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Premier atelier international «patrimoine bâti aux Aurès»

Réhabiliter l’héritage millénaire du Ghoufi

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le 27.07.17 | 12h00 Réagissez

Cela a débuté comme ça. Une exposition, des rencontres, et puis une idée qu’il fallait oser : mettre en place un atelier international sur le patrimoine bâti des Aurès et consacrer cette première édition aux Balcons du Ghoufi.

Beaucoup n’y croyaient pas, mais aujourd’hui le projet est concrétisé par ses initiateurs : les associations les Amis de Medghacen (Algérie) et RehabiMed (Espagne) et a lieu du 14 au 25 juillet. A l’ouverture, tenue à l’auberge du Ghoufi, et avant les présentations techniques et historiques, AzeddineGuerfi, président de l’association des Amis de Medghacen, nous raconte l’histoire improbable de cet atelier. Un lien qui lie maintenant les encadreurs, participants, membres d’associations et tous les présents.

De l’ambition de faire connaître le patrimoine aurassien à l’international, les Amis de Medghacen ont tracé leur chemin : l’exposition de Kaïs Djillali, et le beau livre Aurès, vivre en terre chaouie, faisaient le buzz en Espagne. D’abord, au musée archéologique de Murcia, puis à l’école d’architecture LaSalle de Barcelone, pour finir à la grande librairie Altaïr de la même métropole : «L’idée est née là-bas, à Barcelone, en une phrase.

Et si on le faisait ?» Tous ont adhéré. Des experts de Murcia, de LaSalle, puis d’autres experts italiens de Caligari, de Palerme.Plusieurs pays et instituts ont aussi montré leur intérêt pour cet atelier. Lorsqu’il s’agit de faire revivre un patrimoine plus que millénaire, il n’y a aucune hésitation chez les esprits nobles.

M. Guerfi explique aussi que «ce stage d’initiation à l’architecture traditionnelle organisé autour de séminaires et travaux pratiques, ainsi que des visites sur des sites et des monuments protégés sur la wilaya de Batna tentera de contribuer à la connaissance de ce patrimoine, à sa documentation et d’ouvrir des pistes de réflexion sur plusieurs questionnements auxquels nous sommes confrontés tous en tant que citoyens et décideurs sur le devenir de ces architectures ; comment intégrer le vieux bâti : villages, greniers, zaouïas, etc. au tissu urbain afin qu’il participe à la définition de l’identité du patrimoine aurassien ? Comment faire de ce dernier un atout en termes d’attractivité ?» L’approche est donc nouvelle, les outils utilisés aussi.

D’abord la méthode RehabiMed, le second organisateur de cet atelier, qui a une longue expérience de travail avec des institutions et des organisations de plus de 40 pays euro-méditerranéens, pour lancer et organiser ce premier atelier international autour du «Patrimoine bâti aux Aurès». RehabiMed propose une méthode d’intervention pour la réhabilitation et la revitalisation des centres historiques destinée aux autorités locales et à tous les agents impliqués dans les processus de réhabilitation qui les aident à la promotion, la planification et la gestion des interventions de réhabilitation.

La méthode a pour objectif d’ordonner et de systématiser les étapes du processus de réhabilitation pour leur gestion et leur développement optimum, et de définir les critères qui doivent permettre de réfléchir sur les problèmes et les stratégies à mettre en place pour garantir le succès du processus. Il s’agit d’une méthode ambitieuse, dans l’intention de sensibiliser les pouvoirs publics et les techniciens quant à la complexité de ce type de processus, habituellement envisagé de manière trop schématique, ne recherchant souvent que des résultats immédiats, entraînant des conséquences imprévisibles, des hypothèques sociales ou des pertes patrimoniales irrécupérables.

Carlo Atzeni, l’un des encadreurs du stage et expert italien avec un curriculum vitae impressionnant et interminable, nous explique qu’il s’agira aussi d’appliquer la méthode dite des manuels. Ces derniers sont des instruments d’origine italienne, actuellement utilisés dans le monde entier. Leur but est de faire comprendre à toutes les couches de la société ce que représente la culture de l’endroit, qu’il y a un patrimoine matériel et immatériel lié.

Chaque endroit peut enrichir sa propre méthodologie. C’est flexible et cela se développe à chaque expérience. «Notre ambition est d’élaborer un petit document à la fin de l’atelier qui sera riche et permettra de réfléchir pour le prochain atelier, et ce, même s’il sera nécessaire de travailler après l’atelier», nous a-t-il confié. Visions et regards M. Atzeni ne connaissait pas les merveilles des Balcons du Ghoufi avant cet atelier. Le premier contact établi, et comme tous les autres, Carlo est émerveillé et ne se lasse pas de répéter que c’est un endroit fantastique. «C’est une chance pour nous étrangers de rentrer en contact avec d’autres cultures.

Des cultures de la Méditerranée élargie. On peut se reconnaître et reconnaître aussi de grandes différences.» Puis, l’œil de l’expert revient pour nous expliquer que c’est aussi un endroit d’un haut niveau paysager, d’implantation humaine et d’architecture traditionnelle avec des techniques traditionnelles de la gestion de l’eau.

Un système traditionnel, incroyable, très ancien qui fonctionne encore pour pouvoir faire de l’agriculture et de garder cet endroit productif d’un point de vue rural. C’est au premier contact aussi que les langues se délient bien qu’asséchées par l’effort et la chaleur pesante. Le soleil tape, les grenouilles coassent et les membres des groupes regardent, vibrent et parlent.

Une trentaine, entres encadreurs et participants, scindés en 5 groupes, 3 missions et un seul objectif. Hanane est venue de Paris rien que pour cela. Son thème de doctorat est la réhabilitation de l’hôtel Transatlantique, cet hôtel construit en pleine montagne. L’hôtel dont elle nous dit qu’il a été racheté par la chaîne «Transatlantique» en 1902, mais que son constructeur n’est pas réellement connu. Les versions divergent selon elle.

Après l’ascension, c’est l’essoufflement, mais la passion se lit dans ses yeux. Hanane est presque en transe. «C’est mon bébé», répètera-t-elle. Lilia, quant à elle, est en master à l’université de Batna. Elle aussi travaille sur les Balcons du Ghoufi et elle aussi veut les restaurer. «Ce n’est pas trop ambitieux. Il faut oser pour réussir», nous dit-elle. Pour l’architecte-encadreur Lounes Akretch, la Guelâa de Baloul, l’un des fameux greniers uniques en Algérie et qui avait 11 étages, nécessite un travail pharaonique par l’effort qu’il y a derrière.

Il s’agit de comprendre l’organisation sociale qui a fait que sans architecte, sans connaissances conventionnelles, ils ont fait des choses très sensées, qui ont perduré dans le temps. «Ils ont construit quelque chose pour eux-mêmes qui respecte leur culture et la nature où ils vivaient», dira-t-il non sans respect. Le patrimoine millénaire de Ghoufi, de par toute sa complexité, inspire le respect. Asseoir un atelier international et l’inscrire dans la durée pour refaire revivre ce patrimoine ne peut se faire que par un groupe mu par une motivation fantastique, qui impose encore plus le respect.

Sami Methni
 
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