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Gaspillage des produits alimentaires

Pourquoi jette-t-on autant d’aliments ?

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le 29.06.17 | 12h00 Réagissez

Le lien entre le mode de  subvention et le gaspillage des produits alimentaires  est brandi par les acteurs de la société civile pour expliquer cette gabegie. Qu’en est-il réellement ? L’Algérien serait-il, comme on a tendance à le présenter, un grand gaspilleur d’aliments ? El Watan Magazine donne la parole à un représentant des commerçants, un représentant des consommateurs, ainsi qu’à un expert en économie pour en comprendre les raisons. Décryptage.

- Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA) :
«Plus de 3 millions de baguettes sont jetées quotidiennement»

Si le gaspillage des produits alimentaire se fait, dit-on,  à longueur d’année, notamment le pain, il devient plus visible durant  le mois du Ramadhan. Raison ? C’est le résultat de la frénésie  de la consommation qui atteint la plupart des jeûneurs qui achètent tout ce qu’ils voient, comme le confirme Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA). De l’avis de ce commerçant, durant le mois de Ramadhan, les ventes augmentent d’environ 30%. Ce représentant des commerçants impute ce gaspillage à deux facteurs importants : le manque de culture de consommation et «la fausse politique de subvention».

Pour le premier facteur, M. Boulenouar  explique le jet de nourriture par la mauvaise gestion de l’espace à l’intérieur du frigo. En ces moments de chaleur, et durant le mois de Ramadhan, les frigos sont déjà pleins de produits achetés. Nombreux sont ceux qui ne prévoient pas d’espace pour le reste des plats préparés. Bien que les ménages se retrouvent après le ftour avec des restes importants des plats préparés.

Le deuxième facteur du gaspillage, notamment pour le pain, demeure la politique de subvention. «Plus de 3 millions de baguettes sont jetées quotidiennement à longueur d’année», estime le président de l’ANCA, qui considère que durant le mois de Ramadhan ce rythme de gaspillage est maintenu.

- Mustapha Zebdi, président de l’Apoce : «Les restaurants collectifs étatiques gaspillent plus que les ménages»

Mustapha Zebdi, président de l’Apoce (Association de protection et orientation du consommateur et son environnement) estime qu’il y a, certes, «plus de 50% de dépenses dans le secteur alimentaire durant le mois de Ramadhan, mais cela pour assurer une consommation de qualité», faisant remarquer que durant le mois de Ramadhan l’alimentation des Algériens est diversifiée (viande, légumes, gâteaux traditionnels…).

Ce dernier estime que le constat révélant la surconsommation n’est pas fondé. Au sujet du gaspillage du pain, un gaspillage que tous les intervenants reconnaissent, M. Zebdi, déclare qu’au mois de Ramadhan il y a moins de production du pain et beaucoup du gaspillage. «Une famille qui achète 8 baguettes/jour durant l’année, consomme 5 et en jette 3. Durant le mois de Ramadhan, la même famille en consomme 4 et en jette 4», révèle-t-il.

M. Zebdi estime que le gaspillage des restaurants collectifs étatiques (primaires, hôpitaux et les universités) est beaucoup plus important que celui des ménages. «Il faut des sanctions contre les gestionnaires de ces restaurants collectifs, car les débris de pain sont la source de richesse pour beaucoup de gérants, qui les vendent comme aliment de bétail», martèle-t-il. Pour les autres aliments, M. Zebdi estime que le gaspillage a diminué cette année par rapport aux années précédentes. Et d’expliquer : «D’abord il y a le pouvoir d’achat qui a diminué sensiblement, ce qui ne laisse pas une marge pour le gaspillage, en plus il y a une prise de conscience chez les citoyens.

Pour la consommation rationnelle du pain, ce représentant des consommateurs préconise la levée de la subvention sur le pain, tout en reconnaissant que cette solution n’est pas envisageable à court terme. Le président de l’Apoce préconise plutôt la subvention des familles au lieu des produits.

«Toutes les familles de 5 membres et plus, dont le revenu est inférieur à 50 000DA, sont des familles nécessiteuses». Au sujet de la faisabilité de cette suggestion, Zebdi soutient qu’en Algérie, il y a 7 millions de familles, si on divise le montant des subventions sur le nombre de familles on va se retrouver avec des surprises. «La subvention des familles va économiser de l’argent à l’Etat, booster l’économie et rendre service aux familles», se persuade-t-il.

- Ferhat Aït Ali, économiste : «La mauvaise qualité du pain est l’une des raisons de son gaspillage»

Ferhat Aït Ali, expert en économie, soutient qu’il y a une relation de cause à effet entre le mode de subventions et le gaspillage des produits alimentaires. Cet expert fait remarquer que si certains produits, comme le pain, sont gaspillés, d’autres sont plutôt détournés, à l’instar de la poudre de lait et du carburant. Il ajoute également un autre facteur à l’origine du gaspillage, à savoir la qualité du pain. «L’Etat subventionne uniquement la farine, mais pas les autres ingrédients entrant dans la fabrication du pain.

Avec le prix actuel, les boulangers ne s’en sortent pas, ce qui les amène à produire du pain de mauvaise qualité», explique M. Aït Ali. Résultat ? «Les consommateurs achètent du pain qui se détériore rapidement. Et puis ils se retrouvent à acheter, jeter et acheter de nouveau», dénonce cet expert, qui appelle à la subvention du pain au lieu de la farine. Il préconise un barème dégressif pour aider les familles nécessiteuses. Une famille de 5 personnes a besoin de 1500 DA/mois pour l’achat du pain.

Pour assurer une meilleure comptabilisation des personnes nécessiteuses, M. Aït Ali considère que les collectivités locales sont le seul organisme capable de recenser ces familles. Concernant le maintien de l’actuel mode de subvention, qui est très coûteux pour l’Etat et qui n’est pas profitable aux couches vulnérables, M. Aït Ali déclare que la pression n’est pas d’ordre social, elle vient plutôt de ceux qui détourent les subventions.

 

Rahmani Djedjiga
 
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