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Les années 80' émaillées d’émeutes toutes liées au «ras-le-bol» des populations déshéritées

Une décennie de révoltes

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le 28.09.17 | 12h00 Réagissez

C’était le temps des vaches maigres, des queues interminables devant les Souks El Fellah et du baril de pétrole à 11 dollars.

La crise aidant, les malaises de la société apparaissent au grand jour. Cela commence en avril 80 par ce qui est appelé «Le printemps berbère», résultat logique de vingt ans de négation de la langue et des populations amazighes, puis par des révoltes estudiantines et des émeutes sporadiques toutes liées au «ras-le-bol» d’une jeunesse excédée jusqu’au choc d’octobre 88 qui imposa une relative ouverture démocratique. Rétrospective.

Le «printemps berbère»

10 mars 1980. Ce qui devait être une banale conférence autour de la poésie kabyle ancienne se transforma en un incendie révélant les étourdissements identitaires d’un pays au bord du gouffre. Le fait est que la charte de 1976 avait omis toute référence à la langue et à la culture berbères.

Sans doute était-il attendu qu’une telle interdiction soit perçue par la jeunesse kabyle comme une nouvelle provocation. Consternés par la non-tenue de la conférence de l’écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri car elle causerait des «troubles à l'ordre public», les étudiants de l’université de Tizi Ouzou choisissent de monter au front pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme «un acte d'ostracisme».

Les émeutes portant des slogans tels que «Culture berbère, culture populaire», «Halte à la répression culturelle», «Nous sommes berbères de la tête aux pieds» sont sévèrement réprimées. Les protestations s’étaleront jusqu’au 20 avril, avec une grève générale organisée dans toute la ville. Cet événement marque une rupture – inédite – depuis l’indépendance du pays : ce sera la première fois que des populations algériennes défient le régime. L’été 80 devait voir la naissance du Mouvement culturel berbère (MCB)

1982, le «ras-le-bol» de l’Ouest

Mardi 21 avril 1982. C’est un petit événement sans importance qui déclenche la violence. Une rumeur selon laquelle il y aurait un grand nombre de recalés à l’examen du baccalauréat affole les lycéens oranais. Ni l’académie ni le ministère de l’Education n’ont jugé utile de démentir l’information, laissant la colère fermenter. «Les grévistes défilèrent dans les rues de la ville en bon ordre et sans aucun débordement pendant trois jours.

L'atmosphère était plutôt bon enfant et les mots d'ordre scandés concernaient le baccalauréat et le prétendu réaménagement des coefficients jususqu'à ce que les manifestants décident de faire un sit-in en face du CNP et de la l'académie pour protester contre le silence des autorités qui ne daignaient pas s'exprimer sur la question. Les élèves et étudiants virent fondre sur eux les brigades antiémeutes (BAE) qui les matraquèrent avec une violence incompréhensible», témoigne S. A. Ouadah (ancien militant du Pags).

Le sociologue Hassan Remaoun, chercheur au CRASC d’Oran, réfute (dans un article fort bien documenté de notre collègue N. Nesrouche publié dans El Watan) la thèse de l’émeute du pain : «En 1982, explique-t-il, la crise économique n’était pas évidente, c’était encore une époque où les revenus pétroliers étaient soutenus. Mais c’est vrai que la poussée démographique était pour quelque chose et ces jeunes qui arrivaient étaient sans perspectives. C’étaient les précurseurs des harraga et des suicidés d’aujourd’hui.

A mon avis, il s’agissait plus d’émeutes de la frustration de la nouvelle génération qui n’a connu que la situation faste des années 1960 et 1970. Des jeunes qui ne pouvaient pas accéder au statut acquis par leurs parents. Le système a échoué dans la transmission de mémoire. Et le moment était venu où la rupture entre générations était consommée». La colère s’étend d’ouest en est. Une année plus tard, ce sera au tour de la ville de Laghouat de s’enflammer à cause d’une mauvaise distribution des terre agricoles.

Les affrontements font deux morts. Annaba sera également violemment secouée par des émeutes liées à une opération de relogement des habitants de bidonvilles. En avril 1985, des habitants de La Casbah manifestent contre les pénuries d’eau qui touchent régulièrement la Citadelle ainsi que les conditions insalubres dans lesquelles ils y vivent. Comme dans les précédentes rebellions, le même scénario se répète : violence, destructions, deuil.

Révoltes estudiantines de Constantine

Samedi 8 novembre 1987. Les lycéens constantinois montent au front pour dénoncer l’introduction de nouvelles matières dans les épreuves du bac. Ils sont rejoints par les étudiants affiliés à l’Union nationale de la jeunesse algérienne ou UNJA pour dénoncer les conditions dans lesquelles ils évoluent.

Les manifestations durent plusieurs jours et la répression fut féroce : l’Etat procède à des centaines d’arrestations, obligeant certains manifestants à se repentir publiquement devant les caméras de la Télévision nationale pour étayer la thèse des petits voyous qui s’en prennent aux édifices publics.

Amel Blidi
 
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