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Une journée à la poste...

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le 23.06.17 | 12h00 Réagissez

Une journée à la poste...

A quelques jours de l’Aïd, nombreux sont ceux qui se bousculent à la poste pour retirer de l’argent pour acheter des habits aux enfants. D’autres s’y rendent pour régler les factures. En ces derniers jours du mois sacré, El Watan Week-end a fait le tour des postes d’Alger pour prendre la température. Récit

Il est 10h. La salle d’attente de la poste de Salembier est déjà bondée de monde. Toutefois, le silence règne. A l’intérieur de la salle, dépourvu de climatiseurs, la chaleur se fait ressentir.

Certains attendent leur tour à l’extérieur. Seuls trois guichets sont opérationnels. Les agents travaillent «sérieusement». Aucun ne discute avec son collègue. Chacun est plongé dans son travail. 10h11. La salle ne désemplit pas, bien au contraire. Un détail m’interpelle : la salle est majoritaire remplie de personnes âgées. 10h20.

Un vieil homme, chapeau de paille accroché au dos, s’impatiente. Il fait des vas-et-vient. Sort et rentre. 10h23. Le ding dong ne cesse de retentir. En l’espace de 20 minutes, ils ont fait passer plus d’une vingtaine de personnes. 10h27. Une vieille dame accompagnée de sa fille crie. L’employée se lève de sa chaise. «Il y a plusieurs personnes qui contrôlent derrière moi ! Il n’y a aucune marge à l’erreur madame !», s’exclame- t-elle. L’employée est vexée. N’empêche, elle aide la vieille dame à remplir son chèque. Elle essaye tant bien que mal de sourire. Ce fut un moment gênant. 10h30. Une dame rentre. «C’est quoi tout ce monde ?», s’interroge-t-elle. Elle ressort aussitôt. A l’entrée de la salle, elle croise une connaissance qui attend sur le palier. Ils discutent longtemps. 15 minutes plu tard, la dame finit par rentrer. Son tour n’est pas encore arrivé. Elle ressort. Au même moment, une vieille dame prend son ticket.
 

BRI

Elle est 812, alors que l’écran affiche 731. «Oh mon Dieu !», s’exclame-t-elle. Elle cherche une chaise pour se s’asseoir. Manque de chance, il n’y en a pas. Les sièges ne sont pas nombreux. La dame sort et s’assoit sur les escaliers de la poste. Elle ne passera que dans une vingtaine de minutes. 11h. Je quitte les lieux. 11h13. J’arrive à la poste du Golfe. A l’intérieur, toutes les chaises sont occupées. Je prends un ticket. Je m’appuie sur le mur et j’attends.

Je regarde l’écran d’affichage. 24 personnes devant moi. L’attente est plus agréable qu’à la poste de Clos Salembier. La raison : la salle est climatisée. Les gens attendent patiemment dans le calme. Contrairement à la première poste, tous les guichets sont opérationnels. Pour l’heure, rien à signaler. J’attends encore. 11h23. Arrive le tour d’un gendarme en service. Il passe comme tout le monde. 11h25. Le dong ne cesse de retentir. Les tours défilent à une vitesse folle. Personne ne rouspète. 11h32. Deux agents du BRI rentrent. Ils attendent leur tour comme tout le monde. J’avoue que la scène est agréable à voir. 11h37. La salle ne cesse de se remplir. Des connaissances se croisent. Ils discutent dans le calme. 11h40. Je quitte les lieux, laissant derrière moi de nombreuses personnes attendant leur tour et des guichets qui travaillent sans arrêt. 11h50. J’arrive à la poste d’Hussein Dey. A l’entrée, un agent donne les tickets, je déduis qu’il n’y a pas de distributeur automatique. Contrairement à la poste du Golfe, la salle d’attente n’est pas climatisée. A l’intérieur, de nombreuses personnes attendent leur tour.
 

Mouvement de foule

Sur Les 16 guichets, seuls trois sont opérationnels. Un homme, la quarantaine, hausse le ton. «Ils ne travaillent pas !», dit-il à son ami. «Comment veux-tu qu’on ne s’énerve pas ?», s’interroge-t-il. Un autre rejoint leur conversation : «l’Administration algérienne finira par nous tuer. En plein mois de Ramadhan, au lieu de travailler sérieusement et liquider les gens, ils ‘’glandent’’». Une dame assise à côté de moi murmure : «Ils ont raison». Sa voisine l’entend et lui répond : «C’est de notre faute si les choses se passent ainsi. Si chacun de nous signale ces dépassements, ils vont certainement diminuer. Au lieu de ça, on attend patiemment dans notre coin que l’un de nous ose réclamer. Malheureusement chez nous, on ne réagit qu’aux mouvements de foule, or ça doit être une réaction spontanée de notre part.» Suite à cette remarque pertinente, elles changent de sujet et parlent du menu du soir. «Heureusement que j’ai de la chorba. Même si je vais tarder à la poste, ça ne m’inquiète pas plus que ça, étant donné que le soir, je n’aurai que le deuxième plat à faire». 12h13. Une jeune fille, accompagnée d’un petit garçon, passe devant moi. Elle se parle à elle-même. «Ils se moquent de moi !» Elle sort de la salle, l’air très énervée. Le petit ne comprenant rien à la situation la suit.
 

