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L’agriculture algérienne à l’imparfait

Producteurs agricoles algériens, 70 ans plus tard...

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le 08.03.18 | 12h00 Réagissez

 
	Des agriculteurs algériens utilisaient avec un grand talent et une imagination incroyable l’étiquetage dans leurs emballages, une manière de résister au colonialisme et d’afficher leur algérianité, dans l’exportation des fruits et légumes cultivés dans leurs terres.
Des agriculteurs algériens utilisaient avec un grand talent et une...

Soixante-dix années après (2018, ndlr), alors que plusieurs barrages de grande importance avaient été construits à coups de milliers de milliards de centimes, et des milliers d’hectares de terres agricoles mises en valeur, en plus de ces équipements importés, grâce au soutien sans relâche des pouvoirs publics, l’Algérie, pays pourvu de potentialités énormes, n’arrive toujours pas à réaliser à présent les prouesses magistrales du passé. La référence existe bel et bien. Les défis ne sont pas relevés.

La crise financière s’est installée dans notre pays. La mauvaise volonté et la spéculation se conjuguent au présent. Ces maux et ces réflexes exécrables postés en embuscade le long du parcours de la réhabilitation de l’agriculture algérienne n’offrent plus de perspectives. Ils empêchent ce secteur stratégique pour notre pays de jouer son rôle d’antan. L’aléa bureaucratique.

Les discours de nos politiques et de leurs satellites ne suffisent plus pour remettre l’agriculture sur la voie exemplaire du passé, léguée par nos aînés. La réalité du terrain ne cadre pas avec les promesses verbales.

La nostalgie sur une agriculture algérienne prospère des temps passés alimente les commentaires. Mais pourquoi est-on arrivé à ce niveau malgré la disponibilité d’une jeunesse et des ressources financières ? Politique défaillante ? Affairisme, corruption, dilapidation ?

Pourquoi enfin l’agriculteur algérien et exportateur de sa production était plus performant et pertinent dans le passé, en dépit des moyens matériels dérisoires et une absence de technologie, pourtant les Algériens continuaient à résister à l’adversité du colonialisme ? Des agriculteurs algériens utilisaient avec un grand talent et une imagination incroyable l’étiquetage dans leurs emballages, une manière de résister au colonialisme et d’afficher leur algérianité, dans l’exportation des fruits et légumes cultivés dans leurs terres.

Nombreux agriculteurs avaient milité à leur façon pour l’indépendance du pays, malgré les relations commerciales difficiles avec les opérateurs français. L’exigence du business.

Certains agriculteurs algériens sont tombés plus tard au champ d’honneur. Nous citerons l’exemple de la famille Tolba qui exerçait dans la production agricole, dans l’élevage et dans l’exportation. Ce n’est que dans les années 1950, après le déclenchement de la lutte armée, que des officiers militaires français s’étaient rendu compte du rôle que jouaient secrètement les membres de cette famille d’agriculteurs de la Mitidja.

C’est dans ce contexte marqué pourtant par un climat tendu, qu’au cours de l’automne et de l’hiver de l’année 1947, l’Algérie avait exporté 900 000 q d’agrumes, 200 000 q de dattes, 370 000 q de figues sèches.

Durant l’année 1948, notre pays avait exporté plus de deux millions de quintaux de légumes frais, alors que durant le printemps de la même année, 700 000 q de pommes de terre (primeurs) avaient été exportés vers les ports français et britanniques.

Considérés comme étant le grenier de l’Europe, les ports de notre pays, notamment ceux d’Oran, Arzew, Mostaganem, Alger, Béjaïa, Skikda et Annaba, avaient tissé des liaisons régulières avec les ports de l’Europe du Sud pour introduire les fruits et les légumes produits par les terres généreuses algériennes au sein des marchés européens.

D’ailleurs, les ports français avaient saisi l’opportunité pour réceptionner et faire profiter les chanceux ménages du Vieux Continent de cette généreuse providence produite par l’agriculture algérienne.

Durant la période allant du mois de décembre au mois d’août de la fin des années 1940, les quais de Marseille et la rade de Sète, naturellement proches des ports algériens, étaient inondés par les énormes quantités de fruits et légumes frais, purs produits algériens. Les gros navires étaient trop chargés par ces fruits et légumes sortis des terres algériennes, d’un pays qui bénéficie d’un climat généreux, au moment où d’autres pays du monde étaient privés de ce don de la nature.

