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Utilisation du cellulaire dans l’espace public

Quand l’usage excessif du portable devient «un problème»

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le 06.04.17 | 12h00 Réagissez

Il n’existe pas deux avis divergents sur l’utilité du téléphone portable. Indispensable. A contrario, sur ses effets négatifs, des voix discordantes se font entendre de plus en plus. Et ce n’est pas seulement sur les éventuels risques sur la santé humaine.

Les nuisances que ce petit appareil engendre dans tous les aspects quotidiens de la vie sont aussi décriées par le commun des mortels. Dans certains pays, des sondages ont été consacrés à ce problème à l’effet de sensibiliser les utilisateurs quant au respect de l’espace public. En Algérie, on en est bien loin. Même l’Office national des statistiques (ONS) n’a rien entrepris en la matière. Et en l’absence de chiffres, il n’est nullement facile de circonscrire le taux exact de gens qui se disent «dérangés» par l’utilisation du portable à outrance dans les lieux publics. N’empêche qu’ils sont nombreux à émettre le vœu de voir adopter de meilleures attitudes et faire preuve de civisme.

Tous reconnaissent que les nuisances liées à son utilisation excessive indisposent davantage les Algériens. La première présentation négative est sans nul doute inhérente à l’incivilité. Elle se manifeste principalement par l’usage du téléphone dans les transports en commun, dans les lieux de restauration, dans les administrations, et sur le lieu du travail. Quels que soient l’âge, le sexe ou le niveau d’instruction, il y a un consensus pour considérer l’usage du mobile dans ces situations comme un problème.

Dans les transports en commun, tout le monde s’accorde à dénoncer une utilisation débridée et fort dérangeante. «Je suis usager quotidien du tramway et je n’en peux plus de ces utilisateurs qui me font partager leurs soucis à travers leur communication téléphonique à tue-tête», témoigne Mme Fadia qui estime qu’il faut interdire le mobile dans les transports en commun. «Vous vous imaginez le calvaire ! Il y en a toujours un qui ne raccroche jamais son appareil durant tout le trajet, c’est-à-dire au moins 20 minutes.

A l’intérieur des rames, il y a des affiches stipulant l’interdiction de manger, fumer ou transporter des animaux, ils devraient en faire autant avec le portable», ajoutera-t-elle visiblement excédée. Et ce ne sont pas toujours les jeunes qui posent problème. Ces derniers, contrairement aux idées reçues, ne sont pas trop démonstratifs. Ils utilisent des kits mains. Un soupçon de discrétion. Ce sont donc des adultes, hommes et femmes, qui ont tendance à gérer des situations au quotidien par téléphone.

«Je pense qu’il y a plusieurs interprétations à ces comportements ; en ce qui concerne les adultes, je pense que la démocratisation du téléphone ces dernières années a permis à tout le monde d’être sur un même pied d’égalité, et partant les barrières sont tombées progressivement jusqu’à celles du privé et du public», selon l’avis de Leïla Benlatreche, de la faculté des Nouvelles technologies, de l’information et de la communication (NTIC) à l’université Constantine 2.

Et de mettre un point sur un autre paramètre, celui de l’apparence : «Nous sommes dans une époque où l’apparence régit bon nombre de nos comportements, c’est pour cela que nous aimons nous montrer, en discutant à haute voix, à titre d’exemple». Dans les bus et les taxis, on est aussi confronté à ce type d’attitude. Borhane, un chauffeur de taxi s’en plaint aussi : «Parfois, le client s’oublie est déballe sa vie au téléphone alors qu’il n’est pas seul, et cela gêne les autres passagers, y compris moi.» Après la praticité, le mobile est devenu synonyme d’incivilité et de dépendance, selon certaines études.

Sans jeu de mots, le problème est remis sur la table dans les restaurants et les cafés. D’emblée, on le remarque, il est là, posé en toute évidence sur un coin de la table. Dès qu’il sonne ou vibre, on se jette dessus sans se soucier des gens venus déjeuner en paix. Alors que la bienséance veut qu’on éteigne son portable quand on est en train de manger. Nous n’espérions pas autant. Seulement quelques petites attentions envers l’autre pour rendre agréable un trajet ou pendant une pause déjeuner.

