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Cherifa Kheddar. présidente de l'association Djazaïrouna à propos de la prise encharge des victimes du terrorisme

«Une armée de psychologues ne suffirait pas à mettre en place une prise en charge appropriée»

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez


Les victimes du terrorisme sont-elles les grands perdants de la réconciliation nationale ? Comment évaluez-vous la démarche de la réconciliation ?
 
La charte pour la réconciliation nationale comme les politiques et les dispositifs qui l’ont e n’ont pas fait cas des victimes du terrorisme ni de leur situation précaire, particulièrement sur le plan psychologique. Les victimes sont les grandes oubliées. Violence est faite à leur encontre aussi bien par les politiques et leurs politiques que par le reste de la composante du paysage actif en Algérie et ailleurs, dont les institutions officielles et civiles, nationales, régionales et internationales.

Oui, nul n’est exclu de ce constat amer et de cette vérité. Sinon, comment expliquer le soutien au profit de certaines victimes ailleurs dans le monde et aucune compassion pour les victimes en Algérie ? Cela relève-t-il de la nationalité des victimes, du lieu de l’acte terroriste ou simplement de la capacité des autorités de certains pays à se mobiliser en faveur de leurs citoyens ?  La question reste posée.

Ceci pour répondre à la première partie de la question. Quant à la seconde partie, je dirais que la personne la mieux placée pour évaluer l’impact des textes d’application de la charte portant réconciliation nationale ne peut être que le président de la Commission nationale relevant de cette institution.

Or, à ma connaissance, cette institution n’a pas contacté les associations de victimes du terrorisme islamiste pour connaître l’évolution de leur situation pendant toute la durée des travaux de cette commission. Je peux vous dire aussi qu’en ma qualité de présidente de Djazaïrouna, je ne connais ni le contenu du rapport, ni sur quelles données s’est basé le rapporteur pour donner une crédibilité à son rapport. D’ailleurs, ce dernier n'a pas été publié.

La réconciliation, telle qu’elle est appliquée, ne permet-elle pas aux terroristes même en l’état actuel de trouver une échappatoire pour fuir la justice ?

La charte portant réconciliation nationale devait permettre aux terroristes qui quittaient le maquis d’éviter les poursuites judiciaires. Effectivement, c'est ce qui s'est passé. Les textes d’application de la charte ont permis donc l’instauration de l’impunité et aussi l’indemnisation des sanguinaires islamistes. Donc, c'est ce qui a été réservé aux agresseurs. Quant aux victimes, ce que la charte leur a réservé, c’est la négation et l’oubli.

Quant aux victimes des islamistes, il ne leur restait que leurs yeux pour pleurer. Pleurer en silence, sinon elles sont passibles de peines de prison ferme, entre 3 et 5 ans, ainsi que le paiement de fortes amendes. Savez-vous que les autorités n’assistent pas aux enterrements des victimes des islamistes ? Savez-vous aussi que les autorités n’assistent pas aux commémorations organisées à la mémoire des victimes des islamistes ? Savez-vous que les autorités évitent d’organiser des commémorations à la mémoire des victimes des islamistes ? Vous souvenez-vous qu’un chef de gouvernement, actuellement Premier ministre, a présenté à la presse un sanguinaire islamiste comme personnalité nationale lors d'une conférence de presse ? Savez-vous qu’après un attentat contre un sanguinaire islamiste que je ne citerai pas, un wali a été instruit pour se rendre au chevet de ce sinistre criminel ? Bien que ledit wali ait refusé de se soumettre à l’ordre venu de plus haut, il s’est quand même résigné à envoyer un fonctionnaire le représenter...

Ce qu’ignore celui qui a donné l’ordre, c’est que ce fonctionnaire a perdu des amis pendant la décennie rouge, qu'il a vécu un cauchemar en exécutant l’ordre. Voilà où on en est avec le bilan de la charte.
 
Douze ans après l’adoption de la charte pour la réconciliation nationale, les victimes du terrorisme ont-elles surmonté leurs traumatismes ? Qu’en est-il réellement de leur prise en charge psychosociale ?

Une armée de psychologues ne suffirait pas à mettre en place une prise en charge appropriée aux victimes du terrorisme. Néanmoins, dans les pays qui donnent la priorité aux victimes du terrorisme, tout est mis en œuvre par les autorités afin de trouver des solutions au cas par cas, en plus d’une prise en charge globale classique. Chez nous, de nombreux psychologues sont formés par la SARP. C'est une association dédiée à la recherche psychologique et qui a mis en place une formation au profit des psychologues en charge des victimes du terrorisme. Aussi, cette association a ouvert un centre de prise en charge psychologique à Sidi Moussa au profit des victimes du massacre collectif que la localité de Raïs à subi en 1997.

La SARP travaille depuis juste avec ses propres moyens, sans aucun appui de la part des autorités. C'est vous dire le peu de cas que font les autorités à l’égard des victimes. Je n'arrive pas à expliquer l’absence de soutien des autorités au profit de ce genre d’associations professionnelles et au profit de Djazaïrouna qui font un travail de proximité en faveur des victimes.

Dans de nombreux cas, les victimes ont encore besoin de soutien et l'Etat doit reconnaître l’apport de ces associations et mettre à leur disposition des moyens afin de leur permettre de poursuivre leurs actions en faveur des victimes. Le traumatisme doit être traité sur de longues périodes afin que les victimes puissent gérer le quotidien en traînant les séquelles de leurs traumatismes. Le traumatisme entraîne une fragilité qui rend pénibles de simples gestes du quotidien. Quant à la prise en charge psychosociale globale, le débat risque d’être trop long pour le peu d’espace réservé à cet entretien. Donc, restons sur la première partie de la question.

La manière avec laquelle sont traitées les revendications des parents des disparus de la part des autorités (la sourde oreille) ne risque-t-elle pas de faire de ce dossier une cause perdue au fil du temps ?

Quand les proches des disparus revendiquent le droit à la vérité, ils ne se donnent pas un délai comme dans le cadre de la réalisation d’un projet matériel précis. Ils ne mettront fin à leur quête de recherche de la vérité que lorsque les autorités mettront en place une politique sérieuse pour traiter ce dossier. Comme cela se passe dans un Etat de droit, dans n’importe quelle partie du monde.
Les exemples sont nombreux, notamment dans les pays d’Amérique latine. Certains de ces pays ont fini par regarder en face leur passé peu glorieux et ont décidé de reconnaître qu’il y a eu des atteintes aux droit de la personne.

Ensuite, il y a eu la mise en place des commissions de vérité pour situer les responsabilités, trouver les corps et leur offrir des sépultures. Ils n’ont ménagé aucun effort afin d’identifier les lieux, les coupables et les victimes. Aussi, aucun effort ne doit être épargné par les autorités algériennes pour la recherche de la vérité, même lorsqu’il s’agit de recourir à la science pour comparer l’ADN des proches à celles des disparus.

Et toutes les explications que pourraient évoquer les autorités pour l'absence de la recherche de vérité ne peuvent convaincre les proches de disparus de mettre fin à leurs revendications. C’est une question qui relève des droits de la personne. Il ne s’agit pas d’une action politique de la part des proches, il s'agit d’une attitude humaine tout simplement.
 

Rahmani Djedjiga
 
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