L’Algérie produisait à profusion des carottes, des artichauts, de la pomme de terre, des petits pois, des haricots verts, de la tomate, alors qu’en France, par exemple, les vergers fleurissaient à peine. Les navires quittaient les ports algériens chargés de surcroît des cerises et des abricots que le soleil fait mûrir bien en avance, afin que des fruits et légumes envahissent les marchés français et européens pour annoncer l’arrivée imminente du printemps.

Quand la neige et le verglas recouvrent les montagnes et les plaines européennes, plusieurs variétés d’oranges, de mandarines, de clémentines, de citrons, également les figues sèches et les dattes au goût d’un magnifique miel ramenées de différentes régions algériennes, sont achalandés sur les étals et les tables pour dévoiler leurs couleurs brillantes qui dégagent les rayons de soleil. L’arrivée en quantités importantes par voie maritime aura incité les hommes d’affaires à opter pour un mode de transport plus efficace et rapide : la voie aérienne.

En 2009, une délégation de l’Anexal (Association nationale des exportateurs algériens) avait été reçue par le club des exportateurs de Perpignan (France). «Nous avons eu l’occasion d’échanger sans tabou nos idées et nos propositions avec nos partenaires français, déclare Kara Naceur-Eddine Kara. Nos partenaires nous ont fait visiter le port de Vendres que l’on surnommait le port d’Oran, à cause des arrivées intenses et ininterrompues des produits agricoles en provenance des trois ports de l’ouest d’Algérie.»

En effet, les autorités françaises, à cette époque, avaient décidé de construire le port de Vendres spécialement pour accueillir les passagers des lignes maritimes régulières venant des ports d’Oran et de Mostaganem d’une part et d’autre part pour réceptionner les volumes importants des produits agricoles algériens issus des régions de l’Oranie.

«Le directeur du port français de Vendres nous avait révélé avec insistance les statistiques officielles réalisées durant cette période quand le commerce avec l’Algérie était florissant», affirme Kara Naceur-Eddine. Notre interlocuteur enchaîne : «Grâce à l’intense activité du port de Vendres qui était approvisionné à partir des ports algériens au début de sa mise en service, les autorités françaises avaient décidé de construire une plateforme, un marché de gros, indique le membre fondateur de l’Anexal.

A présent, la capacité de réception quotidienne de cette plateforme varie entre 2000 t et 2500 t de fruits et légumes qui proviennent du Maroc, d’Espagne et des pays de l’Amérique latine, l’Algérie ne fait plus partie de ces pays fournisseurs de cet espace commercial.

Cette plateforme française est devenue incontournable, en mesure d’alimenter les marchés européens en fruits et légumes, précise notre interlocuteur, alors que les principaux négociants de cette plateforme de Saint-Charles érigée à proximité du port de Vendres sont natifs d’Algérie et apprécient les fruits et légumes algériens, pourvu qu’ils soient mis en valeur», conclut le DG du groupe international Djaz-Export.

Les produits agricoles issus des terres algériennes, reconnus pour leur très bonne qualité, atterrissent à Marseille, Lyon, Bordeaux, Paris, mais également à Berne (Suisse), à Londres (Angleterre), à Amsterdam (Pays-Bas), à Stockholm (Suède). D’autres lignes aériennes avaient été créées pour permettre aux fruits et légumes algériens d’atterrir dans les capitales du nord de l’Europe. Un mouvement incessant des cargos chargés de marchandises algériennes superbement conditionnées dans des emballages en bois est enregistré dans les aéroports européens.

En quelques instants seulement, ces cargos déposent dans ces capitales européennes les fruits et légumes en provenance des terres algériennes cueillis la veille. L’engouement du marché européen pour les produits agricoles algériens n’était pas le fait du hasard ou d’une escroquerie quelconque.

C’est parce que les sols algériens avaient démontré qu’ils produisaient des marchandises de grande qualité que les autres pays européens voulaient à tout prix les acquérir pour leurs marchés respectifs.

A cette époque-là, l’authentique agriculteur algérien pouvait se targuer de travailler avec un grand amour la terre et soigner ses cultures pour être compétitif. En dépit d’une grande insuffisance des outils de travail, mais pourvu d’une main-d’œuvre consciente, l’Algérie figurait sur la short-list des pays grands producteurs de fruits et légumes de qualité.

Les conditions de fraîcheur et de stabilité des produits agricoles algériens, grâce bien entendu à ce transport aérien, avaient encouragé les populations européennes à profiter des dons de la terre algérienne. Dans un délai très réduit, les fruits et légumes sortis des terres algériennes passaient d’un centre de tri en Algérie pour arriver dans un centre de consommation en Europe grâce à ce mode de transport nouveau, l’avion. Pourtant, le «jardin algérien» se trouvait à des milliers de kilomètres des marchés européens. L’Algérie était le grenier de l’Europe.