Cris

12h22. La salle ne désemplit pas. Encore plus de monde. Les chaises continuent à se remplir. Certains sont tellement énervés qu’ils n’arrivent pas à s’asseoir. Ils préfèrent faire les cent pas à l’intérieur. 12h27. Je tourne la tête. Deux hommes relativement âgés se tiennent en face de l’écran des passages. Ils le montrent du doigt. «Ça fait 20 minutes qu’il n’a pas bougé !», s’exclame l’un d’eux. Au fond de la salle, un autre est tellement fatigué qu’il a fini par s’endormir sur sa chaise. Même les cris des enfants présents sur place ne l’ont pas dérangé. Il dort paisiblement. Les enfants jouent. Ils courent partout. Ça devient même agaçant.

Leurs cris sont insupportables. On se croirait dans une crèche. 12h40. Le bruit devient insupportable. Je quitte les lieux laissant derrière moi une salle bondée de monde, pas très content du rythme de travail. 12h50. J’arrive à la poste de Kouba. La salle est pleine. Toutes les chaises sont prises. Beaucoup sont debout. Comme à la poste du Golfe, je m’appuie à un mur sous le climatiseur juste à côté de la porte d’entrée. A l’intérieur, seuls 4 guichets sont opérationnels. Les gens attendent. Les tours s’enchaînent lentement. Seul un guichet fait défiler les gens rapidement. Les autres travaillent au ralenti. Cette lenteur se ressent. 13h05. Seules trois  personnes sont passées. Et la salle continue à se remplir. Un groupe de vieux s’impatiente. Ils sortent s’asseoir sur les bancs du jardin à côté de la poste. Ils savent que leur tour n’est pas près d’arriver. 13h07.
 

Ticket

Cinq voisines se regroupent. Sujet de la conversation : les gâteaux de l’Aïd. «J’ai prévu de commencer mercredi soir», soutient l’une d’elle. «C’est pour cela que je suis venue à la poste aujourd’hui. Je savais qu’il y aurait du monde, mais je n’avais pas pris mes précautions et retirer de l’argent avant, donc je dois subir toute cette queue», confie-t-elle. Son amie la rejoint et affirme : «Pareil pour moi. Avec la fin du Ramadhan, le porte-monnaie est vide. Je dois impérativement retirer de l’argent pour acheter de quoi faire les gâteaux.» Cette discussion me dépasse, je quitte mon mur et me dirige vers celui d’en face. 13h15. Encore du monde qui rentre. A ce rythme, on dirait que la poste ne va pas fermer. 13h21. Une jeune fille s’avance vers un jeune homme.

«Quel est votre numéro  ? Tenez ce ticket, il est plus proche que le vôtre». Très surpris, le jeune homme la remercie avec un beau sourire aux lèvres. Quelques minutes après, la même jeune fille s’approche de moi. «Quel est votre numéro ma sœur ?» Je lui réponds que je n’en ai pas besoin. Elle pose alors la même question à un homme à côté. Ce dernier prend le ticket volontiers. La jeune fille répète la même action avec trois autres personnes. Je comprends rapidement qu’elle en a retiré plusieurs d’un coup. 13h40. Toujours autant de monde et la vitesse des passages n’est pas au rendez- vous. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont cédé leur ticket à des personnes sur place et sont sortis excédés. Je finis par quitter les lieux.
 

Réseau

13h51. J’arrive à la poste de Garidi (Kouba). A l’intérieur, de nombreuses personnes attendent. Dès l’entrée, on se rend compte qu’il n’y a pas de distributeur de tickets. Il ne fonctionne plus depuis plus de 3 mois, me dira-t-on par la suite. Le motif : pas de papier. Je me dirige vers le guichet. C’est l’employée qui est chargée de donner les tickets. Je prends place. J’entends les gens discuter. Il paraît qu’il n’y a pas de réseau. Certains attendent depuis plus de deux heures. A côté de moi, deux jeunes hommes, la vingtaine, s’impatientent. «Je ne comprends pas comment se fait-il qu’il y a une coupure de réseau à la poste», disaient-ils. Ils ironisent de la situation : «C’est à l’image de pays. Malheureusement chez nous, rien ne marche correctement.» Il est 14h10.

Certains s’énervent. Ils préfèrent quitter les lieux pour éviter de se disputer. Je m’approche des deux jeunes gens et je demande : «Vous êtes la depuis longtemps  ?» «11h», répondent-ils. Ces derniers avouent ne pas avoir le choix : «On va attendre le retour du réseau. Il fait chaud. On ne va pas faire la tournée des postes pour être confrontés au même problème. Du coup, on va attendre encore un peu». 14h20. Je quitte les lieux. Je laisse la salle archicomble mais pas de réseau à l’horizon.

Sofia Ouahib
 
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