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Années 90’, une décennie de terrorisme et de résistance

Quant l'expression culturelle dit non à l'intégrisme

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le 05.10.17 | 12h00 Réagissez

Durant les années 90’, lors de la décennie noire, Oran était relativement épargnée par les tristes attentats spectaculaires qui ont ensanglanté nombre de villes algériennes, à l’image d’Alger, Chlef ou encore Relizane.

Ceci dit, cela ne veut aucunement dire que la capitale de l’Ouest algérien n’a pas eu son lot de malheurs durant cette période de tragédie nationale. Les assassinats et autres règlements de comptes étaient monnaie courante. Dans la mémoire collective, deux «accrochages» avec des terroristes, en plein tissu urbain, ont fait les choux gras de la presse à cette époque : le premier à la cité Jeanne D’arc (Gambetta) entre 1997-1998, et le second à la cité Perret, à St-Pierre, aux premiers mois de l’année 2000.

Cependant, l’année la plus sordide qu’a vécue Oran à cause des hordes barbares est sans conteste 1994. Une année durant laquelle ont été assassinés, coup sur coup, l’illustre dramaturge Abdelkader Alloula, le rossignol du raï Cheb Hasni, et l’universitaire Abderrahmane Fardeheb.

Un an après, soit en 1995, la horde sanguinaire s’en est pris aussi à la vie de Bekhti Benaouda, journaliste et critique littéraire. Ceci étant dit, les années 90’ ont également été des années de résistance, où oranaises et oranais, par milliers, sortaient dans les rues pour dire non à l’islamisme armé.

Une décennie marquée aussi par une certaine ouverture d’esprit, confortée, il faut le dire, par une relative permissivité des autorités, locales et centrales. A titre d’exemple, on peut dire que si Oran, aujourd’hui, est plus ou moins épargnée par la fermeture massive de bistrots, force est d’admettre que durant les années 90’ il y en avait deux fois plus. Malik Cheklalia, activiste et membre actif dans la société civile, se souvient très bien de cette époque : «Dans les années 90’, Oran est restée joyeuse grâce à ses femmes et ses hommes. C’était une forme de résistance face à l’intégrisme qui a ciblé les meilleurs enfants de la ville d’El Bahia. Deux événements restent gravés dans ma mémoire : la marche du 22 mars 1993, où des milliers de personnes ont rejoint les marcheurs dès que la manifestation avait atteint le centre-ville, où les femmes lançaient des youyous des balcons. Il y a aussi la finale de la coupe d’Algérie, remportée par le MCO en 1994, où le tout Oran était en fête.

Le Front de Mer s’est transformé en une véritable scène ou les jeunes filles et garçons chantaient le raï.» Malik Cheklalia affirme que durant cette décennie, à Oran, les intellectuels n’ont jamais cessé d’animer des conférences et des débats. «Il y avait chaque week-end au moins une activité culturelle. Les artistes n’ont jamais abandonné la scène et cela au moment où le GIA ciblait justement les artistes. Grâce à la corniche et ses cabarets, Oran est restée source de joie. Elle n’a jamais abdiqué face à la menace. A chaque assassinat d’un artiste ou d’un intellectuel, c’était le tout Oran qui l’accompagnait à sa dernière demeure.» Il dira aussi qu’à cette époque, «le hijab n’avait pas envahi la cité comme maintenant, malgré la menace terroriste», et de souligner, de surcroît, que c’est bel et bien durant les années 90’ que des chanteurs comme cheb Abdou ont émergé et qui ont un succès retentissant.

Le festival du raï, à cette époque, avait lieu encore à Oran (jusqu’en 2007, année où il a été délocalisé à Sidi Bel Abbès). Malik se souvient que cette manifestation grandiose attirait des foules incroyables, avec des spectateurs qui venaient de partout. «Je me souviens que le jour où Majda El Roumi est venue chanter au palais des sports, c’était un jour de fête où l’APC a assuré le transport aux Oranais à une heure très tardive. C’était en 1998 si ma mémoire est bonne. Ce jour-là, le terrorisme a su que la menace et la mort n’ont jamais fait sombrer Oran dans la peur.»

Mourad Senouci, actuellement directeur du Théâtre régional d’Oran, se souvient aussi de cette époque, durant laquelle il travaillait en qualité de journaliste à la Radio nationale. «A cette époque, j’étais à la Radio et à la Télévision algériennes et aussi au théâtre avec notre troupe de Hamou Boutlélis. J’avais une émission radio qui passait chaque vendredi matin sur la chaîne 1 où j’ai invité pratiquement tout les artistes algériens (de Souad Bouali à Aouinet, en passant par Yasmine Amari et Amine Dahane, qui n’avaient, respectivement, que 7 et 10 ans).» Et de se souvenir aussi qu’en 1996, l’Algérie avait décidé de tenter de casser l’isolement par le biais des arts et dans cette optique, des invitations ont été lancées à des stars de la chanson arabe pour venir chanter, notamment à Oran. «La première à avoir répondu positivement était Majda El Roumi. Et moi qui était journaliste à la radio d’Oran, je me suis vu confier la tâche de l’accueillir au pied de l’avion.» D’autres artistes comme Khadem Essaher, Georges Wassouf, Hani Chaker, Assala Nasri et Warda El Djazaïria sont également venus chanter à Oran durant cette même période.

«C’étaient des moments très forts, se souvient Mourad Senouci. En ces temps-là, ce n’était pas le wali qui recevait mais juste un journaliste radio à qui on fait confiance.» En 1998, il avait été nommé directeur de la radio El Bahia. «Il m’arrivait de rester des mois sans qu'aucun responsable ne me contacte. Un jour, j’étais assis dans le café en face du siège de la Télévision et de la Radio algériennes... et je me disais : c’est fou ce que je vis...

Cette bâtisse est sous ma responsabilité, avec son personnel, son contenu... moi, l’enfant d’une famille modeste, un papa retraité ancien moudjahid et venant d’un quartier populaire. Je me senti investi d’une mission nationale et j’en étais fier... Je savais aussi que partout dans mon pays d’autres défendaient l’Algérie à leur manière sans attendre de remerciements ni qu'on leur dise ce qu'ils avaient à faire.»

 

Akram El Kebir
 
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