Le «ventre de Paris», pseudonyme donné au marché des Halles de Paris, consacrait l’une de ses principales activités aux produits agricoles algériens. En effet, les goûts des produits qui surgissaient du verger de l’Algérie sont très appréciés par les familles européennes.

Toutes les capitales de l’Europe se bousculaient, selon les descriptions des commentateurs, afin d’acquérir les produits agricoles algériens, un véritable don.

D’ailleurs, les marchés aristocratiques et les marchés populaires des villes françaises voulaient profiter des richesses des plantureuses terres agricoles de notre pays. Les senteurs et les parfums des fruits et légumes algériens étaient exceptionnels. Même les vitrines des grands magasins exposaient les produits agricoles algériens choisis et propres, en raison de leur qualité certifiée pour leur traçabilité.

Pour arriver à ce niveau de production agricole, des efforts gigantesques avaient été déployés par les ouvriers agricoles et les exportateurs algériens. Des marais avaient été asséchés. L’eau était rare, mais précieuse pour les agriculteurs. Les ouvriers agricoles attendaient l’eau qui tombe du ciel pour compenser le déficit hydrique. Vers la fin des années 1940, l’Algérie ne disposait que d’une dizaine de petits barrages ou retenues d’eau, pour irriguer 20 000 ha.

Ces mètres cubes d’eau étaient scrupuleusement distribués pour contribuer à la fertilité de la terre agricole, qui s’ajoute à la particularité du climat. La terre algérienne produisait du raisin agréable. Une huile parfaite et parfumée est fabriquée à partir des oliviers. Les magnifiques vergers étaient bien soignés. La beauté et la disponibilité des agrumes se confondaient dans l’immense jardin lumineux algérien. Un fruit d’or est produit depuis des orangeraies. Parmi les variétés des fruits, les nèfles s’introduisent facilement. Au sud de notre pays, l’Algérie, une symphonie d’ombre et de lumière est offerte par les palmeraies pleines de dattes.

Des tonnes de fruits et légumes ne quittent pas aussi facilement les terres agricoles pour s’exporter vers l’Europe afin de côtoyer les marchés locaux et étrangers. Les produits agricoles algériens avaient droit à tous les égards. Les emballages en bois et non pas en plastique étaient soignés pour répondre aux désirs et aux exigences des consommateurs.

Les fruits et légumes étaient certes de grande qualité, mais faisaient en revanche l’objet d’un vaste effort de sélection, de lavage, de calibrage, de conditionnement. La rigueur dans chaque geste était de mise. Les actes des agriculteurs algériens consistaient à servir et perpétuer la renommée des produits agricoles algériens. Les emballages étaient judicieusement choisis pour chaque variété de fruits et de légumes.

Toutes ces opérations délicates se déroulaient dans des ateliers enfouis dans des hangars équipés et gérés par des responsables trop à cheval sur le principe, soucieux de la pérennité du travail de la terre. L’orange par exemple est lavée, séchée, calibrée, mise ensuite dans des caisses en bois couvertes de papiers adaptés aux fruits et légumes pour conquérir les étals des marchés européens dans un état intact et remarquable.

D’autres fruits, pour ne citer que les cerises, les nèfles, les abricots, les prunes, les raisins aux incroyables couleurs, étaient traités avec le même amour et le désir ardent afin de s’introduire dans les marchés lointains dans le même état de fraîcheur. Les affaires commerciales avec l’Algérie étaient saines.

Les opérateurs étrangers appréciaient les transactions loyales. Pour protéger le label des fruits et légumes algériens, des mesures de contrôle standard étaient établies. L’autorisation relative à la mise sur le marché européen des produits agricoles algériens était accordée uniquement aux produits qui répondaient aux normes. Les aliments de choix proposés par l’Algérie étaient indiscutables sur le marché international.

Des équipes de contrôleurs vigilants étaient postées dans chaque port et chaque aérodrome algériens. Ces fonctionnaires intraitables filtraient toutes les exportations des produits agricoles algériens à travers les opérations de sondage.

L’exportateur algérien des produits agricoles qui ne respectait pas la réglementation courait un risque énorme. Les exportateurs algériens étaient fiers. Il est illusoire d’espérer des réussites dans le secteur de l’agriculture et dans l’exportation des produits agricoles comme par le passé avec l’esprit du présent.
 

M'hamed Houaoura
 
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