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Maison de la famille de Si El Haoues à M’chouneche (Biskra)

Un musée historique au cœur de la palmeraie

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le 15.06.17 | 12h00 Réagissez

En quittant Biskra par la RN31, dans la direction sud-est, on s’enfonce dans une nature hors du commun. En remontant la vallée de Oued Labiod (Ighzer Amellal), sur la route menant vers Arris, puis Batna, une succession de paysages, entre palmeraies et terrains vagues attire les regards. Le contraste est frappant entre le bleu du ciel et la couleur ocre de la terre. Au PK 129, à 35 km de Biskra, on s’engage dans une petite route qui croise une autre. C’est le principal axe qui relie l’entrée à la sortie de M’chouneche, pour rejoindre encore une fois la RN31.

Contrairement aux villes traversées par les routes nationales, M’chouneche fait l’exception.

Elle semble défier le temps et la nature. Une paisible oasis à l’écart de la route, plantée au cœur des montagnes, au milieu de plaines arides traversées par l’oued. Dans cette petite localité de quelques milliers d’habitants, on trouve ce qu’il faut pour assurer le minimum. Quelques boutiques d’alimentation générale, une pharmacie, des cafés,  l'unique boulangerie et l’inévitable brigade de la gendarmerie. Un nouvel hôtel vient d’ouvrir, comme pour casser la monotonie. Mais la principale «curiosité» à M’chouneche est sans contexte la maison de la famille du colonel Si El Haoues, transformée en musée après sa cession au profit du ministère des Moudjahidine. Le site est devenu un monument emblématique pour cette région qui a beaucoup donné à la Révolution.

Pour le retrouver, il faut parcourir les nombreuses rues sinueuses, serpentant entre palmeraies, jardins et maisons en terre rouge. Les lieux sont déserts en cette belle journée printanière. Nous arrivons à la rue Khelifa Brahim Ben Belkacem. Une grande maison en terre est entourée d’une clôture. En passant par la porte, on arrive dans une vaste cour, plantée de quelques palmiers. Une cour en terre battue, où il n’y a pas la moindre bosse.

La maison natale de Ahmed Ben Abderrazak Hamouda, alias colonel Si El Haoues, est d’une architecture simple et austère, avec des toitures en tronc de palmier et deux ouvertures en guise de fenêtres. Baignée par la lumière, la maison, qui a gardé tout son âme, ressemble à un tableau de Dinet. Elle est restée telle qu’elle fut construite il y a près de deux siècles. Un drapeau est accroché sur la façade. On dirait que le temps s’est arrêté. C’est Tahar, le gardien, qui nous reçoit. Ce passionné de maquettes veille à la propreté des lieux et guide aussi les visiteurs.
 

Histoire d’une famille

Originaire de T’kout, (environ 40 km au nord), la famille Hamouda s’est installée à M’chouneche avant la colonisation française en Algérie. Elle avait acquis des jardins, des terres, des dépôts de dattes et des maisons à la cité Erremel. La famille fait partie de la tribu d’Ouled Si Chaâbane, une branche du grand arch de Beni Bouslimane. Cette même tribu compte également les familles Chabani et Tkouti. Le grand-père de Si El Haoues, Mohamed Ben Si Hamouda, dit Amokrane, dirigeait la zaouïa d’Ouled Hamouda, construite juste à côté de la maison, avec une mosquée et une école coranique. Elle fait partie de la zaouïa Rahmania et avait des liens étroits avec la zaouïa de Si Sadek Oulhadj à Tibermacine dans le sud des Aurès.

Deux des enfants de Si Sadek étaient souvent hébergés chez les Hamouda. Deux pièces qui leur ont été réservées portent encore leurs noms dans la maison des Hamouda. La zaouïa d’Ouled Hamouda sera au cœur de la révolte menée par Sadek Oulhadj de 1858 à 1860. Elle sera fermée après l’arrestation de ce dernier, emprisonné et décédé à la prison d’El Harrach à l’âge de 72 ans. Si Amokrane est remplacé par son fils Abderrezak, qui rouvrira l’école coranique en 1922, après avoir obtenu l’autorisation de l’administration française. L’école sera un véritable pôle d’enseignement pour les élèves de toute la région. Elle a accueilli les élèves de Cheikh Benbadis pour y donner des cours.

C’était la belle époque de la Nahda (Renaissance), lancée par l’association des Oulémas musulmans. Abderrezak Hamouda décède le 1er mars 1937. Il est enterré à l’intérieur de la maison, faute de place au cimetière attenant à la mosquée et qui abrite les tombes des chouyoukh de la zaouïa. La zaouïa poursuivra ses activités jusqu’en 1954. Elle sera fermée durant la Révolution. Persécutée par les autorités françaises, la famille Hamouda, dont plusieurs membres seront arrêtés et emprisonnés, a dû s’exiler vers Batna et Biskra. En 1992, la maison sera cédée par la famille pour être aménagée en musée racontant la glorieuse histoire de la région de M’chouneche. Cette même maison a vu naître, en 1923, Ahmed Ben Abderrezak Hamouda, plus connu plus tard par le nom Si El Haoues. Après avoir appris le Coran chez son père, il fréquente les cours de l’association des Oulémas.

Un cursus qu’il a dû interrompre après la mort de son père en 1937, pour se consacrer à sa famille. Il exercera comme commerçant, ce qui lui permettra de voyager et de connaître de nombreuses personnalités du mouvement nationaliste. Il adhère au PPA et deviendra le principal animateur de la cellule de M’chouneche. Il est le premier à avoir introduit les publications et les tracts du parti dans son village. Il sera chargé de la propagande au sein du MTLD entre Arris, Biskra et Alger.