Questionnée sur le sujet en marge d’un séminaire sur les «Femmes Résistantes», Cherifa Aït, sociologue, renvoie de telles situations à l’évolution de la société : «Ce sont de nouvelles mœurs qui résultent de l’évolution des sociétés dans un monde global où non seulement la technologie est partagée, mais aussi les nouveaux comportements. Cela ne veut absolument pas dire que c’est bien, mais c’est une réalité.»

Agir ou se résigner ?

Face à ce constat, les pouvoirs publics sont-ils dans l’obligation d’agir ou de continuer à laisser-faire ? Sous d’autres cieux, des instances, voire des associations s’impliquent avec les opérateurs téléphoniques dans des campagnes de sensibilisation pour la «bonne» utilisation du portable dans les lieux publics. Des dépliants sont même distribués pour rappeler des consignes à observer en tout lieu quand on est au téléphone. «Il existe quelques comportements que tout un chacun peut adopter facilement pour ne pas déranger.

Il est fort aisé de mettre son appareil sur vibreur ou mode silencieux, quand il y a nécessité, on répond par sms ou texto», expliquera notre interlocutrice. Dans notre pays, les pouvoirs publics ainsi que les trois opérateurs qui se partagent le marché de la téléphonie n’ont émis aucun intérêt à ce sujet. L’idée d’éditer un guide de savoir-vivre ou de bonne utilisation du téléphone n’a pas encore effleuré les esprits. Il n’y a aucun projet similaire au niveau des directions des opérateurs, a-t-on appris auprès de plusieurs agences commerciales.

Et partant, tous les regards se tournent vers les parents dont le rôle est primordial dans l’éducation. «Les parents sont incontournables. Ils sont sollicités pour inculquer quelques valeurs élémentaires au respect d’autrui. Il est impératif qu’ils discutent avec leurs enfants concernant ce sujet afin de leur apprendre à respecter les interdictions qui s’imposent dans l’espace public», insiste la sociologue.

Les choses sont-elles aussi faciles ? Ou peuvent-elles l’être même si on y implique l’ensemble de la société ? A l’école, à titre d’exemple, la lutte contre le téléphone a été un véritable fiasco. Aussi prohibé soit- il dans les établissements scolaires, le cellulaire y est omniprésent. Les élèves foulent aux pieds le règlement qui leur interdit de venir en classe avec certains objets, dont le téléphone. Mais ils n’en font qu’à leur tête et aucun argument ni sanction d’ailleurs ne pourra les en dissuader ou leur faire entendre raison.

A leurs yeux, l’objet de la discorde fait partie intégrante de leur quotidien, à l’exemple d’un stylo ou d’un cahier. «Cette génération qui a grandi avec la technologie ne peut pas s’en défaire aussi facilement, certains sont en addiction et rien n’est exagéré. Demander à un adolescent de laisser son portable à la maison, c’est une brimade qu’on lui inflige», nous indique la psychologue Salima Dahmani. Cette professionnelle nous rappelle qu’un service anti-addiction à Facebook a vu le jour dans l’Etablissement public de santé de proximité (EPSP) Bachir Mentouri de la cité Boumerzoug à Constantine.

Ce qui étaye ses propos. Le constat est donc là. Une grande majorité des utilisateurs du téléphone ne peuvent plus s’en passer. Ce petit appareil contient désormais «leur vie». «Il ne sert plus à téléphoner, il ne faut pas oublier la connexion aux réseaux sociaux… pour certains, l’organisation du travail se fait à travers cet objet», précisera-t-elle. Il est donc impossible d’avoir un moment de paix dans n’importe quel espace public ? Les pessimistes répondent par l’affirmative. Ils sont motivés par le fait que les nouveaux équipements qui inondent le marché régulièrement n’œuvrent pas dans le sens espéré. «L’appareil de cette année sera obsolète l’année prochaine.

L’introduction de gadgets et d’applications parfois ludiques, mais utiles, rend la praticité du téléphone incontournable», selon Imed, vendeur d’équipements téléphoniques. Bref, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Avec l’évolution croissante de la technologie, les nuisances dans l’espace public vont décupler. Face à des appareils de plus en plus sophistiqués qui permettent de téléphoner, écouter de la musique ou la radio, payer les factures, trouver son chemin, faire des photos et des vidéos… les adeptes n’iront que crescendo, les désagréments aussi. L’utilité du téléphone n’est pas remise en cause. C’est son utilisation intempestive qui pose problème dans une société comme la nôtre, où la notion de l’espace publice est aussi vaste que permissive.
Naïma Djekhar

 

 
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