue trois niveaux de prématurité : la prématurité moyenne (entre la 32e et la 36e SA révolue, soit 7 à 8 mois de grossesse, la grande prématurité (entre la 28e et la 32e SA, soit 6 à 7 mois de grossesse) et la très grande prématurité (moins de 6 mois de grossesse).

Combien de naissances prématurées sont enregistrées par an en Algérie ?

Le nombre de bébés nés prématurément s’élève à plus de 100 000 chaque année, un chiffre en perpétuelle augmentation.
 

Pourquoi les prématurés sont-ils de plus en plus nombreux ?

Malgré l’amélioration de sa prise en charge, ces dernières années, la prématurité reste dans le monde un problème très préoccupant. Certaines causes classiques peuvent favoriser l’accouchement prématuré, telles que les antécédents d’accouchement prématuré ou fausses couches spontanées chez la maman, l’âge de la mère (inférieur à 18 ans ou supérieur à 35 ans), des conditions socioéconomiques difficiles, les infections, le développement d’une prééclampsie (hypertension artérielle), les accidents hémorragiques placentaires, le diabète, l’anémie, une malformation utérine, une béance cervico-isthmique, des anomalies liées au chromosome chez l’enfant, enfin, le développement de la PMA (Procréation médicalement assistée), qui favorise les grossesses multiples, contribuent grandement aux naissances prématurées. Plus récemment, on a incriminé la pollution atmosphérique, alors que d’autres facteurs de risque sont rapportés (l’asthme, les bactéries, les perturbateurs endocriniens, la souffrance mentale).

Comment se présente un prématuré à sa naissance et comment s’effectue sa prise en charge ?

La naissance prématurée d’un enfant interrompt son développement dans l’utérus de sa mère : ses organes sont présents, mais ils sont immatures. Ceci concerne principalement quatre organes, à savoir le cerveau, les poumons, le tube digestif et le canal artériel. Sa prise en charge dépend du stade de prématurité (moyenne, grande, très grande), de sa morbidité, de la pathologie maternelle associée et des moyens mis à sa disposition pour sa prise en charge. Les prématurés extrêmes et grands prématurés malades sont accueillis au service de réanimation néonatale où ils reçoivent les soins nécessaires et adaptés à leurs risques et bénéficient d’une surveillance renforcée.

Ils sont ensuite orientés vers les soins intensifs, puis aux soins généraux ou à l'unité kangourou quand leur état de santé est stable. Les soins de développement (Nidcap) ont pour objectif de reproduire l’environnement intra-utérin : niveau bas de lumière, pas d’alternance jour/nuit, faible niveau sonore, posture respectant la position physiologique en flexion... Dans ce cadre, le contact avec la mère est très fortement encouragé sous forme de «peau à peau».

Ce contact rapproché rassure l’enfant, réduit son stress et favorise la production de lait chez la mère qui, par sa composition (norme biologique) répond aux besoins de son enfant. Les enfants ayant de nombreux contacts «peau à peau» avec leurs parents ont une évolution plus favorable, avec une amélioration du rythme cardiaque, de la fréquence respiratoire ou encore du sommeil. Pour la catégorie des prématurés sains ou stabilisés de moins de 2 kg, la méthode kangourou est ce que l’on peut proposer de mieux au couple mère-enfant. Généralement, un enfant peut sortir de l’hôpital lorsqu’il devient autonome du point de vue respiratoire et digestif.

On attribue souvent à la naissance prématurée une forte mortalité et une fréquence élevée des séquelles. Qu’en est-il exactement ?

Dans les pays où la néonatalogie est très développée, le pourcentage de survie est de 60% à 25 SA, 75% à 26 SA, 94% entre 27-31 SA et 99% entre 32 et 34 SA.

Les formes sévères de déficience ne concernent que 5% des enfants et après 32 SA, le risque de complications immédiates et à long terme est nettement réduit. Les séquelles neurologiques  peuvent se manifester par des troubles moteurs avec un retard à la marche ou des difficultés à marcher, des troubles cognitifs avec des difficultés de langage oral ou écrit, ou encore des troubles de l’attention et des troubles sensoriels, visuels ou auditifs.

En Algérie, il n’y a pas de statistiques nationales, mais on sait que l’essentiel de la mortalité infantile est concentré sur la période néonatale dans laquelle la prématurité a une grande part. La normalisation des unités et services de néonatalogie telle que prévue dans le décret de normalisation de la néonatalogie (décret exécutif n° 05-438 du 8 chaoual 1426 correspondant au 10 novembre 2005), associée à une formation conséquente des personnels de santé en charge de cette catégorie d’enfants très vulnérable et la généralisation de la méthode kangourou appliquée avec succès depuis 2004 au service de néonatalogie du CHU Mustapha devraient permettre une amélioration de la prise en charge de ces enfants en termes de mortalité et de morbidité.

Les soins pour prématurés par la méthode kangourou est un des axes principaux du programme national de périnatalité en Algérie. Les objectifs de la méthode sont essentiellement de renforcer le lien mère–enfant permettant un allaitement maternel optimal, une régulation thermique et une diminution des risques nosocomiaux.

Ses deux principales composantes sont le contact peau à peau et l’allaitement. Dans notre contexte socioculturel, les mères des prématurés sont souvent soumises à une pression familiale très stressante, de même que leurs conditions d’hospitalisation dans nos structures ne sont pas adaptées pour favoriser le lien mère–enfant. Cependant, on ne désespère pas de voir un jour un changement radical dans la prise en charge de nos prématurés.
 

Djamila Kourta
 
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