En 1948, il est envoyé par le MTLD en France pour mobiliser les travailleurs immigrés. Au printemps de l’année 1955, il rejoint les rangs de la Révolution. Il sera affecté dans la région de Bou Saâda. En 1957, il est responsable de la Zone 3 de la Wilaya I historique, avant d’être promu commandant de la Wilaya VI en 1958. Le 28 mars 1959, il tombera en martyr avec le colonel Amirouche à la bataille de Djebel Thamer dans la région de Bou Saâda.
 

Une maison authentique

Une grande porte en bois de palmier s’ouvre sur une pièce rectangulaire, aux murs tapissés à la chaux. Comme dans toutes les maisons traditionnelles, on doit passer par l’inévitable «sqifa», une sorte de vestibule, où les invités attendent d’être reçus par le maître des lieux. Un silence religieux règne dans tous les coins. Une ambiance de calme et de sérénité qui inspire la méditation. A gauche, c’est la tombe du père Abderrazak Hamouda, décédé le 1er mars 1937. Sur les murs ont été fixés le portrait de Si El Haoues en tenue militaire, le plan de la maison et les photos des travaux de réhabilitation. Par une ouverture dans le mur et deux petites marches, on accède vers un espace de circulation.

A gauche, une banquette servait de lieu de repos du père de Si El Haoues. Une sorte de madjlis très pratique, où il aimait lire et écouter la radio. Juste en face, une porte mène vers l’autre partie du rez-de-chaussée. Une petite porte extérieure, parallèle à la grande, donne accès aux pièces des provisions. C’est la tradition dans ce genre de maison, où on laisse ce passage pour les entrées et les sorties des membres de la famille, sans gêner les hôtes accueillis dans l’autre partie. En parcourant cette aile, on arrive dans une petite cour. L’espace de circulation s’ouvre à gauche. Des escaliers montent vers l’étage. On remarque que juste à proximité, deux pièces portent les noms des Cheikhs Tahar et Brahim Oulhadj. Sous les escaliers, un abri a été aménagé pour les chèvres. Les espaces sont minutieusement étudiés pour assurer lumière, ombre et fraîcheur durant la journée.

A l’étage, se trouve l’espace familial, avec la cuisine et le coin où les femmes tissaient. La cuisine est une véritable pièce du patrimoine, avec ses ustensiles accrochés aux murs. Une belle reconstitution de l’espace, avec métier à tisser, carde, peigne et fuseau. On imagine déjà l’ambiance familiale de tous les jours, les femmes préparant la galette, le couscous, tissant un tapis et des gosses qui gambadent. On croit entendre les voix et les rires.
Les chambres ont un charme austère. Très simples et dépouillées. De modestes tapis en alfa sont posés sur le sol impeccablement propre. Ici, la simplicité est un art de vivre sans futilités. Tout est construit en matériaux naturels: la terre, le palmier, les roseaux et la chaux. Les lampes électriques sont la seule exception dans la maison. La terrasse offre une belle vue sur la palmeraie.
 

Un régal pour les férus des archives

La maison est un véritable musée, ouvert comme un livre sur la longue histoire de M’chouneche et la région des Aurès. Pour les férus d’archives, c’est un régal. Une riche exposition de documents soigneusement conservés et bien présentés aux visiteurs est accrochée sur les murs des pièces.

Dès l’entrée, on découvre les résistances populaires dans la région des Aurès depuis la bataille de M’chouneche, dirigée par Brahim Ben Sadek Belhadj, le 15 mars 1844, puis la bataille de Sériana, menée par les troupes de Abdelhafid El Khengui contre l’armée française, le 17 septembre 1849, ainsi que la fameuse bataille de Zaâtcha sous la conduite de Cheikh Bouziane le 26 novembre 1849, la révolte de Sadek Belhadj (1858-1860) et la révolte de Mohamed Ben Abderrahmene en 1879.

Dans les différentes pièces, on découvre également des documents, des archives, des cartes sur les attentats de la nuit du 1er Novembre, la liste des groupes qui ont mené ces opérations à M’chouneche, des portraits de martyrs, des photos de moudjahidine au maquis, la biographie et le parcours de Si El Haoues, la fameuse photo de François Mitterrand prononçant son célèbre discours à M’chouneche, quelques jours après le déclenchement de la Révolution, ainsi que des cartes, des documents du PPA-MTLD, des procès-verbaux de la police et des rapports du caïd de Ghassira et du Bachagha d’Ichemoul sur les activités de Si El Haoues et des militants de la région des Aurès. En faisant quelques pas près de la chambre de la famille à l’étage, on se retrouve en face de la chambre de Si El Haoues.

Une pièce carrée, d’environ 3m x 3m, simple et peu encombrée, un lit posé sur deux tréteaux avec une couverture en laine, un coffre en bois, et quelques effets vestimentaires accrochés sur une corde fixée à l’angle, entre deux murs. Sur les murs sont accrochés les photos de Si El Haoues, sa veuve Yamina Arab, décédée le 8 février 1970, son frère Mohamed, arrêté et condamné à mort en 1957, ainsi que des portraits de T’kouti Mohamed Ben Ali, Chabani Boubeker, Chabani Mostefa et T’kouti Abdellah. Des pans de l’histoire qui méritent qu’on s’y attarde pour honorer la mémoire de ces valeureux martyrs.

Arslan Selmane
 
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